TÉMOIGNAGES. "Je me prive de petit déj le matin", quand la précarité étudiante entrave la scolarité à Roubaix

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Malgré les gestes successifs du gouvernement en faveur des étudiants, les files s'allongent lors des distributions de colis alimentaires. Comment suivre une bonne scolarité quand on vit à l'euro près ? Trois étudiants de l'université de Roubaix racontent.

Au plus fort du Covid, la précarité étudiante éclatait au grand jour. Les images de files d'attente interminables lors des distributions alimentaires choquaient l'opinion et propulsaient au cœur du débat les vulnérabilités d'une génération face à la pandémie. Mais qu'en est-il depuis ?

Des mesures ont bien été mises en place par le gouvernement. Repas à un euro, aide exceptionnelle de 100 euros pour les boursiers, gel des frais d'inscription à l'université et revalorisation des APL et des bourses sur critères sociaux... Pourtant, selon les associations, le nombre d'étudiants dans le besoin ne cesse de grossir. L'inflation n'aidant pas les choses.

10 millions d'euros débloqués par l'Etat

Ce mardi, l'Etat a d'ailleurs annoncé l'instauration d’un fonds de solidarité exceptionnel de 10 millions d’euros pour financer 300.000 colis de courses alimentaires jusqu'à la fin de l'hiver. "Même si cela va permettre de nourrir quelques étudiants, c’est un pansement sur une jambe de bois", a déploré Felix Sosso, porte-parole de la Fédération des Associations Générales Etudiantes (Fage), dans Libération.

Quelles sont les conséquences de cette précarité sur la scolarité de ceux qui la subissent ? Nous avons rencontré trois étudiants en licence de langues étrangères appliquées (LEA) à la faculté de Roubaix.

Emma, 21 ans : "Pour Noël, je vais devoir taper dans le découvert"

En ce moment, Emma cherche un boulot. "Dans la restauration rapide ou dans un magasin de vêtements", précise-t-elle. Jusqu'ici elle n'a rien trouvé, pourtant elle aurait bien besoin d'un complément de revenu "pour faire les courses et pour se faire plaisir".

La jeune femme de 21 ans est étudiante boursière en 3e année de licence de langues étrangères appliquées (LEA). Pour comprendre les difficultés à garder ses finances à l'équilibre, elle dévoile ses comptes : "je reçois 108 euros de bourses, 170 euros d'aide personnelle au logement et 300 euros par mon père." Bilan, une fois son loyer de 438 euros payé - un studio de 19m² à Roubaix - Emma vit avec environ 140 euros par mois. Dont 31 euros passent dans son abonnement de transport Ilevia.

"Je ne sais pas comment je vais faire pour les cadeaux de Noël."

Emma

Avec un budget aussi peu extensible, les dépenses sont forcément contraintes : "Quand je fais les courses, je regarde grave les prix au kilo." Et quand la bourse ne permet plus de remplir le panier, elle se tourne vers les colis alimentaires du Secours Populaire, distribués tous les quinze jours, au sein du campus. "Franchement ça aide, lâche-t-elle. La dernière fois je suis reparti avec un kilo de riz, du lait, des légumes. Parfois, il y a des pommes de terre aussi, mais ça part très vite."

Comme tous les étudiants boursiers, Emma a reçu l'aide exceptionnelle de 100 euros, versée par l'Etat, en début d'année scolaire. Pas de quoi se projeter loin. "Je ne sais pas comment je vais faire pour les cadeaux de Noël, dit-elle. Je vais devoir taper dans le découvert."

Jess, 24 ans : "J'aimerais manger autre chose que des pâtes"

Jess a un parcours scolaire en dents de scie. A 24 ans, ce fils d'agriculteurs bretons suit une première année de licence de langues étrangères appliquées, après avoir obtenu un BTS en informatique et redoublé une année de licence à Nantes.

Sans soutien financier de ses parents, cet étudiant non-boursier - "j'ai fait une demande qui m'a été refusée" - travaille 16 heures par semaine au MacDonald pour payer son loyer de 330 euros en colocation. Ce qui n'est pas sans impacter le bon dérouler de son cursus. "Je commence à craquer, je suis trop fatigué, je dors tout le temps, raconte-t-il. Le matin je n'arrive pas à me réveiller, du coup je manque tous les cours magistraux." 

Quand on n'a pas le temps de sortir et qu'une pinte de bière à huit euros parait inabordable en discothèque, la vie sociale en prend un coup. "Je ne peux pas aller en boîte avec mes potes, regrette-t-il. J'aime bien sortir pourtant."

"Maintenant c'est compliqué de trouver des pâtes à moins d'un euro le kilo."

Jess

A cause de "problèmes administratifs", Jess ne reçoit pas non plus d'Aide au logement. Avec un pouvoir d'achat limité, il rogne sur l'alimentaire. "Je mange des pâtes et au Macdo, parce que je paye presque rien, explique-t-il. Mais j'aimerais bien manger autre chose. Je ne prends pas non plus de petit-déjeuner le matin, les céréales, c'est beaucoup trop cher."

L'inflation (+9,9% sur l'alimentaire en septembre 2022) n'arrange rien : "Maintenant c'est compliqué de trouver des pâtes à moins d'un euro le kilo, c'est plutôt 1,20 euros." Pas question pour autant d'aller se nourrir via les distributions caritatives. "Je laisse ça à ceux qui sont plus en galère que moi." Jess a réussi a obtenir une allocation unique de 150 euros auprès de la Mission locale.

Hawa, 20 ans : "Je ne m'achète plus d'habits"

"Je vis à mes dépens". Hawa, étudiante en Licence 3 LEA ne peut pas compter sur l'aide financière de ses parents. "Ils ont un revenu moyen, explique-t-elle. Et on est quatre à la maison..." Avec 480 euros de bourses et APL cumulés et un loyer à 405 euros, le solde pour vivre est maigre. "L'an dernier je travaillais dans un fast-food, 15 heures par semaine, mais je rentrais à minuit le soir", dit-elle.

"Le prêt étudiant ? J'aimerais éviter..."

Hawa

Sans ces revenus, cette année, elle se prive : "je ne m'achète plus d'habits, peu de produits d'hygiène." Quant à l'idée de contracter un prêt étudiant pour facilité son cursus scolaire ? "J'aimerais éviter, car après il faut le rembourser..."

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