Pollution de la vallée de l'Orbiel (Aude) : un nouveau rapport préconise un suivi plus strict de la population

Recherche de polluants sur les légumes de Conques-sur-Orbiel après les inondations d'octobre 2018 / © Frédéric Guibal, France 3 Occitanie
Recherche de polluants sur les légumes de Conques-sur-Orbiel après les inondations d'octobre 2018 / © Frédéric Guibal, France 3 Occitanie

Le dernier rapport de la haute Autorité de Santé sur la pollution à l'arsenic qui touche notamment les enfants du village de Lastours doit être rendu publicce lundi. Certains redoutaient que cette synthèse n'enterre le dossier. Elle impose au contraire des analyses plus régulières de la population.

Par Alexandre Grellier et Josette Sanna

Au printemps dernier, plusieurs parents du village de Lastours dans l’Aude, ont fait analyser l’urine de leurs enfants pour y chercher des traces d’arsenic. Des mesures réalisées par des chercheurs indépendants avaient en effet montré que la cour de l’école du village avait été polluée lors des inondations d’octobre 2018 par différents métaux lourds, dont l’arsenic, venus des anciennes mines autour de Salsignes.

De nombreux enfants présentaient des taux au-dessus des normes, y compris dans des villages plus bas dans la vallée. Depuis, une bataille d’experts s’est enclenchée, entre ceux qui y voient un danger sanitaire, et d’autres qui n’y voient rien d’alarmant.

L’Etat (à travers la Préfecture et l’ARS dans l’Aude) attendait ce rapport depuis plusieurs mois pour déterminer la marche à suivre. Certains redoutaient que le rapport « n’enterre » le dossier, en relevant les seuils admis de l’arsenic par exemple, mais il n’en est rien. Le rapport impose au contraire un suivi plus strict et régulier (notamment des analyses d’urines très régulières) d’une partie des populations.

Ce rapport doit être disponible sur le site de la haute Autorité de Santé ce lundi 9 mars.  Il prône une surveillance accrue des populations exposées à la pollution à l'arsenic. 

Quel dépistage et quel suivi médical pour les personnes surexposées à l’arsenic ?


La Haute Autorité de Santé et la Société de Toxicologie Clinique ont élaboré une recommandation à destination des professionnels et des pouvoirs publics sur le dépistage, la prise en charge et le suivi des personnes résidant dans une zone polluée à l’arsenic, c’est-à-dire celle dans laquelle on retrouve plus de 25 mg d’arsenic inorganique bioaccessible par kilo de terre.

La Haute Autorité de Santé rappelle que l’arsenic est naturellement présent dans notre environnement, dans les eaux et les sols en faible quantité.

Certaines activités humaines (traitement des cultures notamment de la vigne, traitement du bois, tannage de peaux, production de verre, extraction minière, etc.) ont provoqué une pollution de sites géographiques au-delà de cette présence naturelle, avec potentiellement des effets sur la santé.

7000 sites pollués en France

Il y aurait ainsi 7 000 sites pollués ou potentiellement pollués en France. Les populations habitant à proximité de ces zones présentent un risque de contamination par l’ingestion ou l’inhalation de dérivés d’arsenic (essentiellement sous forme de poussières), la consommation d’aliments produits sur le site, l’usage ou la consommation d’eau polluée, etc.

Face à cette situation, le ministère des Solidarités et de la Santé a saisi la Haute Autorité de Santé (HAS) et la Société de Toxicologie Clinique (STC) pour identifier les populations à risque, détecter de façon précoce les situations de contamination et prévenir les effets sur la santé de l’exposition environnementale à l’arsenic qui ne serait pas d'origine organique.
L’objectif est de permettre une prise en charge médicale adéquate et un suivi des personnes contaminées ou risquant de l’être.

Comment établir une contamination de l’homme par l’arsenic ?

Les autorités sanitaires ont précisé la valeur de la concentration d’arsenic inorganique dans le sol au-delà de laquelle un site est considéré comme pollué et les personnes résidant à proximité comme potentiellement exposées à une contamination par l’arsenic. Ce seuil est fixé à 25 mg d’arsenic inorganique bioaccessible par kilo de terre.
Chez les personnes résidant à proximité d’un site pollué à l’arsenic, l’examen retenu est l’analyse d’urine, qui va permettre de mesurer la concentration de l’arsenic inorganique.

Les principaux mode de contamination

Les principaux modes de contamination à l’arsenic sont l’alimentation (à titre d’exemple, les céréales et en particulier le riz ont une concentration élevée relativement aux autres aliments) et la consommation d’eau locale (hors celle distribuée par le réseau, dont la qualité est contrôlée), ainsi que l’ingestion de poussières, chez les enfants jouant dans la terre par exemple.

Enfants et femmes enceintes surexposés

Lorsque la concentration dans le sol de l’arsenic inorganique bioaccessible est supérieure à 25 mg/kg, la probabilité d’absorption d’arsenic est accrue, exposant les personnes qui résident dans ces zones à une contamination. Il est donc recommandé aux médecins de déclencher des analyses d’urine chez :
- les enfants âgés de 6 mois à 4 ans qui résident sur le site, en raison de leur alimentation et parce qu’à leur âge, le contact avec le sol et la terre sont fréquents, dans les jardins, aires de jeux ou de loisirs,
- les femmes enceintes et celles qui envisagent de débuter une grossesse consommant des légumes produits dans un environnement proche, des eaux locales (hors celle du réseau), ou ayant été exposées à des poussières de sol du fait d’activités professionnelles ou de loisir en zone contaminée, en raison des risques pour le développement du fœtus...

Si un cas de contamination est découvert, le dépistage est alors élargi à toute personne consommant des légumes produits localement ou des eaux de surface ou souterraine locales.

Comment réduire l’exposition à l’arsenic et quel suivi pour les habitants des zones polluées ?

Il n’y a pas de traitement médicamenteux de la surexposition chronique à l’arsenic.

 Selon le rapport l’objectif est de réduire l’exposition à l’arsenic et ainsi la quantité d’arsenic absorbée. Pour y parvenir, il est primordial d’informer les personnes résidant sur un site pollué et de les inciter à suivre des mesures pour limiter leur absorption d’arsenic : ne pas consommer les légumes produits sur place notamment les légumes feuilles dont la surface peut être recouverte de poussière d’arsenic ; ne pas consommer l’eau des puits ; se laver régulièrement les mains et laver régulièrement les intérieurs avec des linges humides (serpillière, éponges, chiffons, …); ôter ses chaussures à l’entrée de chez soi afin d’éviter la dispersion des poussières dans les habitations.

Analyses renforcées

Pour les personnes dont l’analyse des urines a établi la contamination, une nouvelle analyse des urines doit être réalisée dans les trois mois suivant le diagnostic (dans les deux mois pour les femmes enceintes).

Pour les personnes dont l’analyse des urines n’a pas établi de contamination mais qui riquent de l'être, les autorités sanitaires recommandent la mise en place d’une surveillance, toujours par l’analyse des urines, 
- semestrielle chez les enfants de 6 mois à 4 ans,
- annuelle chez les enfants de 5 et 6 ans,
- tous les 3 à 6 mois à partir de 7 ans chez les personnes présentant un comportement à risque.

Cette surveillance doit être doublée d’une surveillance clinique. Les premiers effets à se manifester dans la durée sont des effets cutanés. Si l’exposition à l’arsenic se prolonge sur plusieurs années, d’autres effets peuvent apparaître ensuite : respiratoires, neurologiques, cardiovasculaires et cancérogènes.
 


Lors des consultations de suivi de leurs patients et chez les personnes à risque élevé de développer des effets toxiques liés à leur exposition, les professionnels de santé exerçant à proximité d’un site pollué doivent rechercher des troubles cutanés et mettre en place les traitements adéquats.

Un rapport satisfaisant

Guy Augé de l'Association des riverains de Salsigne réagit au rapport.

"Je le trouve bien car il donne des directives précises concernant les taux d’arsenic dans le sang des enfants et des personnes. Il cible bien les personnes à risques et au niveau médical il prône de faire attention à l’apparition des troubles cutanés. Les recommandations font bien le lien entre la pollution à l’arsenic inorganique qui, -dans notre cas est issue des installations minières et industrielles et des stockages-, et la santé de nos populations".

Analyses aux frais des parents

Des parents suite à l’accident ont effectué les analyses d'urine pour leurs enfants et ont du le faire à leurs frais.
"On les a induits en erreur au début. Des enfants ont été atteients il fallait prendre des précautions et là le rapport établit que la norme des 25 milligrammes d’arsenic par kilo de sol doit être respectée contrairement aux « ingénieurs du BRGM ( bureau de recherche géologique et minière)  censés faire la surveillance du site qui lors du dernier CSS (comité de suivi de site), nous expliquaient que 300 mg par kilo de sol était la norme" , poursuit Guy Augé.

Les enfants relevés à ce moment-là étaient 30 mg, donc déjà au-dessus de la norme.

Formation des médecins

"Cerise sur le gâteau l’HAS avait préconisé de former les médecins. Dans le cas de la pollution de l’Aude, ils ont été formés avant la sortie du rapport. Ce qui prouve le sérieux et l’urgence du dossier", se félicite Guy Augé.

Dorénavant nos maires devront donc s’occuper de la  pollution du jardin du boulodrome et du terrain de sport

L'élément nouveau du rapport  responsabilise les maires en préconisant pour les lieux d’activité et de loisirs, la norme par 25 milligrammes par kilo de sol . "Dorénavant nos maires devront donc s’occuper de la  pollution du jardin du boulodrome et du terrain de sport", ajoute Guy Augé.

Cette pollution tout le monde s’en lave les mains

"Un ancien DRIRE avait dit qu'il fallait pouvoir vivre et défendre ce territoire comme les autres en France . Il serait temps, on se sent délaissés par l’administration et l’Etat depuis des années. "Cette pollution tout le monde s’en lave les mains. Tant mieux pour ceux qui sont jeunes beaux riches et bien portants et tant pis si dans le secteur on est pauvres, malades vieux pollués et pleins d’arsenic, m'avait-on dit il y a trente ans. Trente ans plus tard, les choses n'ont pas changé, mais on va continuer à se battre", conclut  Guy Augé.









 

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