FEUILLETON (4/4). De Dijon à la frontière ukrainienne : "pour nous c'est une victoire, mais ce n'est pas fini"

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Écrit par Auberi Verne d'après Valentin Chatelier et Guillaume Desmalles

Le périple de Genia et Alexandre touche à sa fin. Trois jours après leur départ de Dijon, ils ont récupéré la famille de la jeune femme. L'heure est venue de s'éloigner du conflit, avec un objectif en tête : reconstruire les vies brisées par la guerre en Ukraine.

Enfin. La famille est réunie. Dans la capitale polonaise qui se réveille, c'est un soulagement pour Genia, Alexandre et Gérard. Leur périple va bientôt toucher à sa fin.

Ils sont partis à trois, ils reviennent à douze. Avec des sourires, mais malgré tout, un goût amer. "Il en faudrait plus [de minibus]. Faudrait des trains, faudrait des avions... On a vu le nombre de personnes en détresse, dans ces gares, à la frontière. C'est... c'est clairement insuffisant." La voix d'Alexandre se charge d'émotion. 

Mais pourtant, il faut partir, quitter Varsovie. Laisser cette ville et les blessures de la guerre.

Mais sur le retour, les souvenirs ne sont jamais loin.  Derrière elle, Zulfia laisse sa patrie. Son frère resté au combat, tout comme son mari. Des larmes plein les yeux, elle fixe éperdument les photos des deux hommes sur son smartphone.

A l’arrière du minibus,  Oleksii, 17 ans.  Lui aussi, ses pensées sont dirigées vers ses proches. Vers ses amis, vers son chien. Et aussi sa ville et son pays, maintenant sous les décombres. 

"C'est le plus bel âge, 17-18 ans. Mais je ne quitte pas mes copains. Je les laisse pour le moment. Je peux pas me dire que je quitte tout, que je ne vais jamais revenir. Je me dis que c'est comme ça. J'essaie de positiver.

Depuis le début de la guerre, avec la mobilisation générale, les hommes ukrainiens entre 18 et 60 ans ne peuvent plus quitter le pays. À deux semaines près, Oleksii devait lui aussi rester.

"Dans la queue, deux personnes n'ont pas pu passer la frontière. Un homme et un garçon qui avait 18 ans et quelques jours", se souvient Iryna, la mère d'Oleksii. "Ils ont dit non, donc j'étais inquiète. Je me disais s'ils ont dit ça aux garçons devant, est-ce qu'ils vont nous dire ça à nous aussi ? Et finalement ils l'ont laissé passer."

Mes engagements vont être encore plus fort. Je suis parti, je ne lâche rien.

Gérard Zurita

Des histoires qui touchent particulièrement Gérard, au volant du minibus. Lui qui était parti sur un coup de tête, revient plus déterminé que jamais.

"Il y a encore tellement de travail, j'y retournerais presque. Ce qui m'a marqué, c'est les visages des enfants à la frontière. Ça prend aux tripes", frissonne-t-il. "Mes engagements vont être encore plus forts. Je suis parti, là je lâche rien."

Vendredi 18 mars. Voilà 3 jours que le convoi est parti. Après 20 heures de route, la Bourgogne se montre enfin. Un retour en plein milieu de la nuit, là où l'opération de sauvetage s'est préparée. 

En sortant des minibus, les réfugiés rencontrent les proches de la famille qui vont les accueillir. 

Les parents de Genia, sa cousine Alina et la petite Nikol, 2 ans, resteront quant à eux dans l'appartement du couple. Tout le monde est désormais à l’abri.

C'est le truc le plus ouf que j'ai jamais fait de ma vie.

Alexandre Bringia

"J'ai l'impression d'avoir fait Koh Lanta et Pékin Express en accéléré", plaisante Alexandre, qui profite de quelques instants de répit, sur son canapé. "Combien de kilomètres  ?", demande-t-il à Gérard, assis à ses côtés. "3 800." Éreintés, les deux compères lâchent un petit rire.

Mais pour Genia, même si elle a réussi à sauver sa famille, difficile de se réjouir. "C'est la fin d'une toute, toute petite goutte dans l'immense océan des douleurs des gens. Pour nous c'est une victoire, mais ça n'est pas fini pour autant."

Car c'est un nouveau périple qui débute. Un périple administratif. "Compte en banque, papiers, médecin...", liste la jeune femme. Le programme, en somme, de tout une vie à reconstruire.

Ukraine. À trois heures d'avion de Dijon. Dans un pays en guerre, les scènes de détresse se poursuivent. Avec des hommes arrachés à leur pays et des enfants qui ne retourneront peut-être jamais là où ils sont nés.

Depuis le début du conflit, 3,6 millions de personnes ont quitté l'Ukraine. C'est plus que toute la Bourgogne-Franche-Comté.

Retrouvez le premier épisode en cliquant sur ce lien, le deuxième ici, et le troisième là.