Climat. Inondations, tempêtes, chaleurs... "Les phénomènes extrêmes" vont se multiplier en Normandie

Des semaines sans une goutte de pluie, des températures anormalement élevées, la Manche toujours plus chaude : la Normandie n'échappe pas au changement climatique. Le climatologue François Beauvais nous éclaire sur le phénonème et ses conséquences dans notre région.

L'année 2023 a été marquée par de nouveaux records climatiques. Les températures enregistrées n'ont jamais été aussi élevées à la surface du globe, les mers et océans sont également touchés par le dérèglement du climat. En Manche, la température de l'eau a augmenté entre un et deux degrés ces 20 dernières années. 

Le même constat est dressé chaque année et la dynamique ne s'inverse pas. Ce vendredi 8 décembre, à l'occasion de la journée mondiale pour le climat, François Beauvais, docteur en climatologie et géographe à l'université de Caen (Calvados) a répondu à nos questions.

Jusqu'à 90 jours par an avec plus de 25°C

Depuis 1961, la Normandie a connu une croissance moyenne des températures de plus de 1°C avec une accélération du phénomène depuis le début des années 1990.

Dans le même temps, le nombre de jours de chaleur (au-delà de 25°C) a augmenté dans la région. Sur la période 1976-2005, François Beauvais relève en moyenne 16 jours de chaleur chaque année.

Selon ses prévisions, dans un scénario pessimiste, ce nombre pourrait passer à 60 jours d'ici à la fin du siècle. Dans l'Eure et dans l'Orne, les données scientifiques réunies par le climatologue prévoient même jusqu'à 90 jours par an où le mercure pourrait dépasser les 25°C. 

En Normandie, de 1960 à aujourd’hui, la température moyenne a augmenté de plus de un degré. On constate une réduction des gelées et une augmentation des vagues de chaleur.

François Beauvais, docteur en climatologie à l'université de Caen

Dans un scénario plus optimiste, le climatologue prévoit 27 jours de chaleur (soit 11 de plus qu'actuellement) d'ici 2100. D'ici la fin du XXIsiècle, les vagues de chaleurs seront plus nombreuses et arriveront plus tôt dans la saison. Des pics de températures très inhabituels, jusqu'à 40 degrés, toucheront toute la Normandie.

En ville, les habitants vont souffrir de la concentration des bâtiments conjuguée à la hausse du mercure. "Le phénomène d'îlots de chaleur urbaine touche la population urbaine. Les matériaux stockent de l’énergie, les restituent la nuit et la température diminue moins qu’à la campagne, précise François Beauvais. On peut désormais observer des nuits tropicales dans les agglomérations normandes comme Caen ou Rouen".

2022 et 2023, années révélatrices

Les phénomènes climatiques intenses ont particulièrement marqué l'année 2022. Durant l'été chaque nouvelle journée établissait un nouveau record de dessèchement des sols. Les incendies, d'ordinaire si rares en Normandie, ont touché La Hague (Manche) et le secteur d'Ecaquelon (Eure). Au moins 500 hectares de bois et de cultures ont brûlé dans la région sur cette période.

Entre le 30 juin et le 17 juillet 2022, aucune goutte de pluie n'est tombée sur plusieurs communes de la région notamment à Gonneville (Manche). 47 jours sans précipitations, un nouveau record. Quelques mois plus tard, à l'automne, les températures se situaient autour de 14,5-15°C, soit trois degrés au-dessus des normales de saison. 

Durant l'hiver, les périodes pluvieuses ont été inégales sur la région mais l’année 2022 figure parmi les 10 années les plus sèches depuis 1951, selon les données de la station de Caen-Carpiquet.

En 2023, la Normandie a connu des épisodes de précipitations intenses entraînant des inondations. Les sols trop secs ou déjà gorgés d'eau (selon les périodes) n'ont pas pu absorber les pluies. Et dans le même temps, "les mois de septembre et octobre ont été anormalement chauds", précise le climatologue de l'université de Caen. Selon lui, le changement climatique se traduit par "la multiplication des phénomènes extrêmes". 

Dans les 50 années à venir, le nombre de tempêtes pourrait augmenter et "sur le littoral les risques de vagues-submersion en lien avec l’érosion et la hausse du niveau des mers" vont se multiplier.

Les conséquences du réchauffement déjà visibles 

Dans les champs, les sécheresses estivales chamboulent le calendrier habituel des récoltes. En 2022, les céréales ont dû être récoltées avec un mois d'avance."Il y a une modification du cycle végétatif, pour le blé par exemple, on peut subir des pertes de rendements", précise François Beauvais.

Dans le même temps, les éleveurs doivent prélever dans leur fourrage (prévus pour l'hiver), les prairies étants trop sèches, les animaux ne peuvent pas se nourrir suffisamment.

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Interview de François Beauvais au 12/13 du 8 décembre 2023 ©France Télévisions

Selon le climatologue, le changement déjà opéré est irréversible. "Tous ces aléas climatiques sont amenés à se poursuivre dans les prochaines décennies. Sans politique climatique à l’échelle internationale, les températures vont augmenter de trois à quatre degrés", avance-t-il.

Mais tout n'est pas encore perdu, "il existe des solutions", tempère François Beauvais. La modification profonde des modes de consommation pourrait par exemple diminuer significativement les émissions de gaz à effet de serre. 

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