Un “diagnostic climatique” pour les fermes ? "On sait déjà qu'on va devoir évoluer", répondent les agriculteurs

Ce mardi 14 mai, l’Assemblée nationale débat sur l'article 9 du projet de loi d'orientation agricole. Le “diagnostic climatique”, un dispositif qui prévoit d’accompagner les jeunes agriculteurs, fait partie des propositions. Mais dans le monde agricole, cette idée divise.

C’est un projet de loi très attendu. Scruté minutieusement même, car c’est la réponse du gouvernement au soulèvement du monde agricole de cet hiver. Le projet de loi d'orientation agricole entre à l’Assemblée nationale ce mardi 14 mai, après de longs débats et de nombreux amendements en commission des affaires économiques.

Un diagnostic climatique pour les nouveaux installés ?

Dans l'éventail des propositions, le "diagnostic climatique" est loué comme un nouvel outil pour permettre aux agriculteurs d'évaluer leur exploitation. Ce sont les Jeunes Agriculteurs (JA) qui ont initié ce dispositif. L'idée est de permettre à ceux qui se lancent ou qui reprennent une ferme d'anticiper les changements climatiques et d'envisager des évolutions dans les pratiques agricoles.

Ce diagnostic reposerait sur plusieurs paramètres comme la "santé et la qualité des sols", "l'hydrométrie", les "vents", ou encore "la saisonnalité". 

"On fait déjà évoluer beaucoup de choses"

Antoine Fouchet a repris la ferme de ses parents en janvier 2024. Ce jeune éleveur de 26 ans fait partie de la nouvelle génération d'exploitants visée par ce dispositif. Comme il n'est pas encore voté, le Côte-d'Orien a dû faire sans. "Je n'en avais pas entendu parler", admet-il. "Entre agriculteurs on discute beaucoup, c'est utile pour avoir des conseils et des retours d'expérience. Je peux aussi compter sur mes parents qui me cèdent la ferme et mon grand-père qui était agriculteur avant eux."

Pourtant, le jeune homme aurait fait partie du camp des intéressés par ce diagnostic. "Toute information est bonne à prendre", confirme-t-il. "On sait déjà qu'on va devoir évoluer, d'ailleurs on fait déjà évoluer beaucoup de choses. Donc avoir des données en plus pour faire les meilleurs choix ça me paraît très intéressant."

Dans sa ferme, située à Le Meix, dans le canton d'Is-sur-Tille, il a déjà changé des choses. Et ce même s'il ne s'inquiète pas pour le futur du monde agricole. "Je ne pense pas que l'avenir fasse peur, mais on voit bien que le climat change. Je connais certains qui sont passés des cultures de maïs à des cultures de sorgho (une céréale originaire d'Afrique). Nous, à la ferme, on sait qu'on va devoir changer de pratiques, comme semer plus tôt ou plus tard. On apprend tout le temps et on va tenter de faire au mieux."

"À la fin ce sont les agriculteurs qui payent"

Pourtant, au sein même de la communauté agricole, certains s’opposent fermement au dispositif. C’est le cas de la Coordination rurale (CR) qui appelle à la mobilisation contre plusieurs points de la loi d’orientation agricole et notamment le “diagnostic climatique”.

Cyril Hoffmann, président de la CR de Côte-d'Or, partage le point de vue national. "On nous demande de plus en plus de faire des diagnostics. Sauf qu'à la fin, ce sont toujours les agriculteurs qui payent ces études. On est obligés de payer des experts et à la fin on se retrouve avec des rapports qui traînent dans les tiroirs parce que ce n'est pas toujours utile."

"On sait ce qu'il se passe avec le climat. On n'a pas besoin d'experts dans des bureaux pour nous dire ce qu'on doit faire."

Cyril Hoffmann

président de la Coordination rurale de Côte-d'Or

Cet agriculteur installé à Échalot déplore le fait que "des décisions prises à Paris" viennent impacter le terrain. "On est tous les jours dans la nature, on s'adapte tous les jours", explique-t-il. "Et aujourd'hui on vient nous compliquer la vie. Pour tailler une haie on a un cahier des charges très complet qui nous dit qu'on doit éviter de couper quand il pleut, mais il pleut tous les jours depuis janvier."

Il préfère s'appuyer sur des outils lui-même comme "Terres Innovia" pour récolter des données et évoluer. "En France aujourd'hui, on a un cursus très complet pour apprendre ce que sont le monde agricole et ses enjeux", ajoute Cyril Hoffmann. "Les jeunes d'aujourd'hui ont appris tout ce qu'il leur fallait à l'école et le défi climatique en fait partie."

En revanche, il n'est pas du tout fermé à des mesures pour mieux s'adapter aux changements climatiques : "On a besoin d'aides concrètes qui nous permettent de faire évoluer nos pratiques, pas de nous dire de le faire."