"Avec la panne d'ascenseur, je suis enfermée chez moi depuis décembre" : la détresse des habitants d'un immeuble de Besançon

Depuis le 11 décembre 2023, la centaine d'habitants du 1 rue de Languedoc, à Besançon (Doubs), ne peut plus utiliser son ascenseur. Une situation qui a de lourds impacts sur certaines personnes âgées ou handicapées habitant dans l'immeuble. Témoignages.

"Moins d'électricité, meilleur pour la santé, j'oublie l'ascenseur, je prends l'escalier". Au 1 rue du Languedoc, dans le quartier Planoise, à Besançon, ce "conseil énergétique" collé au mur du hall d'entrée par le bailleur Neolia a le don d'irriter. 

Et pour cause. Depuis le 12 décembre 2023, la centaine d'appartements de l'immeuble n'a plus accès à l'ascenseur. Celui-ci est en panne. Excepté en janvier, où, après réparation, l'ascenseur a fonctionné pendant une petite semaine, les occupants des lieux sont obligés de passer par les escaliers pour chaque montée et chaque descente.

Un aléa qui, s'il peut paraître anodin aux yeux des jeunes ou des personnes dans la fleur de l'âge, handicape réellement le quotidien de nombreux habitants vivants dans cette tour haute de huit étages.

Ici, on a des personnes âgées, des personnes en situation d'handicap, des familles nombreuses avec des poussettes. Cette panne dérange beaucoup et a des effets néfastes sur la vie de plusieurs d'entre nous.

Luc Rolland,

habitant au 1 rue du Languedoc

Luc Rolland sait de quoi il parle. Lui-même souffre de problèmes d'arthrose. "Mais je continue à descendre quatre ou cinq fois par jour pour promener le chien ou faire les courses" explique-t-il au micro de nos journalistes Thierry Chauffour et Klervi Gouiffes. "Je ne suis plus tout jeune. À la fin de la journée, je ressens les effets".

Plusieurs habitants sous antidépresseurs

La situation est pire encore pour sa compagne, handicapée depuis plusieurs années. "Je ne sors plus qu'une fois par semaine, voir moins, car ces escaliers me causent trop de souffrances" alerte-t-elle. "Mais je n'en peux plus d'être enfermée. Ça joue vraiment sur le moral. Tellement que je me suis mis à prendre des antidépresseurs".

On lui fait alors remarquer qu'un post-it rouge, collé sur la porte de l'ascenseur, indique que les réparations seront faites début avril. "On y croit plus" lâche la dame. "On nous a déjà tellement menés en bateau. On a l'impression qu'on se fiche de nous".

Cette détresse est partagée par Mireille Palut. La Bisontine s'était cassée la hanche courant 2023, et commençait tout juste à remarcher après plus de 22 séances de kiné. Mais cette panne a stoppé net tous ses efforts. Et pire encore. "Je ne suis plus sortie depuis le 12 décembre" lâche-t-elle. "Mon état physique ne me permet pas de prendre les escaliers. Et ça ne va pas du tout. Je suis moi aussi sous antidépresseur et j'ai demandé de l'aide à l'assistance sociale pour m'en sortir".

Vous ne savez pas combien c'est dur de voir l'extérieur et de se dire qu'on ne pourra pas sortir. Et quand il y a du soleil, c'est encore pire. Je tourne dans mon salon, et c'est tout.

Mireille Palut,

habitante au 1 rue du Languedoc

Que répond Neolia, le bailleur social en charge des lieux ? Interrogé, son directeur territorial Sud Franche-Comté, Hervé Constantin, jure avoir alerté très tôt Otis, l'entreprise qui s'occupe de l'entretien de l'ascenseur. "Il y a eu deux premières interventions, qui n'ont rien donné" souffle-t-il. "Puis Otis a commandé une pièce, mais ce n'était pas la bonne. Ils nous disent qu'ils sont en train de régler le problème. On est en contact avec eux tous les jours et on fait tout pour que problème soit réglé au plus vite".

"Un mépris total"

Pour tenter de pallier la situation, Neolia a mis en place un système de portage pour aider les gens à monter les courses et les poussettes, six jours sur sept, sur deux créneaux horaires précis (de 10h à 12h et de 15h30 à 17h30). "C'est un bon début, mais ça n'a aucun effet sur la plupart des habitants, car ceux qui font les courses en rentrant du travail ne peuvent pas en bénéficier" pointe Luc Rolland.

Ce dernier a essayé plusieurs fois de contacter Otis, sans succès. "C'est le pire dans l'histoire : ce mépris total vis-à-vis de nous autres, pauvres locataires" explique-t-il. "Ils sont incapables de répondre à nos questions et promettent de nous rappeler. Comment une entreprise pareille n'arrive pas, avec toutes ses agences à travers le monde, à trouver la pièce manquante ?".

La date du 2 avril, lui aussi ne s'y accroche plus. "On nous a déjà dit que ça remarcherait le 23 février et rien" conclut-il. Chez Neolia, "on ne peut pas s'aligner sur une date de remise en service, car nous n'avons pas assez d'informations" argue-t-on. L'ascenseur du 1 rue de Languedoc risque donc de rester immobile pendant encore un certain temps. Au grand dam des habitants.