Municipales 2020 à Agde : les électeurs diront-ils stop ou encore à Gilles D'Ettore ?

A Agde (Hérault), 29.000 habitants, Gilles D'Ettore (LR) brigue un 4e mandat. Mais son bilan est contesté par l'un de ses ex-adjoints, tandis que le RN a classé Agde dans les 100 villes de France que le parti d'extrême droite juge "gagnables" aux élections municipales de mars. 5 listes sont en lice.
La ville d'Agde vue du haut de la cathédrale Saint-Etienne, le Mont Saint-Loup en fond
La ville d'Agde vue du haut de la cathédrale Saint-Etienne, le Mont Saint-Loup en fond © Valérie Cohen-Luxey, France 3 Occitanie
A mi-chemin entre Béziers et Sète, Agde (Hérault) est une ville au double visage. Un centre ancien dégradé et paupérisé fait face à des quartiers flambants neufs où se concentrent les nouveaux arrivants, essentiellement des seniors en quête d'une retraite au soleil dans cette station balnéaire devenue depuis les années 1960 l'une des premières d'Europe.
 
La ville d'Agde vue du haut de la cathédrale Saint-Etienne, au fond Sète et le Mont Saint-Clair
La ville d'Agde vue du haut de la cathédrale Saint-Etienne, au fond Sète et le Mont Saint-Clair © Valérie Cohen-Luxey, France 3 Occitanie

A l'approche des élections municipales de mars 2020, cette recomposition urbaine et sociologique pourrait bousculer la stabilité politique de la cité de l'Ephèbe.


Gilles d'Ettore défend son bilan et son envie de continuer


Gilles d'Ettore, petit-fils d'immigré italien, ancien inspecteur de police, est maire d'Agde depuis 18 ans. Il brigue un 4ème mandat toujours sous la même étiquette, revendiquée, des Républicains. A ceux qui contestent son action et parlent d'usure du pouvoir, il répond que le renouveau, c'est lui :
 

Chaque 6 ans, c'est la même chose : on parle plus de moi que de l'avenir de la ville ! Je suis le plus jeune des candidats, donc j'ai encore beaucoup d'énergie encore à 51 ans, puisque j'ai été élu la 1ère fois à 32 ans. Peut-être que les gens peuvent ressentir un peu d'usure, mais moi je me sens en pleine forme et j'ai envie de les convaincre de continuer l'aventure avec moi. J'ai fait beaucoup de choses déjà et je pense que tout n'est pas achevé.


Un bilan contrasté et contesté


Le maire met en avant son bilan : le nouveau palais des congrès, la zone commerciale et d'habitat du Capiscol, à l'entrée d'Agde, et ajoute-t-il, "pas de hausse d'impôts pendant 12 ans et le taux d'insécurité le plus bas de l'Hérault".

Mais Gilles D'Ettore et ses projets sont aujourd'hui contestés. Les adversaires de l'élu pointent un taux de chômage endémique parmi les plus hauts de France et un centre ancien désaffecté.


Le docteur Nadal veut ranimer le centre


Thierry Nadal, ancien adjoint au maire en charge de l'urbanisme de 2008 à 2012, démissionnaire pour cause de désaccord sur l'expansion immobilière, a pris la tête d'une liste sans étiquette, allant du centre-droit à la gauche modérée. Il se définit comme un "humaniste" et martèle son credo :
 

Une ville comme Agde doit être gérée de manière apolitique. Moi, quand des patients viennent à mon cabinet, je ne leur demande pas s'ils sont de gauche ou de droite, je les soigne. Pour les Agathois, c'est pareil : s'ils ont des soucis, on essaiera de les résoudre en tant qu'Agathois.


Ce médecin très connu des habitants d'Agde entend soigner une ville qu'il estime malade, en commençant par son centre aux rideaux baissés. Il entend réhabiliter les logements anciens pour attirer de nouveaux habitants et favoriser la réouverture des commerces pour une offre de proximité en circuits courts. C'est l'une des priorités de son programme.
 
Rénovation d'un toit dans le centre ancien d'Agde (Hérault)
Rénovation d'un toit dans le centre ancien d'Agde (Hérault) © Valérie Cohen-Luxey, France 3 Occitanie


Le RN en tête des dernières élections nationales et européennes


Ranimer le cœur de ville est au centre des propositions de tous les candidats de cette élection municipale 2020 à Agde. Celui du Rassemblement National, Jean-Louis Cousin, y voit l'échec du maire sortant.

Sa permanence a beau avoir été récemment taguée par des militants "antifa" (c'est-à-dire anti-fascites), le candidat sait que le vote RN progresse à Agde, scrutin après scrutin. Aux dernières élections présidentielle, législatives et européennes, le RN est arrivé en tête à chaque tour dans la cité qui borde le fleuve Hérault. Cette fois, Jean-Louis Cousin a choisi d'ouvrir sa liste, dans une certaine mesure :
 

Sur notre liste, pour l'instant on est 35 : il y en a 12 qui sont proches ou appartiennent au RN, deux écologistes, une personne sensible à la cause animale, un "Droite Populaire" [le mouvement de l'ex-LR Thierry Mariani, NDLR]... On n'a pas de personne de gauche parce qu'on ne leur correspond pas mais je ne suis ni la peste, ni le choléra, c'est fini ça. 


Le Rassemblement National a placé Agde dans sa liste des 50 à 100 villes de France qu'il juge "gagnables" et Jean-Louis Cousin entend pour ça jouer la carte de "l'union des droites" défendue par le maire de Béziers Robert Ménard. 


Les Gilets Jaunes pèseront-ils sur l'élection ?


Le RN pourrait être porté par une précarité forte liée au chômage et à l'emploi saisonnier peu qualifié. Un mal être qui, l'an dernier, a mobilisé de nombreux Gilets Jaunes en pays agathois. Richard Rey était de ceux-là.

Lui qui avait fait campagne avec la France Insoumise aux législatives de 2017 a cette fois rallié une liste citoyenne, composée d'un tiers de Gilets Jaunes et emmenée par Thierry Gaubert, du mouvement Refondation (dont fait aussi partie l'ancien maire PS d'Agde Régis Passerieux, NDLR). Tous deux veulent être une alternative à l'abstention et au vote extrême :
 

Notre message s'adresse à tout le monde, notamment à toutes les personnes qui se disent dégoûtées de la politique ou qui cherchent des réponses dans des slogans de partis extrêmistes et identitaires. C'est pour ça que nous avons pris le parti de pas coller d'étiquettes, puisque les gens les refusent. Toute notre démarche a été de travailler avec les citoyens sur la construction programmatique et notre tête de liste a été désignée par les citoyens.


Ils se veulent tout de même porteurs de valeurs de gauche et entendent créer des emplois "qualifiés et non délocalisables" en misant sur le développement de formations supérieures sur le territoire et sur un tourisme patrimonial pour une clientèle plus exigeante tout au long de l'année, dénonçant un modèle de tourisme de masse saisonnier qui, selon eux, serait en perte de vitesse.
 
L'Hérault à Agde
L'Hérault à Agde © Valérie Cohen-Luxey, France 3 Occitanie
 

Vers une liste d'union à gauche


Sur cette partie de l'échiquier politique, ils sont concurrencés par une liste d'union emmenée par l'urgentiste Bertrand de Pontual pour EELV, par Frédéric Markidès du PCF et par Thibaud Mercier de Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon. La tête de liste sera désignée par un vote le 31 janvier 2020.

Mais déjà, Bertrand de Pontual raille les propositions environnementales des autres candidats. Car la grande nouveauté de ces élections municipales 2020, c'est que tous les concurrents en lice ont mis du vert dans leurs programmes :
 

On travaille sur un programme qui insiste sur l'aspect environnemental et on considère que l'écologie se décline avec des idées de gauche, de solidarité : la peinture verte, c'est pas bon. L'original, c'est toujours mieux que la copie ! Par exemple, des logements sociaux Haute Qualité Environnementale, c'est bénéfique pour tout le monde car c'est moins de budget de chauffage pour les locataires et donc moins de difficulté à payer son loyer à la fin du mois.


Une autre de leurs propositions est de faciliter les moyens de déplacement doux type vélo et l'accès aux transports en commun en repensant le maillage du réseau, la fréquence des bus et les tarifs. Objectif : diminuer les traditionnels embouteillages estivaux.


Peut-être une 6ème liste


A ces 5 listes, il faudra peut-être ajouter bientôt celle de Jean-Luc Leroy, un banquier retraité de 62 ans. La joute électorale sera donc très disputée, cette année, à Agde.
 
Agde en quelques quelques chiffres
Surplombée par l'ancien site volcanique du Mont Saint-Loup, surnommée la "perle noire de la Méditerranée", la ville antique d'Agde est située à l'embouchure du fleuve Hérault, Agde possède un port de pêche sur l'Hérault, au Grau d'Agde, et un port de plaisance sur la mer, au Cap d'Agde.

Station balnéaire phare des années 1970 et 1980, elle est l'une des premières d'Europe par sa capacité d'hébergement, son nombre de nuitées touristiques et sa renommée internationale. 

Au dernier recensement, Agde comptait un peu plus de 29.000 habitants, poursuivant ainsi sa croissance démographique entamée dans les années 1960 (8.751 habitants en 1962).

Selon Pôle Emploi, en septembre 2019, avec 11.988 inscrits en catégories A, B et C et 13.231 toutes catégories confondues, le bassin d'Agde/Pézenas constituait 9% des demandeurs d'emploi de tout le département de l'Hérault.

Le nombre de jeunes chômeurs était en hausse de 1,9% sur un an, les jeunes représentant 14% des chômeurs du territoire derrière les femmes (53%) et les seniors (31%), dans un contexte d'offres d'emploi en baisse de 1,6%.
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