Que se passe-t-il depuis plusieurs semaines au centre de rétention administratif de Oissel ?

Dans un contexte de tensions au sein du centre de rétention administratif (CRA) de Oissel et alors qu'une nouvelle loi sur l'immigration sera prochainement à l'étude au parlement, le député Gérard Leseul a rendu visite aux retenus et au personnel administratif. Ces derniers mois, de nombreux problèmes ont émaillé la vie au sein du CRA.

Entre les murs du centre de rétention administratif (CRA) de Oissel vivent des dizaines de réfugiés sans-papiers. Venus d'Angola, d'Erythrée, du Soudan, d'Albanie, du Moyen-Orient ou d'Asie Centrale, des migrants en situation irrégulière et sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sont retenus dans l'attente de leur expulsion. 

Évasions, violences... au CRA de Oissel, les incidents se multiplient

Depuis plusieurs mois, de nombreux incidents ont eu lieu au CRA. En mars dernier, 16 retenus se sont évadés par la fenêtre d'une chambre. En octobre 2022 déjà, 9 personnes avaient réussi à fuir avec le même procédé. 

Le CRA a également été au cœur d'une polémique à la fin du mois de mai 2023. Un retenu souffrant d'une pathologie psychiatrique, avait été abandonné aux portes de la structure après un mois de rétention, sans solution pour rejoindre son lieu de résidence. "La police a été le chercher au Mans, l’a ramené au CRA d’Oissel, et l'a ensuite libéré dans la forêt", raconte une bénévole membre de l'Observatoire Citoyen du CRA d'Oissel.

Le lieu de privation de liberté est aussi régulièrement sous le feu des projecteurs pour des violences qui ont lieu à l'intérieur. Forces de l'ordre et retenus se rejettant mutuellement la faute. La tension est régulière, tant la rétention est difficile selon les réfugiés.

"Les conditions de vie sont pires que la prison"

Florence Capron, réseau de solidarité avec les migrants

Interview France 3 Normandie, le 31 mars 2023

"Nous sommes traités comme des bêtes"

En visite, le député socialiste de Seine-Maritime, Gérard Leseul est le témoin d'une situation qui se détériore : "c'est la 4ème fois que je viens au CRA de Oissel, [...] la population évolue, on sent qu'il y a des tensions beaucoup plus vives, y compris vis à vis de nous." 

A l'heure actuelle 45 hommes et 3 femmes sont retenus. "Nous sommes six dans 20 mètres carrés, on est traités comme des bêtes, il fait une chaleur insupportable", s'emporte l'un d'entre eux. "Le bâtiment n'est aujourd'hui plus adapté", reconnaît Gérard Leseul.

Un autre fait grave s'est déroulé il y a quelques jours : un retenu a agressé sexuellement un autre retenu. Le directeur du centre confirme qu'une enquête judiciaire est en cours. "On sent bien qu'il y a des difficultés liées à la promiscuité", assure le député. La victime a été isolée dans une "chambre tampon" assure la direction du CRA.

Des travaux devraient également être entrepris notamment concernant les sanitaires, mal entretenus depuis plusieurs années. Le bâtiment construit il y a 20 ans connaît aussi des problèmes d'isolation, la température y devient difficilement supportable en été. "Deux blocs de ventilation ont été installés en 2020, mais il fait toujours très chaud", reconnaît le personnel.

La tension dans le CRA de Oissel n'est pas une exception. La situation est tendue dans de nombreux centres de rétention, comme à Vincennes où à la fin du mois de mai un retenu est mort.
À Lyon, la bâtonnière et des parlementaires dénoncent des violences et conditions de vie particulièrement difficile après une visite surprise en avril 2023. À Metz, une émeute s'était déclarée lors de la soirée de la Saint-Sylvestre, une vingtaine de personnes s'était alors rebellée.

Le CRA de Oissel, de quoi parle-t-on ?

Ouvert en 2004, le CRA de Oissel compte parmi les 25 centres de ce type qui existent en France. Il peut accueillir jusqu’à 72 personnes, des hommes mais aussi des femmes avec leurs enfants.

Un retenu n'est pas un détenu. La rétention ne résulte pas d'une décision de justice mais d'une décision administrative prise à l’encontre d’un ressortissant étranger concerné par une mesure d’éloignement et qui ne peut pas quitter immédiatement le territoire français.

Le plus souvent les retenus sont visés par une OQTF. L'obligation de quitter le territoire français est une mesure prise par les préfets lorsqu'un étranger ne possède pas les documents l'autorisant à rester sur le territoire français. C'est le cas quand notamment quand la demande d'asile a été rejetée ou quand le titre de séjour arrive à terme. 

Si 30 jours après la notification de l'OQTF la personne visée est toujours en France, alors cette dernière peut-être interpellée. C'est à ce moment-là qu'elle est placée en CRA pour une expulsion sous la contrainte.

Un réfugié peut contester une OQTF devant le tribunal administratif. Le juge déterminera alors si la décision préfectorale est légale ou ne l'est pas.