Dealers marseillais interdits de séjour à Hyères, on vous explique pourquoi le préfet a pris un arrêté

Le préfet du Var a pris un arrêté mardi afin d'empêcher "toutes prises de contrôle" du trafic de stupéfiants dans le quartier populaire du Val des Rougières.

Une mesure inédite dans le Var. Le Val de Rougières ne doit pas devenir le terrain de jeu des narcotrafiquants marseillais. Le préfet du Var veut empêcher les dealers marseillais de venir faire leur business à Hyères, plus particulièrement dans ce quartier populaire ciblé ces derniers mois par des opérations anti-drogue qui ont permis "de déstabiliser considérablement le trafic installé", a précisé vendredi 1ᵉʳ mars, la préfecture du Var dans un communiqué. France 3 Provence-Alpes vous expliquent pourquoi.

Que dit cet arrêté ?

Le préfet du Var Philippe Mahé a pris mardi un arrêté interdisant "à tous les individus résidant dans les Bouches-du-Rhône et connus pour des antécédents judiciaires en matière de stupéfiants, de circuler ou de stationner sur la voie publique" à Hyères, "sans motif légitime".

La préfecture précise que les effectifs de police hyérois seront "renforcés autant que de besoin par des fonctionnaires de police de Toulon et une brigade canine de détection d'armes et de stupéfiants" pour faire respecter le nouvel arrêté.

Le maire de la commune, Jean-Pierre Giran, a salué ce geste fort de l'Etat, mais il attend plus.

Je réitère ma réclamation aujourd'hui d'être classé en 'quartier de reconquête républicaine', parce que ça permet d'obtenir des moyens plus pérennes.

Jean-Pierre Giran, maire de Hyères

France 3 Provence-Alpes

L'élu reconnaît que l'Etat "a pris conscience des difficultés" et qu'il est "extrêmement présent et fait un travail remarquable". "La présence de la police nationale et des CRS va sans doute endiguer le phénomène, mais il faut rester vigilant", ajoute le maire. 

Pourquoi un tel arrêté à Val de Rougières? 

Le 26 février, des tirs ont atteint des logements du bâtiment K, heureusement sans faire de victime. Les habitants vivent dans la peur. "Je ne sais pas si c'était des balles ou quoi, mais c'était très important et beaucoup de gens se sont mis à la fenêtre pour voir ce qu'il se passait", a témoigné un habitant de façon anonyme auprès de France 3 Provence-Alpes, alors que les victimes collatérales des guerres de gang se multiplient comme le 8 février à Aubagne, près de Marseille. Trois familles ont été relogées à l'hôtel dans l'attente d'un déménagement.

Cette violence serait la conséquence du démantèlement d'un trafic de stupéfiant, de quoi aiguiser l'appétit des narcotrafiquants marseillais. Depuis plusieurs mois, ce quartier sensible est visé par des descentes de police. Lors de deux opérations "place nette", les policiers ont récemment saisi 75 kilos de cannabis, 15 kilos de cocaïne et près de 200.000 euros en cash le mois dernier. Neuf personnes y ont été interpellées le mois dernier. L'objectif affiché par la préfecture et le procureur de Toulon, Samuel Finielz, est de "permettre un retour au calme au sein du Val des Rougières et garantir la sécurité aux habitants et permettre aux associations de reprendre leurs activités au sein de ce quartier" prioritaire.

Avec ses 2000 habitants, le Val des Rougières concentre 6% de la population des quartiers prioritaires de la métropole Toulon-Provence-Méditerranée. Un tiers de sa population a moins de 25 ans.

Pourquoi cibler les dealer marseillais ?

 A Marseille, le bilan du narcobanditisme en 2023 est à  "un niveau historiquement jamais atteint", a déploré le procureur de la République Nicolas Bessone.  47 personnes sont tombées sous les balles des narco trafiquants, contre 33 en 2022. Ils ont aussi fait 118 blessés (contre 43 en 2022). 

Les autorités varoises veulent empêcher l'expansion vers leur département du narcotrafic marseillais et de ses règlements de comptes sanglants.  "Le narcobanditisme marseillais se répand un peu partout sur la région", a confimé en novembre 2023, Dominique Abbenanti, le patron de la police judiciaire dans une grande partie du sud de la France.

Hyères, Toulon, Nîmes, Arles, Avignon... les guerres de gang marseillais gangrènent progressivement tout le sud et même au-delà de nos frontières jusqu'en Espagne.