Beaune : Christie's répond à la polémique après l'annulation chaotique de la vente des vins des Hospices de Beaune

Allégée, annulée, maintenue puis définitivement reportée. La vente des Vins des Hospices de Beaune prévue dimanche 15 novembre a été annulée en catastrophe. A Beaune, le feuilleton fait grincer des dents. Selon certains, le fiasco aurait pu être évité. Pointée du doigt, la maison Christie's répond. 
© France 3 Bourgogne
« La pérennité de notre vente des vins doit passer par son report. » C’est ainsi qu’Alain Suguenot a expliqué dimanche soir sur les réseaux sociaux la décision prise la veille d’annuler la vente aux enchères de la 160 édition de la vente des vins des Hospices de Beaune. C’est une « décision difficile, prise par le préfet, avec mon accord » ajoute le maire (LR) de Beaune qui reconnait un « imbroglio », un « désastre auprès des acheteurs » et une « contre publicité ».

L'affaire pourrait prêter à sourire si les fonds issus de la vente n'étaient destinés au financement de l'hopital de Beaune. Acteurs de cet imbroglio, le maire de Beaune et les hospices, la préfecture, la maison de vente Christies qui devait orchestrer la vente aux enchères et le Conseil des ventes volontaires (CVV), l’autorité de régulation du secteur. C’est par cette dernière qu’est arrivé le coup de théatre.
 


"Christie's savait depuis 3 semaines"

Vendredi 13 novembre, le conseil des ventes volontaires décide de suspendre l’évènement, déjà réduit à la seule vente aux enchères. Dans un communiqué, il estime que la vente ne respecte pas les dispositions sanitaires prises dans le cadre de l’état d’urgence et introduit une inéquité avec les autres ventes aux enchères qui avaient, elles, été interdites. Samedi, après tractations, un nouveau protocole est mis au point. L’annonce du maintien de la vente est faite. Mais samedi soir, à 19h, c’est alors la préfecture qui décide de ne plus autoriser l’évènement estimant impossible d’en vérifier « la sécurité sanitaire (...) compte tenu notamment de la brièveté des délais ».
 

"Christie’s le savait depuis 3 semaines. Je pense que les Hospices se sont fait manipuler."

Alain Suguenot, maire de Beaune

A Beaune en ce début de semaine, le maire (LR) Alain Suguenot ne cache pas sa déception. « Je suis déçu pour toutes celles et ceux qui ont travaillé pendant 1 mois et demi. C’est de la déception avec l’impression de se sentir un peu manipulé par le petit monde. » 

Cible du maire de Beaune, l’opérateur de la vente, la célèbre maison d’enchères Christie’s. Selon lui, pas de doute, l’opérateur était au courant des problèmes soulevés par le Conseil des Ventes volontaires (CVV).  « Christie’s le savait depuis 3 semaines, s’agace Alain Suguenot. Elle le savait d’autant plus que la présidente de Christie’s, Cécile Verdier, est administratrice de la CVV. Je pense que les Hospices se sont fait manipuler. »

Jeudi 12 novembre,  à 3 jours de la vente, le maire de Beaune explique qu'un report en mars a bien été envisagé quelques semaines plus tôt. Mais l'hypothèse a été abandonnée en raison de l'arrivée à échéance du contrat avec Christie's en fin d'année 2020. La vente a donc été maintenue au 3e dimanche de novembre. 
 

"On a toujours été tolalement transparents"

« Christies faisait le forcing, estime Alain Suguenot. Si on nous l’avait dit, on aurait repoussé de 3 semaines. Mais l’hôpital a été mis devant le fait accompli. »

Christie's est orchestrateur de la vente des vins pour le compte des Hospices de Beaune depuis 2005. Le contrat de partenariat s'achève à la fin de l'année. Pour se rémunérer, Christie's touche une commission de 7% sur les ventes, à l'exception de la pièce des Présidents. Selon nos calculs, l'an dernier, cette commission était donc de 844 900 euros. C'est moins que pour d'autres ventes mais cette rentrée d'argent potentielle fait figure d'exception en période de confinement. Encore faut-il que la vente ait lieu avant la fin du contrat.

Tout le monde s’est senti meurtri mais aussi otage d’une situation. Christie's comme les autres.

Cécile Verdier, présidente de Christie's France


Face au début de polémique, la maison Christie's répond ce mercredi 18 novembre. « On a toujours été tolalement transparents avec les Hospices», explique Cécile Verdier, la présidente de Christie's France. Sur la question des délais, elle explique : « C'est à l’annonce que la vente est maintenue, le 2 novembre que le problème commence. Ce n’est bien que 10 jours avant la vente que l’on a été contactés par le Conseil des ventes volontaires. Il y a d’abord eu un échange d'informations, puis les menaces de fermeture. Ce n’est que le lundi soir 9 novembre que l’on a reçu une convocation pour une réunion avec le CVV le vendredi matin. On a demandé à être entendu dans un délai plus court mais cela a été maintenu le vendredi. » La décision tombe donc 48 heures avant la vente.
 

Une vente pas comme les autres

Au coeur du problème, le statut un peu particulier de la vente des Vins avec d'un coté un organisateur, les Hospices de Beaune, et de l'autre un opérateur, la maison Christie's.  Contrairement aux autres ventes, à Beaune, ce n'est pas la maison d'enchères qui vend directement mais un organisme public, les Hospices de Beaune. "Nous ne sommes que prestataires. On exécute un marché public, explique Cécile Verdier. L’organisateur de la vente, ce sont les Hospices qui ont obtenu l’autorisation de la préfecture. Mais nous Christies, on est soumis à notre organe de régulation, le CVV.» En cas de non respect des règles de l'autorisation, Christie's risque une suspension de son autorisation d'exercice en France. 

La préfecture de Côte d'Or a donc donné une autorisation aux Hospices de Beaune pour ce qui était présenté comme un rassemblement strictement réservé aux professionnels. Il était donc possible pendant le confinement sous conditions. Problème, mais ne correspondait plus vraiment aux règles d'organisation des ventes aux enchères publiques. "On ne peut pas dire que l’on ne prend que les acheteurs professionnels pour une vente aux enchères publique» reconnait Cécile Verdier. Christie's a proposé une vente aux enchères en ligne, mais la solution a été rejetée. 

 

Cécile Verdier, la présidente de Christie's France pour la vente de la pièce des Présidents en novembre 2019
Cécile Verdier, la présidente de Christie's France pour la vente de la pièce des Présidents en novembre 2019


 

Une issue "qui aurait pu être évitée" selon l'Etat

De son côté, la préfecture de Côte d’Or explique, elle aussi, ne pas avoir été mise au courant avant le . «Le vendredi soir, avant veille de l'évènement, le conseil des ventes, organe de régulation des marchés de vente aux enchères, a décidé d'annuler cette vente aux enchères considérant qu'elle ne pouvait pas se tenir car les ventes aux enchères avec participation du public ne peuvent plus se dérouler  dans les établissements prévus à cet effet pendant le confinement. Cette question n'avait jamais été évoquée devant les services de l'Etat pendant les nombreuses réunions préparatoires à la sous-préfecture de Beaune. » Le représentant de l’Etat ajoute :  « Les services territoriaux de l'Etat sont les premiers à regretter une telle issue qui aurait pu être évitée, avec un meilleur partage d'informations en amont. »
 

 

« Les services territoriaux de l'Etat sont les premiers à regretter une telle issue qui aurait pu être évitée, avec un meilleur partage d'informations en amont. »

Préfecture de Côte d'Or

Un constat que partage la maison Christie's. "C’est un manque de communication et de compréhension tous ensemble. Tout le monde aurait du être ensemble pour parler de ce sujet. Mais nous ne sommes que prestataires. Nous avons passé 10 jours à discuter avec les Hospices de Beaune en demandant ce que l’on pouvait organiser car on voyait bien que de l’autre côté, ça chauffait. Nous sommes tout autant meurtris par cette situation. Nous aussi, on s’est sentis otages de cette situation.» 

 

Un maintien impossible ? 


Quelques jours après le début du confinement, l'annonce début novembre du maintien de la vente aux enchères avait en tout cas étonné. A l'époque, la plupart des évènements prévus étaient annulés et les rassemblements interdits. Alain Suguenot dément néanmoins tout entêtement de sa part pour maintenir la vente. « Non, parce que l’autorisation avait été donnée le 2 novembre. C’était déjà le confinement. Et ce n‘est pas le préfet qui a pris la décision seul. » En clair, quand la vente a été autorisée par la préfecture, les conditions sanitaires et les restrictions liées au confinement étaient déjà connues.

Le protocole sanitaire avait été validé par une mission ministérielle précise l'élu. « S’ils l’ont décidé, c’est qu’ils considéraient que les protocoles qui étaient proposés étaient exceptionnels, avec des tests à l’entrée, des prises de température, pas de public et uniquement des acheteurs professionnels. On était réduits à l’essentiel, sans les festivités, pour que l’hôpital puisse avoir les financements nécessaires pour ses investissements» ajoute Alain Suguenot.
 

Quelle date pour l'édition 2020 ? 

Le maire ne cache néanmoins pas son attachement à la vente des vins le 3e dimanche de novembre. « La vente, c’est toujours le 3e dimanche de novembre. C’est historique ! Même pendant la guerre on n’a pas repoussé. Ce n’est pas qu’une vente, c’est un monument. » Aujourd'hui, Alain Suguenot reconnait qu’il faut néanmoins attendre « des moments plus faciles ».

 

"C’est soit de l’amateurisme, soit un sentiment d’être au-dessus des lois. La raison a pris le dessus et c'est très bien !"

Eric Monnot, élu d'opposition


Dans l’opposition municipale, l’affaire fait grincer des dents. «Je ne comprends pas qu’on ait pu penser que c’était possible » tacle Eric Monnot, à la tête du groupe d’opposition LREM au conseil municipal. « C’est soit de l’amateurisme, soit un sentiment d’être au-dessus des lois. Mais à part une élite beaunoise, c’était de toute façon très impopulaire. Vous empêchez les gens de faire leurs courses, d’aller à la chasse. On se demande si on va faire Noël en famille. Et le vin avait les autorisations de se retrouver à 200 ou 300 personnes. C’était une très mauvaise idée de le faire dans le contexte actuel. La raison a pris le dessus et c’est très bien ! »  

Coté écologistes, Carole Bernhard était favorable à la vente mais s’étonne des rebondissements de dernière minute. « On n’avait pas de raison de s’y opposer. Mais on a été très surpris de voir que rien n’avait été véritablement fixé pour maintenir cette vente. »

Alors quand aura lieu la 160e vente des vins des Hospices de Beaune ? Peut-être juste avant les fêtes de fin d’année espèrent les plus optimistes. Au plus tard fin janvier. C’est à cette date que sont habituellement livrées les pièces adjugées durant la vente des vins. Au-delà, cela pourrait poser problème pour la qualité des vins.
 
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