Dix-huit ans après le Limoges CSP, l’Élan Béarnais menacé à son tour de disparition

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Comme une triste ironie de l’histoire des deux « meilleurs ennemis » du basket français : 18 ans après le Limoges CSP, Pau-Orthez, l’Élan Béarnais, est à son tour menacé de disparition, après le refus de son engagement, et en Élite, et en ProB pour la saison prochaine.

Si elle n’est pas vraiment une surprise, et que rien n’est encore définitif, la décision de la Direction Nationale de Contrôle et du Conseil de Gestion (DNCCG) de la Ligue Nationale de Basket, conduisant, ce 23 juin, au refus d’engagement de Pau-Orthez et en Élite, et en ProB pour la saison prochaine, a tout de même fait l’effet d’une bombe, des bords du Gave jusqu’à Beaublanc…

 

Pour justifier ce refus, la DNCCG a invoqué « l'absence de garantie quant à la continuité d’exploitation du club et l'absence de tout élément probant permettant de lever ce risque », jugeant même qu'il y a un « aléa sérieux quant à la réalisation du budget 2022/2023 ». 

Le club avait été auditionné devant l’instance le 14 juin dernier, présentant un déficit de près de 3 millions d'euros, pour un budget fixé à 7,8 millions en début de saison.

Un déficit né en grande partie au printemps 2021, lorsque l’exécutif du club, installé par le nouveau propriétaire, le fonds d’investissements américain CSG, avait bâti son recrutement sur ce budget sans doute trop amitieux.

Il reposait en grande partie sur un concept, novateur mais risqué, de « tokenisation » du capital du club (un actionnariat ouvert au public sous forme de tokens, jetons, représentant une partie du capital), et d’un projet hôtelier et immobilier. 

Juridiquement, l’Élan dispose de huit jours pour déposer un recours gracieux contre cette décision. Il semble vouloir le faire.

Dans ce cas, il sera à nouveau auditionné et pourra alors présenter de nouveaux éléments.
À cette heure, le club n’est pas encore mort.

Mais lors de l’audition initiale, la DNCCG avait proposé l’apport d’un million d’euros de garantie et laissé la possibilité d’un prêt pour les deux restants, pour combler le déficit.
Apport qui n’était donc toujours pas là ce 23 juin.
Pourrait-il l’être dans sept jours désormais ?  
L’urgence va-t-elle mobiliser de nouveaux soutiens, notamment des collectivités locales ?

Pas si sûr.
D’autant que la Communauté d'agglomération Pau-Béarn-Pyrénées qui, au moment de la cession du club, avait eu un accord des Américains pour percevoir une reprise d’actions à hauteur de 800 000€, n’a toujours rien reçu. Et elle n’exclue pas « des solutions radicales » !

 

Dans le pire des cas, si d’aventure Pau-Orthez devait se retrouver en situation de dépôt de bilan et de liquidation judiciaire, le règlement est clair : une nouvelle entité devrait être formée, mais ne serait autorisée à reprendre la compétition qu’en Nationale 3, la 5ème division.
La mort d’un club aux 83 années d’histoire…

 

Pourtant, une lueur d’espoir pourrait venir…du meilleur ennemi de l’Élan, le Limoges CSP !

 

Le CSP, à jamais le premier !

Il y a en effet 18 ans, le club limougeaud avait vécu pareille difficulté. 

En 2000, le CSP avait été rétrogradé en Pro B pour la saison 2000-2001, malgré son historique triplé Championnat-Coupe de France-Coupe Korac.

Le Cercle était alors au bord du dépôt de bilan.
Une situation née d’un rapport de la Chambre régionale des comptes sur la politique sportive de la ville de Limoges, qui révélait la volonté de limiter les soutiens financiers aux clubs sportifs, et qui avait été le point de départ d'une succession d'affaires judiciaires.

Si Beaublanc retrouvait la Pro A dès la saison suivante (2001-2002), le club restait embourbé dans ses difficultés et ses affaires. 

Et la saison 2003-2004 allait se révéler fatale.

Limoges était détruit sportivement, avec une dernière place au championnat, et financièrement, puisque le 8 juillet 2004, le dépôt de bilan était prononcé ! 

Mais dans la foulée, la reprise impulsée par le regretté Frédéric Forte créait le CSP Élite, qui reprenait une partie des droits du CSP.

Et, de manière exceptionnelle, avec l’appui du président d’alors de la Fédération Française, Yvan Mainini, le CSP se voyait octroyer le privilège d’une inscription en Nationale 1, et non en Nationale 3 comme prévu par le règlement, pour "services rendus au Basket Français". 

Mais le chemin de la renaissance a été long !

Avec certes une courte réapparition en Pro A lors de la saison 2010-2011, il faudra tout de même attendre 2014, 10 ans, pour revoir enfin le CSP au sommet du basket national. Et même si Beaublanc a eu droit à un « Back-to-Back » la saison suivante, Limoges n’est désormais plus un cador, mais un gros du Championnat. 

Les vérités sportives et économiques de 2004 ne sont bien sûr pas celles de 2022, et pareille indulgence, et pareille possibilité ne sont pas forcément garanties. 

D’autant qu’une nouvelle fois, Pau est chancelant, mais pas encore à terre

Mais si, même avec un peu de purgatoire, cela permettait de retrouver l’enfer des Clasicos…Même pour un Limougeaud, ce serait le Paradis !