Crise laitière : une députée du Jura propose de redistribuer l'excédent sous forme de briques UHT dans les écoles

Dans de nombreuses fermes comtoises, la production de lait a ralenti : les caves d'affinage sont remplies, et une partie du lait est désormais jetée. Danielle Brulebois, députée (LREM) du Jura a fait part de son idée au gouvernement.  Qu'en disent les producteurs ?

Produire du lait en brique pour le redistribuer dans les écoles plus tard, une solution ?
Produire du lait en brique pour le redistribuer dans les écoles plus tard, une solution ? © Photo d'illustration A. L.
Pour de nombreux éleveurs laitiers, fromagers, affineurs, c'est un crève-coeur. Jeter le produit de leur travail, à savoir des milliers de litres de lait ? Une aberration. C'est pourtant l'une des conséquences directes de l'épidémie de Coronavirus, qui a entraîné un large ralentissement de l'économie. Et la filière laitière n'y échappe pas. De nombreux agriculteurs ont déjà dû ralentir leur production, pour limiter les pertes.

Danielle Brulebois, députée (LREM) de la première circonscription du Jura, a lancé, ce jeudi 23 avril, l'idée d'une distribution de ce lait sous forme de briques (en stérilisation UHT) dans les écoles. Avec une trentaine d'autres députés, elle souhaite pouvoir mettre en place cette solution à l'échelle nationale, d'ici le mois de septembre. "Tout est à construire, avance-t-elle. Cela peut être un verre de lait en collation ou à l’heure du goûter, en concertation avec les parents. 
 
 

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La députée, qui dit avoir connu la distribution de briques de lait à l'école dans son enfance, y voit une issue possible, en accord avec les établissements scolaires, comme cela a été le cas pour le petit-déjeuner instauré dans les zones d'éducation considérées comme prioritaires par l'Etat.
 

Les caves à comté pleines


Armand Maréchal, producteur de lait à comté à Gevresin (Doubs), a déjà jeté deux jours de production, soit 4000L de lait, "pour soulager les fromagers. Pour eux le problème c'est le stockage." Il voit certaines limites à l'initiative de la députée: "Automatiquement, le lait donné aux écoliers, les parents vont en acheter moins. "Pourquoi pas un verre de lait "au goûter", répond Danielle Brulebois sur ce point.

En zone comté, le prix du lait risque moins les fluctuations. Le comité interprofessionnel de gestion du comté a d'ailleurs fixé le 1er avril une réduction de 8% des volumes à répartir sur les mois d'avril, mai et juin. "Certes, faut qu’on baisse la production, mais en principe on est mieux préparés pour faire face à des crises comme ca," explique Armand Maréchal.
 
Cette exploitation de Gevresin (Doubs) a déjà dû jeter 4000L de lait à comté.
Cette exploitation de Gevresin (Doubs) a déjà dû jeter 4000L de lait à comté. © DR
 

Valoriser en priorité les produits transformés


Antoine Faucogney, installé en GAEC à Amance (Haute-Saône), se demande lui si les enfants consommeront bien ce lait, et s'il ne vaut mieux pas "aller chercher les produits finis, qui vont être mis à la benne aujourd’hui, demain", c'est-à-dire les fromages.

Pourquoi ne pas déjà chercher une filière à ces produits transformés, valorisés ? Danielle Brulebois déclare que des pistes ont été aussi lancées de ce côté : "modifications de cahier des charges pour garder plus longtemps, ou congélation" sont envisagées. Pour la députée, pourquoi ne pas envisager à l'école un yaourt ou un morceau de comté, suivant la production locale. Mais "avec les circonstances sanitaires, la brique de lait reste le plus simple", précise-t-elle.

D'autres solutions sont à l'étude au niveau de l'Union européenne : assouplir les régles de durée de conservation, congeler du beurre ou stocker de la poudre de lait. Avec à la clé le risque de faire chuter les prix.
 

Quid de la vente directe ?


Jérôme Martin gère une exploitation laitière à Chantrans (Doubs) en filière "bleu-blanc-coeur": le prix du lait s'y situe autour de 400 euros la tonne, entre celui du comté et le conventionnel. Son lait, valorisé en raclette ou en Edel de Cléron, n'est pas jeté. Mais les fromages produits en trop sont stockés en chambre froide, et ce surplus lui est payé à bas prix. Pour lui, cette mesure va dans le bon sens, mais la meilleure solution serait de vendre son lait directement autour de son exploitation. "Moi je prône le local. Si les gens avaient joué le jeu, on ne jetterait pas. Créer des micro-filières permet de réhausser le prix."

L'appel de cet agriculteur fera-t-il écho ? En attendant des jours meilleurs, le gouvernement a assoupli début avril les mesures sanitaires pour permettre aux producteurs de commercialiser leur lait en circuit court.
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