Témoignage. "Les briques du mur apparaissent derrière le plâtre qui tombe" : fissures, moisissures et absence d'aération, elle vit dans un logement insalubre

Publié le Écrit par Apolline Riou

La Fondation Abbé Pierre tire la sonnette d'alarme face à la multiplication des situations d’habitat indigne. Mélanie, 22 ans, fait partie de ces personnes dont le logement, situé dans le centre-ville de Toulouse (Haute-Garonne), est insalubre. Entre les fissures et les moisissures, elle tente de trouver une issue.

Lorsqu'elle emménage avec son petit ami, au début de l'année 2023, Mélanie n'en revient pas. "Il vivait là depuis 2021, explique la jeune fille de 22 ans. Mais j'ai découvert l'ampleur des dégâts." L'appartement est insalubre, délabré. Un T2 d'une trentaine de mètres carrés, avec presque 4 mètres de hauteur sous plafond, situé en plein centre-ville de Toulouse, à deux pas de la place du Capitole. Loyer : 600 euros. Pas cher, pour un bien similaire sur le marché, et pour cause. 

Un trou au plafond

Lorsqu'on entre dans l'appartement, on remarque tout de suite le lino qui se décolle du sol à certains endroits. Dans la pièce à vivre, le plafond n'est pas peint. Côté cuisine, pas de hotte, mais une grande verrière, véritable "cache-misère", selon Mélanie. Car en dessous, des fissures apparaissent sur les murs abîmés. Sur le plafond, d'autres fissures, et même... un trou. De la taille d'un melon. 

C'est dans la salle de bains que l'on constate les plus grosses dégradations. Mélanie nous montre les fissures et les moisissures sur les murs : "Le propriétaire a tenté de les reboucher avant que l'on emménage, mais en on voit les traces". En l'absence de système d'aération, l'humidité grignote la pièce. Tout en haut, une petite fenêtre, à peine accessible. "Avec l'humidité, le bois a gonflé, et on ne peut pas l'ouvrir de l'intérieur, explique-t-elle. Il faut aller dehors, monter sur un tabouret et la pousser fort." Alors en hiver, le jeune couple ne l'ouvre pas. 

Un plancher pourri 

Sous le lino, les moisissures ont aussi envahi le sol et pourrissent une planche de bois épaisse, posée sur un vieux parquet. Les fenêtres du séjour sont en simple vitrage. "C'est très mal isolé, raconte la jeune fille. L'hiver 2023, pour se chauffer, on a payé 400 euros de charges pour deux mois, uniquement sur le gaz." 

À bout, Mélanie choisit alors le système D. Elle achète du joint de fenêtre, ainsi qu'un film plastique à coller, faisant office de double vitrage, pour empêcher l'air de passer. "C'est une demi-solution, puisque je n'ai pu le faire que sur le bas des fenêtres, regrette-t-elle, mais on a payé un peu moins cher nos factures l'hiver 2024." Elle tente aussi de combler quelques fissures elle-même : "Je n'en pouvais plus, je voyais les briques du mur apparaître derrière les morceaux de plâtre qui tombaient." 

Des propriétaires frileux  

Samedi 9 mars 2024, à quelques centaines de mètres de son appartement, un immeuble s'effondre, rue Saint-Rome.  Mélanie est inquiète. "Je flippe, raconte-t-elle. Jusqu'ici mon copain ne voulait pas embêter les propriétaires. Il dit que ce sont des gens gentils, avec peu de moyens et qui sont eux-mêmes locataires." Elle décide tout de même de les contacter. "Quand mon petit ami avait emménagé, déjà, il leur avait demandé de changer les fenêtres, précise la jeune fille. Face au montant du devis de l'artisan, ils n'avaient finalement rien fait."

Au mois d'avril, deux artisans viennent à nouveau constater les problèmes de salubrité et  assurent qu'avec la mise en place d'une aération, ces derniers seraient réglés. Mais, "rien ne nous assure que les propriétaires vont agir, puisqu'ils ne l'ont pas fait auparavant", souffle Mélanie. 

"Mon petit ami a des problèmes respiratoires" 

Le couple tente de chercher un autre appartement en centre-ville, mais "le marché est complètement saturé. Avec l'évacuation des immeubles qui menacent de s'effondrer, il y a encore moins de logements disponibles dans notre budget", explique-t-elle. "Ça me stresse, mon petit ami a des gros problèmes respiratoires et je m'inquiète pour sa santé." Mélanie finit par envoyer un message clair aux propriétaires : "Nous souhaiterions rester dans cet appartement, mais des travaux sont nécessaires pour qu’il soit habitable." 

Un dispositif pour aider les locataires  

Le 23 avril, la Fondation Abbé Pierre Occitanie publie un nouvel éclairage sur l'état du mal-logement dans la région. L'association alerte sur la multiplication des logements insalubres et sur la précarité des ménages, qui ne leur offre pas d'autre choix "que de se loger dans des logements indécents ou dégradés mettant en péril leur santé." 

Des solutions existent pour sortir d'une telle situation. La mairie de Toulouse a notamment mis en place un dispositif d'aide gratuit pour accompagner les locataires d'habitat insalubre auprès de leurs propriétaires, afin que les travaux nécessaires soient réalisés. 

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