Apicultrice, éleveuse, maraîcher...loin des mesures de Gabriel Attal, au marché de Besançon, ces agriculteurs témoignent de leur passion et difficultés

Au lendemain des annonces faites sur l'agriculture, les préoccupations semblent ailleurs sur le marché de Besançon (Doubs). Pourtant, certains ont des revendications et craignent pour l'avenir de leur métier.

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Il semblerait que ce soit un jour comme un autre. Ce vendredi 2 février matin, sur le marché de Besançon (Doubs), place de la Révolution, personne ne parle des annonces du gouvernement faites la veille concernant l’agriculture. Les trois agriculteurs que nous avons rencontrés sur le marché ne sont pas au courant.

La crise agricole qui dure depuis le 18 janvier n’est pas au cœur des discussions entre eux et leurs clients. On prend des nouvelles des uns et des autres, on parle des produits. Mais pas de politique. Ou plutôt pas des dernières annonces.

Des annonces pour calmer la colère des agriculteurs

Parmi les mesures annoncées, on trouve le renforcement des contrôles sur la Loi Egalim, la création d’une clause de sauvegarde pour interdire l’importation de certains fruits et légumes produits avec des insecticides interdits en Europe. Le gouvernement propose aussi d’inscrire la souveraineté alimentaire dans la loi. Ces deux mesures visent à protéger les agriculteurs de la concurrence déloyale.

Le Premier ministre a annoncé en parallèle un soutien fiscal et social de l’élevage à hauteur de 150 millions d’euros. Suite à ses annonces, les syndicats majoritaires FNSEA et Jeunes Agriculteurs ont levé les barrages.

"La vente de miel est en crise"

“C’est dur l’apiculture en ce moment”, soupire Anastasia Fournelle, apicultrice au Deux-Fays (Jura). “On a du mal à vendre notre miel parce qu’il y a beaucoup de miels étrangers qui arrivent et cassent les prix du marché. La vente de miel est en crise”, explique-t-elle.

Cette Jurassienne s’estime encore chanceuse : “Je vends tout en pot et j’ai mes clients, donc je suis moins touchée. Mais j’ai beaucoup de collègues qui vendent en fut et c’est une catastrophe. Ils ont plein de miel et ils n’arrivent pas à en vendre alors qu’on manque de miel en France”

Anastasia ne vend pas en fut parce qu’elle souhaite garder un contact avec les consommateurs. “On a aussi un plaisir à vendre son produit et c’est rassurant pour les clients de parler avec nous”. Mais son amour pour les abeilles a un prix. La trentenaire, maman de deux enfants, travaille, nous dit-elle,70 heures par semaine et perçoit, certains mois, 800 euros de salaire.

Parfois, elle songe à arrêter. La charge de travail et les aléas de la météo en sont les principales raisons. “On verra cette année, si la météo est de notre côté, si on fait du miel”, avance-t-elle prudemment. 

De végétarienne à éleveuse de volaille bio 

“Tu vois ça, c'est la plus belle des récompenses. Lorsque les gens voient la différence de qualité entre une boucherie et ma production”, sourit Karen Marchal, éleveuse de volailles bio, suite à un échange chaleureux avec une cliente.

Pour elle, le problème de son secteur, c'est qu’un poulet sur deux en France est importé. “Nous, on a des normes plus plus plus par contre, à côté de ça, on importe du poulet brésilien qui n’a pas du tout les mêmes normes et qui est produit de façon déplorable”, regrette-t-elle. 

La quadragénaire a des convictions. Productrice bio, avant de se lancer dans l’élevage, elle a été végétarienne pendant 15 ans. Le respect de l’animal est au cœur de ses préoccupations. “Il n’y a pas de maltraitance, pas de transports, tout est fait sur la ferme, c'est très important”, souligne-t-elle.

Elle ne comprend pas pourquoi on transporte des bêtes et non pas des carcasses. Dans sa ferme, elle possède une tuerie, une pièce dédiée à l’abattage. “Une bête tuée dans son environnement ne s’en rend pas compte alors que le transport et l’attente sont quelque chose d’horrible”. 

Cette habitante de Gy, en Haute-Saône, élève 5.500 poulets à l’année et travaille 10 heures par jour, tous les jours. Installée depuis 12 ans, Karen vit du Smic. “Et encore, il y a des mois où je ne peux pas me permettre”, souffle-t-elle.

Elle a un salarié, mais considère que les charges patronales sont excessives et n’encouragent pas à embaucher. Tout arrêter ? Très peu pour elle. Les emprunts et tout ce qu’elle a construit ne lui permettent pas de l’envisager : “C’est un métier passion, je ne me verrai pas faire autre chose”. 

L’éleveuse souhaiterait pouvoir travailler avec les cantines des collèges ou des lycées. Pour elle, cela permettrait de soutenir l’agriculture locale et de permettre aux jeunes d’avoir une meilleure alimentation : “J’aimerais que la région nous donne les moyens de travailler avec la restauration collective, ça débloquerait un peu la situation”. 

“Je suis à la fois le plus jeune et le plus vieux sur le marché”

Maraîcher de père en fils, Joffrey Corneau a l’agriculture dans les gènes. Enfant, il accompagnait déjà ses grands-parents sur le marché de Besançon. “Je suis à la fois le plus jeune et le plus vieux sur le marché”, se plaît-il à dire en riant.

Le trentenaire voit bien la différence entre le niveau de vie de ses grands-parents, de ses parents et le sien : “Mes grands-parents gagnaient beaucoup plus leur vie. Mes parents gagnaient aussi bien leur vie”. 

Aujourd’hui, Joffrey vend des légumes achetés chez des collègues possédant une plus grosse exploitation que lui et quelques légumes à lui pendant l’été. “Je fais surtout des courgettes, des tomates, des groseilles, des cassis et des framboises”, énumère-t-il.

Lui aussi ne se fait pas d’illusion sur sa profession : “Je garde en tête que si un jour ça ne va pas, je devrais changer de boulot. Pour l’instant, j’y arrive, mais si demain quelqu’un me propose un poste intéressant avec un bon salaire, je saute dessus”. 

Joffrey n’arrive plus à se projeter : “Je ne sais pas si je finirai ma vie sur les marchés”. Il regrette le manque de jeunes producteurs et de jeunes clients. Selon lui, les jeunes ne commencent à venir au marché que lorsqu’ils ont des enfants. Et cela arrive de plus en plus tard. “J’aimerais que les jeunes aillent au marché et pas dans les grandes surfaces. Car il y a plein de petits gars comme moi qui sont voués à disparaître si les marchés se cassent la gueule”.