"La priorité est donnée au pouvoir d'achat", la responsabilité de la gauche arrivée en tête des législatives

Les résultats des élections législatives de 2024 ont marqué un tournant significatif dans le paysage politique, avec la victoire surprenante du Nouveau Front populaire. Cette nouvelle configuration de l'Assemblée nationale soulève des questions importantes sur l'avenir politique du pays et la responsabilité de la gauche dans cette évolution.

Depuis ce dimanche 7 juillet, les nouveaux députés de l'Assemblée nationale sont connus après le second tour des législatives. Alors que le Rassemblement national était annoncé en position de force, prêt à faire main basse sur l'hémicycle, c'est finalement le Nouveau Front Populaire, qui est arrivé en tête des suffrages, devant la majorité présidentielle, tandis que le RN arrive à la 3ᵉ place. La gauche s'est mise en ordre de bataille. Les députés sont déjà ce lundi dans le train direction l'Assemblée nationale.

"On est déjà au travail"

La question de la responsabilité de la gauche se pose maintenant. En tant que force politique historiquement attachée aux intérêts des travailleurs, des minorités et des plus vulnérables, la coalition du Nouveau Front populaire se trouve confrontée à plusieurs défis. 

Répondre aux attentes des Français

Hendrik Davi

" Il va falloir s'entendre sur le positionnement", explique Hendrik Davi, en faisant référence aux places dans l'hémicycle. Les élus du Nouveau Front populaire sont issus de différents courants, PS, EELV, LFI etc. Des réunions entre les quatre partis de gauche ont déjà eu lieu ce lundi matin, d'autres doivent se tenir d'ici au 18 juillet et la première session de l'Assemblée nationale.

Pour la sénatrice PS Marie-Arlette Carlotti des Bouches-du-Rhône, malgré le bon score du Nouveau Front populaire, elle a tenu, dimanche sur le plateau de France 3 Provence-Alpes, à prendre ses distances avec certains alliés de LFI au sein de sa coalition, comme Raphaël Arnault.

Le défi crucial : répondre efficacement aux attentes des électeurs tout en préservant ses principes fondamentaux et trouver le budget.

La feuille de route de la gauche est simple, "répondre aux attentes des Français", explique Hendrik Davi réélu dans la 5ᵉ circonscription des Bouches-du-Rhône à Marseille. 

Les résultats des législatives de 2024 obligent la gauche à réévaluer son rôle et sa stratégie dans le paysage politique français. La responsabilité de la gauche ne se limite plus à l'opposition, mais à la capacité de proposer une vision inclusive et dynamique pour l'avenir de la France.

"Une seule priorité pour le gouvernement du Nouveau Front populaire dès son installation : répondre aux urgences qui abîment la vie et la confiance du peuple français. Nous en finirons avec la brutalisation et la maltraitance des années Macron. Nous adopterons immédiatement 20 actes de rupture pour répondre à l’urgence sociale, au défi climatique, à la réparation des services publics, à un chemin d’apaisement en France et dans le monde. Pour que la vie change dès l’été 2024", indiquait le programme du NFP. 

Pour Hendrik Davi, "la priorité est donnée au pouvoir d'achat avec la hausse du point d’indice des fonctionnaires, une hausse du Smic, et bloquer les prix de l'énergie et des produits de première nécessité".

Cette feuille de route comporte également un volet social avec "un renforcement des services publics : plus de moyens pour l'hôpital, les écoles, la police, etc". 

Et sur le côté environnemental, l'accent sera mis sur "la rénovation des logements, avec un double bénéfice, des économies d'énergie pour la planète et pour le portefeuille", indique Hendrik Davi.

Le Nouveau Front populaire à l'image du Printemps Marseillais

Cette victoire de la coalition NFP, est à l'image de celle du Printemps Marseillais, il y a quatre ans pour les municipales. Ce qui conforte les élus locaux sur la réussite de cette initiative.

C’est ensemble qu'on peut réussir

Olivia Fortin, conseillère municipale Printemps Marseillais

"Depuis le démarrage, quand on a commencé à se rassembler, on nous a prédit l'explosion à chaque étape, on nous prédit encore l'explosion et finalement en 2024, quatre ans après qu'on ait gagné les élections. On est tous ensemble et on continue parce qu'on croit à ce qu'on fait et qu'on est animé par cette volonté d'avancer pour Marseille, avec les Marseillaises et les Marseillais", détaille Olivia Fortin, membre du printemps Marseillais, conseillère municipale et maire des 6-8e arrondissements de Marseille. 

"C’est ensemble qu'on peut réussir, On est meilleur à plusieurs", insiste l'élue marseillaise.

"Si on pouvait se remettre dans la voie de rendre à nos concitoyens des services publics dont on a tellement besoin qu'on habite à la campagne ou en ville, des services publics d'hôpital, d'éducation, Si jamais on pouvait réussir à se remettre en mouvement vers le pays auquel on aspire, ce serait formidable", souhaite Olivia Fortin.

"Nous nous sommes présentés avec un programme ambitieux qui parle aux gens qui n'ont rien, qui se sentent déclassés dans les villes, dans les campagnes, qui ne croit plus en la politique", estime Benoît Payan, le maire de Marseille, "Pour autant, il faut que nous soyons responsables. Nous, plus que les autres, et particulièrement les socialistes dans cette période, et particulièrement les écologistes, celles et ceux qui ont composé le Nouveau Front populaire, trouver les voies et moyens de gouverner ce pays".

Une majorité relative et non absolue

Comment les députés vont-ils pouvoir travailler ?

"Il y a beaucoup de questions aujourd'hui qui restent en suspens. Je ne vois pas comment le pays peut être gouverné aujourd'hui", s'interroge Samia Ghali, ex-sénatrice PS des Bouches-du-Rhône, et adjointe au maire de Marseille, "Quand on regarde la cartographie, quand on voit la composition de  l'Assemblée nationale. Je ne vois pas comment on arrivera à sortir avec une majorité saine, une majorité qui nous permette de faire des choses avec les coudées franches".

En effet, avec 182 sièges, le NFP n'a pas atteint la majorité absolue qui est de 289 sièges. Il est donc en majorité relative. Et c'est ce qui pourrait bloquer les actions des députés de la nouvelle majorité, face aux députés renaissance ou du RN.

Il ne faut pas bloquer la France

Samia Ghali, Conseillère municipale Printemps Marseillais

"On attend de voir quel sera le premier ministre choisi par Emmanuel Macron (pour le moment la démission de Gabriel Attal a été refusée, pour assurer la bonne tenue des JO, NDLR). S’il respecte le choix des urnes, il devrait nommer quelqu’un issu du NFP. Donc déjà, nous sommes dans l'attente, ensuite, il faudra qu'il n'y ait pas de motion de censure", précise Hendrik Davi.

Et une autre question reste en suspens, "est-ce que l'on va pouvoir faire adopter notre budget ? Si les autres camps s'opposent, cela sera difficile de trouver les moyens pour nos propositions ? Nous voulons revoir l'imposition, notamment sur le patrimoine et sur les gros salaires, les députés renaissance vont-ils nous suivre ?", s’interroge Hendrik Davi, qui lance en plaisantant, "on ne va tout de même pas passer en force avec des 49.3".

"Je pense qu'il faut faire attention à ne pas tomber dans un piège qui se referme sur nous. La gauche doit être très vigilante et il faut vraiment peser les choses", estime Samia Ghali.

L'élu de gauche à Marseille, longtemps étiquetée PS pense qu'"il faudra que le pays continue à avancer. Il ne faut pas bloquer la France. Les Français avaient peur aussi de cela. C'est un peu le message qu'ils ont envoyé : 'essayer d'être intelligent'. On ne pourra pas faire tout ce qu'il faut faire, mais en tout cas peut-être a minima, c'est de faire en sorte qu'on ne bloque pas la France et les Français".

"Ce destin ne peut plus être celui de la Vᵉ République"

Historiquement, la gauche française a souvent été associée à des valeurs de solidarité sociale, de justice économique et de progrès social. Cependant, ces élections ont montré un désir croissant parmi les électeurs de rechercher des alternatives aux partis traditionnels. Le Nouveau Front Populaire, en émergeant comme la principale force politique, a capté l'attention avec son programme axé sur la redistribution économique, la protection sociale renforcée et une approche plus interventionniste de l'État. À Marseille, c'est aussi une coalition qui a remporté la mairie aux dernières municipales, "le printemps Marseillais"." Un exemple à suivre, selon, le maire de Marseille, Benoît Payan.

Lui qui n'excluait pas de se présenter si Jean-Luc Mélenchon déposait sa candidature à Marseille.

On est au bord du précipice.

Benoît Payan, maire Printemps Marseillais

Mais il va plus loin, si les partis traditionnels n'ont plus la cote, il estime également que la Vᵉ République ne répond plus au mode de gouvernance voulue par les Français. 

Le maire de Marseille estime qu'il faut changer la constitution "Qu'est-ce que nous dit cette élection ? Que la cinquième République est à bout ? Ce régime présidentiel qui n'a que trop duré est à bout de souffle".

Avec le Nouveau Front Populaire, une nouvelle façon de faire de la politique doit émerger. 

"Il est temps enfin pour le président de la République d'activer l'article 11 de la Constitution, de revenir devant le peuple et de lui demander quel destin il veut se choisir", lance Benoît Payan, "Ce destin ne peut plus être celui de la 5ᵉ République. La République date de 1958. Elle a été faite par un homme qui a libéré la France. C'est une autre histoire que nous devons écrire et nous devons l'écrire ensemble, parce que sinon nous resterons dans une situation figée et bloquée".

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