Coronavirus : du vin pour fabriquer le gel hydroalcoolique, le combat de l'eurodéputé de l'Aude Eric Andrieu

D'un côté des stocks de vins invendus alarmants. De l'autre, une pénurie d'alcool pour fabriquer le fameux gel barrière au COVID 19. Dans l'Aude, l'eurodéputé Eric Andrieu demande une distillation européenne d'urgence pour limiter la casse dans la viticulture et participer à l'effort sanitaire.

Une fois distillés, les excédents de vin de 2019 pourraient se transformer en gel hydroalcoolique.
Une fois distillés, les excédents de vin de 2019 pourraient se transformer en gel hydroalcoolique. © F3 LR Sylvie Bonnet
 

Il faut distiller une partie de la production de vin, celle qu’on estime excédentaire. Pour l’Europe, il s’agit de près d’un milliard de litres.
 

Depuis quelques jours, Eric Andrieu multiplie ses alertes à la communauté européenne sur la crise sans précédent que traverse le milieu viticole. Les cuves sont pleines comme jamais, explique l'eurodéputé audois toujours au combat pour les vignerons de sa région.
Cette fois la crise n'épargne aucune des trois gros producteurs de vins européens, l'Espagne, l'Italie et la France, qui resteraient avec chacun plus de 300 millions de litres de vin invendus. C'est le sens de l'intervention, le 8 avril dernier, de l'eurodéputé PS en charge des dossiers agricoles.

Le secteur du vin est en danger ! Confinement, fermetures des restaurants, des bars, des magasins, accès aux supermarchés limités: un milliard de litres de vin européen pourraient être perdus et avec eux le revenu de milliers de personnes. Il est impératif que ce vin, plutôt que d’être perdu, soit distillé. L’Union européenne doit en outre soutenir financièrement, avec le pouvoir national, ce processus de transformation. L’objectif est en tout cas clair : éviter le gaspillage et de très nombreuses faillites.

 
Le socialiste narbonnais Eric Andrieu, spécialiste des dossiers agricoles au parlement européen. ARCHIVES
Le socialiste narbonnais Eric Andrieu, spécialiste des dossiers agricoles au parlement européen. ARCHIVES © CEE


Le secteur du vin victime du coronavirus


La mévente des vins, notamment en Occitanie, avait déjà commencé en octobre dernier avec la chute de la consommation américaine quand Trump a taxé les importations de vins en  représailles aux subventions européennes à Airbus. 
Quelques semaines plus tard, début du Coronavirus. C’est la Chine, Singapour puis le reste de l’Asie qui ferment leur frontières, renvoyant même les containers de vins en transit. Et mars, c'est toute l'Europe qui voit sa consommation chuter avec le confinement, les fermetures de restaurants de bars et de magasins.

Résultat: les cuves des producteurs, dans l'Aude comme ailleurs, sont pleines. Et il faudra les vider en septembre pour accueillir les prochaines vendanges. Sans compter les difficultés de trésorerie pour les viticulteurs qui n'encaissent pratiquement rien depuis les dernières vendanges. C'est le sens de la question posée au parlement européen par Eric Andrieu.
 

Il apparaît aujourd’hui vu la conjoncture, plus que jamais indispensable de mettre en place des mesures temporaires et exceptionnelles de marché, si l’on veut éviter une chute brutale des prix et bien des catastrophes dont la disparition de nombreux producteurs sur bien des territoires.

 


La distillation comme solution de crise au niveau européen


Autoriser en urgence la distillation de crise et/ou le stockage demandé par plusieurs États membres pour venir en aide aux producteurs. Et participer au co-financement de ces mesures pour éviter une chute drastique des prix. C'est la demande globale qu'a adressée le Narbonnais à la Commission européenne. Une demande qui réclame une réponse précise :

"À quelle échéance, le cas échéant, la Commission envisage-t-elle d’agir ? Il y a urgence !"

Concrêtement, l'eurodéputé demande aux Etats concernés de prendre le cout de distillation en charge mais avec une aide de l'Europe conséquente. En gros, pour Eric Andrieu , le calcul est vite fait : La France devrait payer 80 centimes de cout de distillation par litre et l'Europe pourrait s'engager à en financer 35 centimes.

 

Pas de solution miracle mais des débouchés d'utilité publique


"La distillation est une alternative, certes moins rémunératrice que la vente de vin" rappelle l'eurodéputé. Mais elle permettra aux viticulteurs de s’en sortir et de pouvoir également récolter en 2020 et donc de relancer les exploitations. Sans compter qu'elle permettra de participer à l'effort sanitaire pour lutter contre le coronavirus, conclut d'Eric Andrieu:
 

L’alcool ainsi produit pourra servir dans de nombreux secteurs, entre autre pour la fabrication de gel hydroalcoolique.


Cette demande de distillation d'urgence d'Eric Andrieu est partagée par l'ensemble de la profession. Petits ou gros, les viticulteurs occitans auront bien du mal à survivre sans distillation. Dans l'Hérault, François-Régis Boussagol, le président des Vignerons indépendants en est conscient.
La demande en gel hydroalcoolique est aujourd'hui très forte et ne semble pas prête de fléchir. De nombreuses pharmacies sont encore en rupture de stocks. Plus d'une cinquantaine d'entreprises commencent à fabriquer du gel en France après la pénurie dénoncée depuis l'arrivée du coronavirus en Europe. Et elles auront, on peut le craindre, longtemps besoin de matière première.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus santé viticulture agriculture europe politique alcool crise économique insolite vins culture gastronomie
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter