TEMOIGNAGE. Anniversaire explosion AZF : 10h17, 21 septembre 2021, les actes de bravoure des policiers

Souvenez-vous, c’était il y a 20 ans. Le 21 septembre 2001, une explosion ravage l’usine AZF et la ville de Toulouse. Bilan : 31 morts et des milliers de blessés. Jean-Pierre Havrin, était le chef de la Police en Haute-Garonne à cette époque. #20ansexplosionAZF Témoignage.

Ils sont ouvriers, professeurs, commerçants, à la retraite, médecins, pompiers, élus. Ce sont des Toulousains de tous âges. Le 21 septembre 2001, ils ont vécu l'explosion du hangar 221 de l'usine AZF, la plus grande catastrophe industrielle d'après-guerre en France. Tous ont été marqués, choqués. Certains s'en sont sortis indemnes ou blessés, sinistrés ou dans le deuil. Il y a 20 ans, Jean-Pierre Havrin, lui, rentrait d'une réunion en préfecture. Il est 10h17. Le chef de la Police est en voiture.

"Patron, y a eu un attentat dans le métro"

"Boum. Boum. Ça m'a secoué, ça a secoué la voiture." 10h17, le 21 septembre 2001, Jean-Pierre Havrin roule sur le boulevard de Strasbourg. "J'arrive devant Air France et je vois les vitres qui tombent. Mais des grands morceaux comme ça", dit-il en écartant largement les bras. Heureusement, un périmètre de sécurité est rapidement mis en place pour que les vitres ne tombent pas sur les passants. "Parce que ça aurait pu couper une personne en deux", affirme le chef de la Police toulousaine à l'époque. 

Deux gardiens de la paix sortent d'une station de transport en commun souterrain. "Patron, y a un attentat dans le métro" disent-ils à leur supérieur. La radio du policier commence d'ailleurs à égrainer le même type de messages. "Attentat à tel endroit. On ne parle pas d'accident. C'est attentat, attentat..." Une dizaine d'annonces mentionnant des attaques tombent en l'espace de quelques minutes. Jean-Pierre Havrin l'avoue aujourd'hui, à ce moment-là, il a vraiment eu "le sentiment qu'il y en avait de partout." Dix jours après le 11 septembre 2001.

On s'est dit que, si des terroristes ont réussi à synchroniser une dizaine d'attentats d'un coup, on allait avoir des soucis. Parce que là, c'était du lourd.

Le directeur départemental de la Sécurité publique reprend sa route. Rejoint le commissariat central. "Et là, on a commencé à parler, non plus de dix attentats, mais d'une explosion à AZF."

"Les gars ont pris des initiatives formidables"

"Peu à peu on se rend compte qu'il s'agit d'AZF et que c'est grave." Jean-Pierre Havrin y envoie une équipe de la BAC (Brigade Anti-Criminalité). Arrivés sur place, les policiers rentrent sur le site, "sans masque, sans casque."

Ils me disent : on est dans un nuage orange, ça craint. Et il y a des types qui sortent, des ouvriers ou des ingénieurs, qui disent : ne restez pas là, ne restez pas là... Vraiment c'est la panique.

Une fois sur site, "il faut faire au mieux." Mais le chef de la Police de Toulouse se souvient des ordres et contre-ordres immédiats. "Notre problème, c'était qu'on nous disait : il y a un wagon qui est rempli d'explosifs ou d'un gaz, il faut le sortir immédiatement ! Puis, les spécialistes de Paris appelaient pour dire, il faut surtout pas le bouger !" On fait ? On ne fait pas ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? Comme beaucoup d'autres en témoignent vingt ans après, "personne n'était vraiment préparé à tout ça." Les policiers non plus. Quoique.

"Comme on était une Police de proximité, les gars étaient habitués à avoir de l'initiative. Ils m'appelaient pour me proposer des solutions.  Même si elles n'étaient pas vraiment réglementaires." C'est ainsi que le premier étage du commissariat du Mirail se transforme en garderie d'enfants, évacués d'une école maternelle. Jean-Pierre Havrin se souvient d'une autre idée de génie. Celle d'un gardien de la paix.

Le parc d'autobus urbains était situé juste en face d'AZF. Ils étaient quasiment tous détruits. Mais il y en avait encore un ou deux qui étaient encore en état de marche. Alors on m'a demandé l'autorisation de prendre un bus et de mettre cinquante blessés légers dedans. Normalement, c'est interdit. Mais j'ai dit oui.

Des initiatives formidables. Intelligentes. Vingt ans plus tard, l'ancien directeur de la Sécurité publique en Haute-Garonne se félicite encore de la réaction de ses hommes face à la catastrophe qui a mis en panique et meurtri, non seulement AZF, mais aussi toute la ville de Toulouse. 

Les pillages

Une fois prise la mesure de la situation, Jean-Pierre Havrin, en tant que chef de la Police, a plusieurs "problèmes à gérer." Il faut analyser la situation, voir ce qui est possible de faire, "nous, les flics, pour aider les pompiers, etc." Mais très rapidement, il faut faire face à une autre urgence. "Très très rapidement, on a eu un problème de pillages.

Dans le quart d'heure qui suit (l'explosion), des voyous ont commencé à pénétrer dans les appartements et les habitations éventrées ou aux vitres cassées. On a essayé de sécuriser ça. Tout le monde me demandait une garde statique. Les grands magasins qui étaient explosés me disaient : il faut des policiers devant. C'était impossible parce qu'on n'avait pas l'effectif.

Aujourd'hui, Jean-Pierre Havrin en sourit. Mais ce 21 septembre 2001, "il a vraiment fallu que je me fâche avec tout le monde." Faute de pouvoir poster un policier devant chaque cible d'éventuels pilleurs, il fait en sorte d'assurer une surveillance par patrouilles. Les policiers en repos ce jour-là sont revenus au fur et à mesure. "J'ai demandé à mes collègues de la PJ de faire des patrouilles pour nous aider, ils l'ont fait." C'est le bon côté des choses, analyse aujourd'hui le chef de la Police toulousaine, "à ce moment-là, tout le monde s'est investi."

"Je fais la police ou je fais voyagiste ?"

"Après il nous arrive, ce que moi j'appelle le sur-accident." Très vite, dans les heures qui suivent l'explosion d'AZF, Jean-Pierre Havrin est informé de l'arrivée à Toulouse du président de la République et de ministres. "Chirac dit : je viens." Qui dit Président en déplacement, dit mesures de sécurité, escortes de motards, etc. "On était déjà au taquet", souligne le chef de service, en mimant le geste d'un couteau sous la gorge ou d'asphyxie.

On a fait le Président. Le Premier ministre. Puis d'autres ministres. J'ai appelé le Colonel de la gendarmerie, et je lui ai dit : écoutez, moi je ne peux plus. Ou je fais la police ou je fais voyagiste... On est à genou. On est à un mec près.

 "Moi je n'ai pas eu beaucoup de mérite finalement", analyse humblement, Jean-Pierre Havrin. Et de se féliciter d'une cerataine manière. "C'était très satisfaisant pour un chef de service de voir que la Police, qui est si souvent décriée, était vraiment à la hauteur."

Si on s'était loupé, c'est sûr qu'on aurait payé l'addition. C'est à l'épreuve qu'on voit les choses. C'était une situation pour tout le monde et on s'en est bien sorti.

Le 21 septembre 2001, les policiers de Toulouse ont su s'adapter à la situation. "Je crois que sur ce coup-là, la Police a été efficace" répète leur patron de l'époque. L'ensemble du service a d'ailleurs obtenu une reconnaissance. Aujourd'hui, les policiers de Toulouse arborent une fourragère. Une décoration pour acte de bravoure. 

Retrouvez l'ensemble des témoignages recueillis pour la série anniversaire : il était 10h17, les 20 ans de l'explosion de l'usine AZF.

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