Toulouse : l’église Saint-Aubin n'accueillera pas de startups, le projet est bloqué par le diocèse

Le sous-sol de l'édifice religieux devrait devenir en 2022, un espace dédié à la création et au numérique. Un projet unique en France qui avait suscité beaucoup d'enthousiasme. Depuis, silence radio. Le diocèse de Toulouse (Haute-Garonne) bloque les négociations.

Il est 10h20 ce mercredi 23 mai 2018 lorsque le maire de Toulouse (Haute-Garonne) lance officiellement son opération "Dessine-moi Toulouse".

"Nous avons décidé de lancer cet appel à projets urbains innovants" annonce Jean-Luc Moudenc. Le concours "appel à la créativité et l'inventivité des partenaires immobiliers, architectes et urbanistes pour dessiner ou redessiner le territoire métropolitain" poursuit-il. 

10 mois plus tard, 15 dossiers (sur 144) sont sélectionnés et dévoilés par la ville lors du salon Mipim de Cannes.

Parmi les lauréats, un projet étonne.Celui porté par le groupe ICADE en partenariat avec la Mêlée Numérique. Il ambitionne d’implanter des startups du numérique dans la crypte de l’église Saint-Aubin de Toulouse !

Baptisé « Light House » , le projet vise à transformer 1800 m² de surface destiné aux professionnels de la 3D, de l’animation et des jeux vidéo. Un projet unique en France.

Immédiatement, l’idée trouve un large écho dans la presse locale et nationale. Le promoteur promet 5 millions d'euros d'investissement. Seule ombre au tableau : il est nécessaire de désacraliser la crypte. A l'époque, l'obstacle ne semble pas freiner l’enthousiasme des élus locaux et des acteurs économiques. L'ouverture du lieu est promise pour 2022. 

Des négociations puis silence radio

Mais voilà, à l'aube de 2023, la lourde porte noire qui plonge sous l’église Saint-Aubin reste fermée. 

Le projet a été suspendu discrètement durant l'été 2021, selon nos informations. Pourtant, des négociations ont été entamées au printemps 2019 entre la mairie, le diocèse et le promoteur Icade. 

"Nous n'avons plus de nouvelles depuis au moins un an" regrette Edouard Forzy, président de la Mêlée Numérique. Si les discussions avaient abouti, son association devait aider à aménager l'espace. "Nous étions porteur du contenu".

Chez Icade, l'équipe projet confirme que les pourparlers sont suspendus, renvoyant la balle dans le camp du Diocèse de Toulouse. 

Même son de cloche à la mairie de Toulouse, propriétaire de l'église Saint Aubin.

Mener à bien ce projet nécessitait de trouver un accord avec le diocèse pour une mise à disposition de la partie basse de l’église où devait se situer Light house Les discussions n’ayant pas abouti à une solution juridique solide, le porteur de ce projet innovant, Icade, et ses partenaires n’ont pas souhaité poursuivre.

Mairie de Toulouse

En effet, la désacralisation de la crypte est le point de blocage. 

Depuis la loi de séparation de 1905, les églises appartiennent aux communes. Avant de les réaffecter ou de les vendre, la mairie doit lancer une procédure de désaffectation qui passe par la désacralisation du site. Un acte cultuel et juridique qui nécessite l'accord de l'évêque et une cérémonie religieuse spécifique. 

A ce jour, aucune procédure n'a été enclenchée du côté de l'église catholique. Contacté à plusieurs reprises, le diocèse de Toulouse n'a pas répondu à nos sollicitations.

Un "projet commercial" dans une église ? 

Parallèlement, le projet avait soulevé des oppositions dès l'automne 2019.

Des paroissiens avaient lancé une pétition en ligne pour "sauver l'église Saint-Aubin" contre ce "projet commercial". Près de 1000 internautes ont soutenu leurs arguments. 

Alors que la municipalité s’était engagée à achever les travaux de mise en sécurité du lieu entrepris ces dernières années pour permettre aux paroissiens de réintégrer les lieux, le promoteur ICADE soumet l’archevêché à une pression médiatique considérable depuis plusieurs mois dans le seul but d’obtenir la désacralisation de l’église pour y créer un projet commercial nommé Light House.

Amis de l'église Saint Aubin de Toulouse

Pétition en ligne sur mesopinions.com

Par ailleurs, le dossier s'était invité dans la campagne des élections municipales de 2020. La tête de liste RN avait dénoncé la transformation de ce lieu de culte. 

Verra-t-on un jour une startup dans la crypte de Saint-Aubin ? Probablement jamais même si les porteurs du projet gardent espoir de relancer les discussions. 

En attendant, la municipalité de la 4e ville de France a lancé un nouveau concours d'aménagements urbains en décembre 2022. Baptisé "Mes idées pour mon quartier", 83 projets ont été retenus dont la végétalisation du quartier Saint-Aubin. Espérons qu'il ne s'agit pas d'un nouveau coup de communication.