Du “ jamais vu en 10 ans” : la sécheresse, redoutée par les agriculteurs, est déjà là en Franche-Comté

L'image date du 24 avril 2020. En Haute-Saône, à Amance, l'herbe est déjà grillée par endroits. / © DR
L'image date du 24 avril 2020. En Haute-Saône, à Amance, l'herbe est déjà grillée par endroits. / © DR

Dans toute la Franche Comté, le déficit de pluie a été très important depuis la mi-mars : 42 jours consécutifs sans précipitations. Cette période de sécheresse, qui ne présage en rien de la météo de l'été, cause pourtant déjà de nombreuses pertes pour les agriculteurs, obligés de s'adapter.

Par Antoine Laroche

De son exploitation, Catherine Faivre-Pierret voit désormais chaque année la sécheresse sévir sous ses yeux. "On est situés juste au dessus du Doubs. Et là il est plus bas qu’en juillet", constate l'agricultrice de Villers-le-Lac (Doubs). Bon an, mal an, ses champs sont orientés plein sud. "On se pose des questions. 7 mm hier, ça a fait du bien, mais le sol est toujours grillé. Les vaches sont dehors mais pas la nuit, il n'y a pas assez d’herbe..." Et si les périodes arides sont de plus en plus fréquentes l'été, le printemps a toujours été humide selon elle : "Je n'ai jamais vu ça en 10 ans de ferme. On a toujours eu de la neige ou de la pluie."
 
Dans cette exploitation, l'herbe est déjà sèche. Il faudrait minimum 15 jours de pluie pour reverdir. / © DR
Dans cette exploitation, l'herbe est déjà sèche. Il faudrait minimum 15 jours de pluie pour reverdir. / © DR
 

Pris en étau entre l'épidémie et la sécheresse


Ils étaient déjà fortement mis en difficulté par le confinement, et la baisse drastique de demande de lait. Les agriculteurs font face, de surcroît, à une période de sécheresse inhabituelle pour un mois d'avril (voir encadré en fin d'article). Pas de précipitations au printemps, c'est le spectre d'une production fortement réduite de fourrage, de céréales, et un équilibre économique déjà précaire considérablement mis à mal.

La pluie, annoncée pour cette fin de mois d'avril, est donc très attendue par les agriculteurs. A Gevresin dans le Doubs, Armand Maréchal gère une exploitation de 80 vaches laitières en zone comté. Il est pris en étau par une crise du comté, et des terres sèches qui le contraignent à s'adapter. "L'herbe est rare. On fait pâturer plus de surface, donc on aura moins de foin à faire." Sur une surface de 140 hectares de terre, les parcelles de la ferme dédiées au pâturage représentent cette année 45 hectares, au lieu de 30 habituellement.

 
Les prairies du Gaec Richeton à Chauvirey le châtel en Haute-Saône, touchées par la sécheresse de l'été 2019 / © Alexandre Lacroix-FDSEA 70
Les prairies du Gaec Richeton à Chauvirey le châtel en Haute-Saône, touchées par la sécheresse de l'été 2019 / © Alexandre Lacroix-FDSEA 70
 

"Ce sont les céréales qui trinquent le plus"


Au GAEC du Lenery à Amance (Haute-Saône), la sécheresse se fait sentir aussi sur la production de céréales. "Tous les jours on perd des quintaux", déplore Antoine Faucogney. "S’il pleut ça va ralentir la catastrophe, mais on ne bouchera pas le trou qui s’est creusé en cinq semaines dans une période clé." Pour cet agriculteur, quelques jours de pluie ne suffiront pas : "Si on repart sur une période de sec, on ne refera pas de foin, et on n'aura pas de stock pour l’hiver prochain." Avec les conséquences que cela induit : "Il faudra encore décapitaliser, vendre du cheptel vivant."

Des choix cornéliens se présentent donc aux agriculteurs. Armand Maréchal, à Gevresin, a décidé de tout miser sur le fourrage, sans certitudes de résultat : "Ce sont les céréales qui trinquent le plus. On n'en fait pas cette année pour faire plus de foin. Mais ça ne va pas forcément marcher." Conséquence, la recherche de pratiques plus douces pour les semis se trouve aussi remise en question. "On implante dans les prairies sans retourner la terre en un seul passage, en surface, à 1cm. Mais ça ne marche que s’il pleut. C’est des paris."
 

Le stockage de l'eau, un enjeu capital


Quelques centaines de mètres plus haut en altitude, le relief du Haut-Doubs n'aura pas permis non plus d'arroser le pré des vaches. Désormais, le retard est conséquent : "Il faudrait 15 jours de pluie, facile", estime Catherine Faivre-Pierret, de Villers-le-Lac. "Heureusement on avait acheté du fourrage l’été passé. On avait vendu des bêtes, ça nous permet de nourrir encore les vaches, mais il ne va pas nous en rester jusqu’à juillet..."
 

On va devoir récupérer l’eau de nos toits

Catherine Faivre-Pierret, agricultrice à Villers-le-Lac (Doubs)


Chaque année se pose la question devenue centrale : comment anticiper ces périodes de sécheresse ? Nous avions rencontré Catherine et Jean Faivre-Pierret à l'occasion du congrès de la FDSEA du Doubs, où le défi du changement climatique avait été abordé. Depuis des années, ils ont multiplié les initiatives d'économie d'énergie, notamment d'eau, sur leur exploitation. Cette nouvelle période de sécheresse ne fait que confirmer ces préoccupations. Et Catherine Faivre Pierret de lancer un appel à la mobilisation : "On va devoir récupérer l’eau de nos toits, revoir nos façons de travailler."
 
Agriculture : des solutions pour anticiper la sécheresse
Aux premières loges pour constater le niveau du Doubs, situé en contrebas de leur exploitation, Catherine et Jean Faivre-Pierret multiplient les techniques d'économie d'eau. Reportage à Villers-le-Lac, K. Baila, A. Laroche


 

42 jours ininterrompus sans pluie

Selon les relevés météorologiques disponibles que nous avons consultés, la pluie, présente à l’automne 2019 et jusqu’en fin d’hiver, s’est arrêtée de tomber à la mi-mars en Franche-Comté. Elle n'a repris que ce dimanche 26 avril, soit 42 jours sans précipitations, à l'exception de la journée du 29 mars*. Les stations météo de Besançon et de Luxeuil, références pour les départements de Haute-Saône et du Doubs, ont relevé respectivement 104 et 110 mm en mars, dont la majorité - 90% - est tombée avant le 13 mars. C’est à cette date que la période de beau temps particulièrement longue que nous connaissons a débuté. En comparaison aux moyennes pluviométriques relevées entre 1981 et 2010 par Météo France, le déficit moyen est de 11% en Bourgogne Franche-Comté au mois de mars.

*Ces données peuvent varier localement.

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