Dijon : la pandémie achève la Chocolaterie de Bourgogne

En redressement judiciaire depuis le 3 février, la société n’a pas trouvé de repreneur pour succéder à son propriétaire espagnol, le groupe Lacasa. La chocolaterie dijonnaise cessera ses activités ce 19 mars.

La Chocolaterie de Bourgogne est un site industriel historique à Dijon.
La Chocolaterie de Bourgogne est un site industriel historique à Dijon. © FTV

Presque un siècle après sa création, la Chocolaterie de Bourgogne, basée rue de Cluj à Dijon, va arrêter sa production. Placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce au début du mois de février, la société n’a trouvé aucun repreneur. Ce 19 mars, l’usine fermera alors définitivement ses portes, après des années de lutte pour sa survie. La crise sanitaire aura assénée le dernier coup sur la tête de la structure.

Alors qu’elle espérait revenir à l’équilibre financier cette année, la chocolaterie a été rattrapée par ses problèmes de trésorerie, avec des millions d’euros de perte en 2020. Le 3 février dernier, le tribunal de commerce décidait de placer la société en redressement judiciaire. Son actionnaire, le groupe espagnol Lacasa avait demandé une protection d’un mois au tribunal de Dijon, le temps de retrouver un repreneur.

Mais personne ne s’est présenté pour racheter la chocolaterie. L’instance de Côte-d’Or a alors acté la liquidation judiciaire de l’entreprise, avec poursuite des activités jusqu’à ce vendredi 19 mars. Au total, 70 emplois seraient concernés.

Plusieurs placements en redressement judiciaire

La triste conclusion de nombreuses années de lutte pour la survie du fabricant de chocolats. En 2014, la société, alors propriété de Philippe de Jarcy et ses associés, est placée une première fois en redressement judiciaire. La déconfiture continue, avec un deuxième placement en redressement le 31 octobre 2017 malgré l’arrivée de nouveaux acquéreurs hollandais regroupés dans les fonds d’investissement Varova et Nimbus deux ans plus tôt.

La reprise par la société espagnole Lacasa en 2018 semble pourtant permettre à la Chocolaterie de Bourgogne de reprendre des couleurs. Un rachat qui s’accompagne d’un plan social important. Seuls 65 des 185 salariés de l’entreprise étaient conservés. Mais une clause de priorité d’embauche des anciens employés s’étale jusqu’en 2021.

L'espoir d'un renouveau en 2018

Lacasa injecte par ailleurs 8 millions d’euros dans l’entreprise. En 2019, la chocolaterie produit alors 8 000 tonnes de confiseries sucrées pour un total de 22 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une reprise progressive, confirmée en février 2020 à notre micro par René Loquet, directeur général de Cacao de Bourgogne, exploitant le site de la Chocolaterie : "On a une forte croissance d’un point de vue du carnet de commande, des ventes et du chiffre d’affaires. En revanche, l’enjeu est très centré sur la rentabilité".

L’entreprise espère alors revenir à l’équilibre financier pour 2021, et projette de développer des partenariats en Russie, en Israël, aux Etats-Unis, mais surtout en Indonésie où doivent être produit 50 millions de tablettes de chocolat sur un an, pendant cinq années.

Les escargots étaient la spécialité de la chocolaterie
Les escargots étaient la spécialité de la chocolaterie © France 3 Bourgogne

La crise sanitaire est venue stopper cette reprise. Lacasa sera donc le septième et dernier actionnaire de la Chocolaterie de Bourgogne. La fin d’une institution dijonnaise. Installé dans la ville aux 1000 clochers dès 1921, le fabricant mythique de chocolat alors dirigé par Auguste Lanvin passe du statut d’entreprise familiale à celui de véritable industrie dans l’entre-deux-guerres. En 1935, Lanvin lance les fameux escargots qui feront la renommée de la chocolaterie. Pendant les Trente Glorieux, la société dijonnaise représente alors 6 à 8% du marché français, et près de 20% lors des fêtes de fin d’année.

Un publicité mythique avec Salvador Dali

Dans un spot publicitaire, Salvador Dali, lui-même, affirme être "fou du chocolat Lanvin", ses moustaches frétillant après que le peintre a consommé une sucrerie de la marque. La société emploie alors 1 000 personnes dans les années 1970 et déménage à son siège actuel, rue de Cluj.

Mais c’est le début de l’instabilité avec de nombreux repreneurs qui se succèdent à la tête d’une entreprise confrontée à la mondialisation et à la concurrence d’acteurs internationaux. La famille Lanvin cède la chocolaterie au britannique Rowntree Mackintosh en 1977, qui sera lui-même racheté par Nestlé en 1988.

L’usine dijonnaise produit alors les barres chocolats Lion, jusqu’en juillet 2007 où elle est reprise par le groupe suisse Barry-Callebaut. Ce dernier se recentrant sur ses activités industrielles, il vend deux ans après ses parts à Philippe de Jarcy et ses associés qui donnent à la structure son nom actuel. La chocolaterie qui employait 1 000 personnes à la fin des années 2000 n’arrivera pas à retrouver sa renommée d’antan.

La Chocolaterie de Bourgogne devait fêter ses 100 ans d’existence en 2021.

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