Coronavirus : fière mais pas triomphaliste, la Lozère ne compte toujours aucun décès

Il y a des faiblesses qui, en certaines circonstances, deviennent des forces. La Lozère, département le moins peuplé de Métropole, où la distanciation est aisée, n'a connu à ce jour aucun décès et seulement 43 cas de COVID-19. Son secret : l'anticipation et une culture du dialogue solidement ancrée.

© Yannick Leteurnier / France 3 LR
"La chance de ce territoire, c'est qu'on travaille beaucoup ensemble parce qu'on est peu nombreux" : Valérie Hatsch, préfète de Lozère, résume bien la situation. Le département dans lequel elle a pris ses fonctions en février dernier a été relativement épargné par le coronavirus et ne compte aucun décès au 23 avril.


Anticipation et réactivité


Grâce à sa faible densité démographique, mais aussi grâce à une anticipation et une réactivité nées de cette culture du dialogue entre tous les acteurs de terrain, qui la qualifient de vraie "richesse".

Depuis le début de la pandémie, on recense seulement 43 cas de COVID-19 en Lozère, alors qu'un tiers de ses 77.000 habitants a plus de 60 ans et est donc plus sensible au virus. Au 23 avril, 4 patients étaient toujours hospitalisés, dont un seul en réanimation. 13 autres avaient pu regagner leur domicile.

Les autres ont été soignés chez eux.


La sénatrice testée et soignée en Lozère


C'est le cas de la sénatrice Guylène Pantel (Rassemblement Démocratique et Social Européen), l'une des premières diagnostiquées positives dans le département, autour du 10 mars dernier :
 

Je ne sais pas où j'ai attrapé le virus, car je me suis beaucoup déplacée entre mon département et Paris. J'ai été dépistée en Lozère car ici nous avons eu suffisamment de tests pour tout le monde. J'ai été très fatiguée et je ne suis pas sortie du tout jusqu'à très récemment. Merci à tous les soignants qui ont été formidables !


Des tests pour tous au moindre signe


Jean-Claude Luceno, le directeur du Groupement Hospitalier Territorial (GHT 48), souligne effectivement la réactivité de toute la chaîne de soins dès le début :
 

On a testé tous ceux qui présentaient le moindre signe ou symptôme. Beaucoup sont revenus négatifs. Mais même parmi ceux qui étaient positifs, on n'a pas eu de perte de chance du fait de ce dépistage précoce.


Des tests disponibles pour tous, bien sûr parce que le département est le plus faiblement peuplé de France métropolitaine, mais aussi parce que les acteurs de terrain ont su dialoguer pour anticiper la pandémie.


Plus de 250.000 masques distribués


Et ça vaut aussi pour la fourniture d'équipements de protection : sous couvert de l’antenne départementale de l'Agence Régionale de Santé et en lien avec le Conseil Départemental de Lozère, le GHT 48 a, via l'hôpital de Mende, distribué plus de 250.000 masques chirurgicaux et FFP2 à l’ensemble des établissements et des professionnels de santé lozériens.


Des Ehpad aux pompiers, des protections pour tous


Autant d'initiatives qui ont permis de limiter le risque de propagation du coronavirus dans toutes les structures qui composent le CHT 48, à savoir :
 
Les acteurs libéraux du territoire (infirmiers, médecins, pharmaciens) et les sapeurs pompiers n'ont pas été oubliés. Au contraire, ils ont été associés aux décisions à chaque étape. Jean-Claude Luceno nous décrit ce mode de fonctionnement :
 

Sous l'égide du Conseil Départemental, on a 3 conférences téléphoniques qui s'enchaînent tous les jeudis. Tout le monde discute et se cale.


Mobilisation globale


Arrivée en février dernier, la préfète Valérie Hatsch salue cette culture du dialogue qui lui a permis de prendre très rapidement la mesure du territoire et de ses défis :
 

On s'est connus très vite avec les acteurs locaux, on se parle beaucoup et les gens sont très respectueux des pouvoirs publics, ça a facilité la gestion de la crise sanitaire. Il y a une vraie mobilisation de tous sur le terrain. Tout le monde contribue, notamment en attirant l'attention sur les situations particulières, parce que nous avons conscience que chacun a besoin de l'autre.


La distanciation facilitée par la faible densité


Avec 14 habitants au kilomètre carré, le respect du confinement et de la distanciation sociale sont beaucoup plus simples à mettre en œuvre en Lozère qu'ils ne le seront jamais dans les grandes métropoles urbaines.


La chaîne de soins réorganisée pour répondre à l'urgence


Pour autant, pas question de se contenter de ce cordon sanitaire naturel. C'est toute l'organisation des soins qui a été repensée pour faire face à une éventuelle vague de contagion.
    


Le bloc de Marvejols fermé, les effectifs redéployés


Restait la question des effectifs. Pour qu'ils soient suffisants, le bloc opératoire de Marvejols a été temporairement fermé et les actes chirurgicaux non urgents, reportés. Ce qui a permis de rapatrier le personnel dans les unités COVID. L'institut de Formation en Soins Infirmiers de Mende a également mis ses élèves à la disposition de l'hôpital. Ce qui laisse admiratif le directeur du GHT 48, Jean-Claude Luceno :
 

Nous sommes assez fiers de notre hôpital et de pouvoir accueillir autant de gens que de besoin. L'ensemble des personnels a démontré ses qualités de réactivité. La taille de l'établissement, plus petit qu'un grand CHU, aide aussi, car les consignes sont rapidement transmises et bien appliquées.


De la fierté mais pas de triomphalisme


Au 23 avril, alors que la Lozère résiste toujours au virus sans avoir à déplorer aucun décès et avec un nombre de malades relativement limité, pas question pour autant de baisser la garde. La préfète Valérie Hatsch veille à ce que les contrôles restent drastiques, notamment sur les routes pour éviter l'arrivée de propriétaires de résidences secondaires :
 

On est très prudents car on a conscience de la chance qu'on a. On ne veut surtout pas être donneurs de leçons.


Et maintenant : anticiper le déconfinement


Tous les acteurs se préparent à présent et toujours ensemble au déconfinement "dans le cadre des directives nationales". La sénatrice Guylène Pantel, élue d'Ispagnac, insiste sur la notion de vigilance :
 

La population doit continuer à être extrêmement prudente. Distanciation sociale, masques : il faut se protéger ! On n'est pas nombreux, ça nous sert mais ça ne doit pas nous endormir.


Dans sa commune d'Ispagnac, les deux écoles primaires publique et privée se préparent à la réouverture. Mais la sénatrice n'est pas inquiète :
 

On a une réunion la semaine prochaine pour préparer les locaux et la cantine. Il faudra les désinfecter. Pour ce qui est des gestes barrières et des distances, certaines classes n'ont même pas 15 élèves : on devrait y arriver.


Elle aussi salue la bonne entente entre tous les acteurs locaux et la Région Occitanie, attentive à ce territoire rural qui fait aujourd'hui figure d'exemple. Jean-Claude Luceno résume le sentiment général :
 

Nous sommes sûrs que nous aurons à prendre en charge du COVID pendant de nombreux mois encore. Mais maintenant, on sait qu'on est prêts.


D'autant qu'une procédure unifiée de dépistage a été décidée pour l'ensemble du département après le déconfinement. Ehpad, centres d'hébergement, maison d'arrêt ou autre : le territoire sera en mesure de tester, selon le même protocole, la totalité d'un espace collectif (résidents et personnels) dès qu'il y aura un cas suspect. Avec humilité et détermination, la Lozère avance face au coronavirus.








 
Des blouses réutilisables produites localement
Dans sa montée en charge face à la pandémie de coronavirus, l'hôpital de Mende a trouvé des solutions locales d'approvisionnement en matériel de protection grâce à une entreprise lozérienne historique.

Pour répondre à l’insuffisance de blouses de protection, il a conclu un partenariat avec les Ateliers Tuffery, basés à Florac, dans les Cévennes lozériennes. Cette entreprise familiale fondée en 1892, connue pour des créations de vêtements en jean a produit 17.000 blouses en tissu lavables et stérilisables, et donc réutilisables. L'entreprise a également mis en œuvre une ligne de production de masques.

Cette solution locale, au-delà de la problématique de risque de pénurie durant la crise COVID-19, inscrit l’hôpital dans une logique de développement durable et lui permettra ainsi, à l’avenir, de limiter le recours au matériel jetable.
 
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