FEUILLETON (1/4) : de Dijon à la frontière ukrainienne, 2000 km pour sauver sa famille de la guerre

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Écrit par Benoît Jacobo avec Guillaume Desmalles

Une opération sauvetage. Un trajet entre la Bourgogne et la Pologne. Nous avons suivi pendant plusieurs jours l'Ukrainienne Genia Lychko et son compagnon Alexandre. Ils sont partis de Dijon en minibus. Objectif : ramener leur famille, bloquée en Ukraine.

Des semaines qu’elle attendait ça. Serrer sa mère dans ses bras, après de longs moments d’angoisse, de détresse. Dans cette gare de Varsovie, la capitale de Pologne, Genia Lychko peut savourer l'instant. "Ça faisait 3 ans que je ne l'avais pas vue", sourit l'Ukrainienne qui vit à Dijon, des trémolos dans la voix.


L’une a fui son pays en guerre. L’autre a traversé l’Europe pour la sauver.
C’est le récit d’un périple de 2000km. Un périple pour mettre sa famille à l'abri des bombes qui tombent sur l'Ukraine.


Lundi 14 mars, Dijon. J-1 avant le départ. Dans leur appartement, Genia et son compagnon, Alexandre Bringia, tracent et retracent l'itinéraire qu'ils vont suivre à travers l'Europe. Le couple n'en pouvait plus d'attendre. "Enfin, souffle Genia. C'est le seul mot qui tienne. Ça fait un moment qu'on est en contact au téléphone avec la famille. Là où vit ma mère, c'est encore plutôt calme. Mais la guerre approche".

On le fait parce qu'on est des êtres humains

Alexandre Bringia

Impossible pour Genia d'envisager que la famille reste en Ukraine, sous la menace des bombardements et de l'avancée de l'armée russe. "On le fait parce qu'on est des être humains, acquiesce Alexandre. Si on était dans cette situation, on voudrait qu'on le fasse pour nous aussi."

À leurs côtés, Gérard Zurita. Ce retraité est venu aider le couple dans son périple. "C'est un voyage qui va être plein d'émotions".

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Jour J. Le coffre du minibus est rempli. Le navigateur indique que Varsovie est à 1280 km de Dijon. Depuis la Bourgogne, ils traverseront l’Allemagne, puis la Pologne.
Premier arrêt, Varsovie. Il faudra récupérer les parents de Génia. Sa cousine et son enfant de 2 ans. Et Zulfia et son fils Domir, deux autres réfugiés.


Ensuite, direction la frontière avec l’Ukraine, à Hrebenne, près de Lviv. C'est là qu'Helena, la mère de sa collègue devrait les rejoindre, accompagnée d'Iryna et Oleksii, 17 ans.

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Durant le trajet, l'autoradio diffuse les dernières nouvelles en provenance d'Ukraine. Des frappes russes à l'est de Kiev, la capitale. Mais pour l'heure, dans le minibus, c'est plutôt un sentiment de soulagement qui domine. "Le soulagement d'être partis, explique Genia. On va arrêter d'attendre". "Quand tu es chez toi à la maison, devant les chaînes d'infos, c'est anxiogène, abonde Alexandre. Là, on sait qu'on agit pour le futur". 


Derrière eux, un autre minibus. C’est Gérard qui le conduit. Il y a 10 jours, il ne connaissait pas le couple. Mais aujourd’hui, il est avec eux sur les routes de l’Ukraine. "Je connais Alexandre depuis 10 jours. J'ai pris la décision de partir avec lui sans trop réfléchir, un coup de folie. Il a mis une demande sur Facebook, j'ai répondu et puis voilà... Je suis fier mais ce n'est pas du courage. C'est le fait de faire le bien autour de soi".

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Le paysage défile. Mais Genia, Alexandre et Gérard sont encore loin de la capitale polonaise, Varsovie. Et à des centaines de kilomètres d’ici, en Ukraine, la situation se complique. En ce mardi 15 mars, aucun de leurs proches n’a encore passé la frontière.

Retrouvez l'épisode 2 : "pourquoi quand on grandit on aime la guerre ?", ici. Et le 3e épisode : la famille enfin au complet, là.