Une étude publiée dans la revue Nature révèle que la neige devient de plus en plus rare en raison du réchauffement climatique. Ce qui ne sera pas sans conséquence sur les ressources en eau potable.

La neige a fait son grand retour en Europe et en France sur une partie de l'Occitanie ces derniers jours où elle est tombée en abondance. Elle devrait faire également son retour dans le nord de la France dans le courant de la semaine du 15 janvier 2023. Mais ne vous y trompez pas. Elle devient de plus en plus rare sous l'effet du réchauffement climatique. Et menace l'approvisionnement en eau potable en Europe et aux États-Unis, selon une étude publiée, mercredi 10 janvier 2024, dans la revue Nature.

La raréfaction de la neige tend à s'aggraver

Pour la réaliser, des chercheurs de l'université américaine de Dartmouth ont croisé des modèles climatiques et quatre décennies de données d'observation sur les précipitations et le manteau neigeux au mois de mars, au moment où s'amorce la fonte. Et ils constatent que la raréfaction de la neige a tendance à s'aggraver. 

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Selon leurs conclusions, "80% de la masse neigeuse de l'hémisphère nord se trouve dans des régions très froides, où la température hivernale moyenne est inférieure à -8°C et où le manteau neigeux est peu ou pas affecté par le changement climatique". Les 20% restants "sont dans des régions plus chaudes que ces -8°C de moyenne, un point de bascule au-delà duquel les moindres augmentations marginales de température impliquent des pertes de neige de plus en plus fortes" pour chaque dixième de degré.

Baisse de 10 à 20% du manteau neigeux


Or, quatre habitants sur cinq de l'hémisphère nord vivent "dans des régions dépendant plus ou moins de ces manteaux neigeux", écrivent les auteurs. Le sud-ouest et le nord-est des États-Unis, ainsi que l'Europe centrale et orientale ont déjà vu leur manteau diminuer de 10 à 20% par décennie depuis les années 1980, estiment les chercheurs. Les bassins fluviaux autour du Mississippi supérieur aux États-Unis et du Danube en Europe - où vivent respectivement 84 et 92 millions de personnes - ont ainsi connu une baisse de 30 et 40% de l'eau de source disponible pour cette raison. 

Moins de neige signifie moins d'eau de fonte au printemps pour alimenter les rivières, les ruisseaux et les sols. C'est aussi ce que démontrent deux études scientifiques, publiées le 5 décembre 2023, menées dans le cadre du projet PIRAGUA qui porte sur le débit des rivières des Pyrénées.

Coordonné par le Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) et réalisé en collaboration avec plusieurs organismes, dont le CNRS, les scientifiques ont analysé l'état actuel et le futur des ressources en eau des Pyrénées et de leurs régions. Les deux études estiment que le débit des rivières dans les Pyrénées pourrait diminuer jusqu'à - 20 % d'ici à la fin du siècle, en raison d'une fonte des neiges plus précoce, et d'un climat plus chaud et plus sec.

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Plus de pluie que de neige


Selon les chercheurs de l'université de Dartmouth, le réchauffement entraîne aussi des précipitations hivernales davantage composées de pluie que de neige. Celles-ci sont synonymes de ruissellement immédiat et de risques d'inondations, au lieu d'être stockées en altitude jusqu'au printemps et à l'été, quand les populations ont plus besoin d'eau. Outre ces pertes de ressources en eau, une quantité moindre de neige affecte également le tourisme et les stations de ski. Des conséquences déjà perceptibles, là aussi, dans les Pyrénées où plusieurs stations ont reporté leur ouverture et leur lancement de leur saison, en ce début d'hiver en 2023. 

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L'étude américaine précise, enfin, que "cette transformation de la neige en pluie peut également nuire à la santé des écosystèmes" et favoriser "la propagation des parasites et rendant les forêts plus sensibles aux incendies de forêt provoqués par la sécheresse aux saisons de fonte."

(Avec AFP)