"On est un produit extrêmement copié" : deux Vins de Bourgogne protégés en Chine après la visite de Xi Jinping

La visite en France du président chinois Xi Jinping, du 5 au 7 mai 2024, a donné lieu à des annonces importantes pour la filière viticole. En Chine, deux nouvelles appellations d'origine contrôlée seront désormais protégées sur le marché chinois. Une avancée attendue de longue date.

Bonne nouvelle pour la filière viticole bourguignonne. Deux appellations d'origine contrôlée, Mâcon et Gevrey-Chambertin, seront désormais protégées en Chine, à la suite de la visite du président chinois Xi Jinping en France du 5 au 7 mai 2024. Une reconnaissance effective immédiatement, dès ce mois de mai 2024.

Cette décision a été annoncée par l’administration chinoise en charge de la propriété intellectuelle, le CNIPA (China National Intellectual Property Administration). Cette avancée était très attendue par la filière vitivinicole bourguignonne. "On savait qu'il allait se passer quelque chose lors de la venue du président chinois, et c'est un dossier sur lequel on travaille depuis de nombreuses années, avec la CNIPA. Mais on ne savait pas si ça allait réellement sortir ou s'ils allaient juste mettre une feuille de route", retrace Thiébault Huber, président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB).

Lutter contre la contrefaçon

Pour le secteur viticole, les avantages de cette reconnaissance sont surtout à chercher dans le domaine juridique. Toute contrefaçon des deux appellations, Mâcon et Gevrey-Chambertin, sera interdite sur le marché chinois et les recours en justice seront eux aussi facilités.

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"Il y a énormément de contrefaçons, on devient un produit phare, donc on est extrêmement copié, et tant qu’on n‘est pas reconnu en Chine, on ne peut pas attaquer ceux qui sont à l'origine de ces contrefaçons", détaille Thiébault Huber. "Le fait d’être reconnu va nous armer juridiquement et aussi limiter la contrefaçon, donc on est très heureux."

Être reconnu va nous armer juridiquement.

Thiébault Huber

Président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB)

L'interprofession viticole pourra s'appuyer sur l'exemple de la Champagne, qui, selon le président du CAVB, "est reconnue depuis beaucoup plus longtemps que nous, et attaque systématiquement. Donc les gens y réfléchissent à deux fois avant de faire une contrefaçon."

Partir à la conquête du marché chinois

Mais la protection des appellations Mâcon et Gevrey-Chambertin n'est pas la seule annonce qui a découlé de la visite de Xi Jinping. D'ici la fin de l'année 2025, toutes les appellations bourguignonnes, 84 au total, seront protégées sur le marché chinois. Le calendrier s'accélère, alors que d'après Thiébault Huber, il aura fallu "six ou huit ans avant de pouvoir reconnaître les quatre premières appellations."

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"Les Chinois ont compris maintenant comment est construit un cahier des charges d’une appellation d’origine contrôlée bourguignonne. On va pouvoir avancer par wagons par niveaux d’appellations : régionales (qui contiennent le mot Bourgogne), les appellations village et ensuite les crus", rappelle Thiébault Huber. Mâcon et Gevrey-Chambertin sont respectivement des appellations régionale et village.

Il nous fallait des garanties juridiques avant de mettre en route une communication.

Thiébault Huber

Président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne

Ce travail de pédagogie pourra également porter le développement du marché chinois, pour le moment septième marché export en valeur et dixième en volume pour les vins de Bourgogne. "Il nous fallait des garanties juridiques pour protéger ces appellations, avant de mettre en route une communication et un développement commercial avec la Chine. On part de tellement bas qu’il va falloir quelques années pour construire le marché chinois et l'éduquer à nos appellations."