Le tramway bordelais fête ses 20 ans : retour sur une histoire d'amour et de désamour

Le 21 décembre 2003, le tramway arrivait à Bordeaux. Depuis, 108 millions d’usagers l’empruntent chaque année. Pour célébrer ses 20 ans, la métropole organise un week-end de festivités. Retour sur l'histoire d'une révolution bordelaise.

Ce 21 décembre 2003, le quartier Mériadeck est particulièrement agité, malgré l’heure matinale. Dans la nuit hivernale, un son retentit à 5 heures précisément. C’est la première cloche du tramway bordelais, devenue en vingt ans le quotidien des habitants de Bordeaux Métropole.

Colonne vertébrale bordelaise

Sous la pluie, des milliers de curieux sont venus admirer la chenille bleue bordelaise qui entame son premier trajet de Mériadeck aux quais de Bordeaux. 

Une inauguration en grande pompe par Jacques Chirac, alors président de la République, aux côtés de celui qui fut maire de Bordeaux pendant plus de vingt ans, Alain Juppé. À l’initiative du projet, le maire de Bordeaux veut faire de ce transport, conçu par Alstom, le fer de lance d’un nouveau Bordeaux, loin des “façades de suie” qui caractérisait alors la belle endormie. 

Le tram devient la première étape d’un projet d’envergure, qui refoule les voitures hors du centre-ville et redonne à Bordeaux l’image d’une carte postale aux façades blondes. Cent hectares de voiries et d’espaces publics sont transformés, autour de cette colonne vertébrale bordelaise.

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Le 21 décembre 2003, le tramway arrivait à Bordeaux. Depuis 108 milions d’usagers l’empruntent chaque année. Pour célébrer ses 20 ans, la métropole organise un week-end de festivités. Retour sur l'histoire d'une révolution bordelaise. ©France 3 Aquitaine

82 kilomètres de rails

Après sept ans de réflexions et de travaux, le tramway démarre avec trois lignes, la A, B et C. Cinquante-quatre stations sont desservies. Le projet est ambitieux : 690 millions sont investis pour ce mode de transport innovant.

Le tramway bordelais est le premier au monde à fonctionner avec l’APS, un système d’alimentation électrique par le sol. Les boîtiers électriques sont donc enterrés sous les voies pour ne pas détériorer l’esthétique du centre-ville avec des caténaires. 

En 2020, le réseau du tramway s’agrandit. Une quatrième ligne vient s’ajouter, la D. La ligne A est de son côté étendue jusqu’à l’aéroport. Il compte désormais 82 kilomètres de rails et 139 stations. Il s’agit du deuxième plus grand réseau après son homologue francilien. 

Désamour bordelais

Fierté bordelaise, régulièrement mise en avant lors de grands événements, comme lors de la venue du couple royal britannique, le tramway n’en vit pas moins une histoire d’amour compliquée avec les Bordelais. 

Sur les réseaux sociaux qui informent les voyageurs de l’état du réseau, les plaintes sont légion. Défaillances du système, accidents, retards, lenteurs (le tramway roule en moyenne à 18 km/h), autant de problèmes relevés dès les premières heures de fonctionnement.

Le premier fautif sera un objet métallique, qui fait disjoncter toute l’infrastructure installée sur la rive gauche. “On attend le métro depuis 8 heures ce matin, il est onze heures moins le quart”, relatait alors un usager, qui patientait tant bien que mal Porte de Bourgogne.

Deuxième version

Si la chenille bleue fête ses 20 ans, ce n’est pas le premier tram que les Bordelais ont connu. Dès 1893, le tramway alors tracté par des chevaux devient électrique. Une révolution qui ne passe pas. Surnommé le “tramway écraseur”, capable de tuer “lors de la foudre”, il disparaît rapidement en 1958, sous les ordres de Jacques Chaban-Delmas, qui rêve déjà d’une ligne de métro. Le projet, trop cher, ne verra jamais le jour.

C'est donc le tramway qui s'expose aujourd'hui sur les cartes postales du paysage bordelais. Ses passagers, célèbres, en ont aussi fait sa renommée, comme Serge le Lama. Volé dans un cirque voisin par des jeunes Bordelais, l’animal a eu le privilège d’emprunter le transport en commun, devenant ainsi une star des réseaux sociaux.

Week-end de fête

Pour ses vingt ans, Bordeaux Métropole met les petits plats dans les grands. Ce week-end des 16 et 17 décembre, des animations sont prévues place Pey-Berland et dans plusieurs stations. Au programme, des acrobates, un piano-bulles ou encore des lectures et des photobooths.



Un évènement grand public et politique : samedi 16 décembre, le président de Bordeaux Métropole réunira les grands acteurs du projet. Sont notamment attendus Alain Juppé, Alain Rousset, Vincent Feltesse ou encore Patrick Bobet.