MÉTÉO. "Cela va devenir la norme en Franche-Comté" : l'analyse de cet hiver historiquement doux par les météorologistes

Manque de neige, températures anormalement élevées, disparition des périodes de gelées. La Franche-Comté, comme la majorité de la France, a vécu un hiver 2023-2024 particulier. Sur notre territoire, c'est même le deuxième hiver le plus doux de l'Histoire. Explications et analyses avec deux météorologistes locaux.

Vous l'aurez remarqué : cet hiver en Franche-Comté, il a fait bon, voire très bon. Manque de neige, des températures qui ne sont descendues que très rarement en dessous de 0 degré, air doux... Les exemples ne manquent pas et les météorologues n'hésitent pas à déjà qualifier les mois de décembre 2023 et janvier-février 2024 comme "historiques". 

Un qualificatif adapté ? "Absolument" assure François Lequeu, météorologiste à Météo France, chargé du suivi de la Bourgogne-Franche-Comté. "On peut donner un exemple : la température moyenne. Sur les trois mois d'hiver, on a eu 4,8 degrés en moyenne. Ce qui représente un écart de 2,6 degrés avec les normales de saisons entre 1991 et 2020. C'est considérable". 

En 2023-2024, la Franche-Comté a connu le 2ᵉ hiver le plus doux de son histoire

La Franche-Comté partage ce constat avec son voisin suisse. Chez les Helvètes, MétéoSuisse a annoncé que l'hiver 2023-2024 avait été le plus chaud jamais connu par le pays depuis 1864, soit l'année du début des relevés météorologiques.

Selon Météo France, l'hiver 2024 en Franche-Comté est lui, le deuxième hiver le plus doux de l'histoire pour le territoire, derrière celui de l'année 2019-2020. "La seule période de froid qu'on a pu connaître était entre le 6 et le 18 janvier" reprend François Lequeu. "On atteignait alors les -18 degrés à Mouthe, ou -16 degrés à Maîche. Pour comparer, dix jours plus tard, le 28 janvier, on était déjà à 17,1 degrés à Maîche, et 12 degrés à Mouthe".

Des écarts considérables qui, si le réchauffement climatique n'est pas une nouveauté dans les analyses des professionnels, tranchent tout de même avec les années précédentes. "On a cet hiver des énormes variations" explique Ilyes Ghouil, fondateur du site Météo Franc-comtoise. "On oscille du négatif au positif très rapidement et les valeurs douces qu'on connaissait en plaine atteignent désormais les zones de reliefs".

Moins de 25 cm aux Rousses, contre plus d'un mètre en temps normal

Et le jeune météorologiste de citer comme exemple l'évolution de l'altitude atteinte par l'isotherme du 0 degré cet hiver (là où la température passe de 0,1 à -0,1). "Normalement, l'isotherme du 0 degré était atteint à 500, 1 000m d'altitude" constate-t-il. "Aujourd'hui, on est plus sur des 3 000 - 4 000 mètres".

Ce qui explique le manque criant de neige dans le massif jurassien, où de nombreuses stations du ski ont tourné au ralenti, voire à l'arrêt. "Depuis mi-décembre, on constate une absence de neige, en montagne comme en plaine" ajoute Ilyes Ghouil. "Par exemple, ça fait 80 jours qu'on n’a pas dépassé les 25 cm à la station météo de La Cure, au-dessus des Rousses, à 1 180m d'altitude. D'habitude, on a plus d'un mètre de neige en moyenne tout l'hiver. C'est exceptionnel".

En février, on a eu une absence déconcertante de gelée. À Besançon, nous n'en avons eu qu'une, le 29 février. On a presque eu un mois sans. C'est une première depuis le début des relevés, en 1885.

Ilyes Ghouil,

fondateur du site Météo franc-comtoise

Sur tout l'hiver 2024, 23 gelées ont été comptabilisées dans la capitale comtoise. "D'habitude, c'est le double" révèle François Lequeu. "Si l'on élargit, le manque de gelées a touché toute la Franche-Comté" complète Ilyes Ghouil. "Sur le secteur de Pontarlier-Mouthe, on en a eu entre 8 et 12 en février, ce qui est très peu".

Des anomalies climatiques dues, encore et toujours, à un réchauffement climatique qui s'accentue. "C'est logique, les océans se réchauffent et ça joue sur les courants atmosphériques" détaille François Lequeu. "Cela nous amène des courants d'air anormalement chauds, plus printaniers, qui remontent de plus en plus au nord, et de plus en plus fréquemment".

Les masses d'air chaud venues du Maghreb et de la péninsule ibérique sont maintenant plus nombreuses que celles venues du nord. Les vagues de froid sont de moins en moins fréquentes.

Ilyes Ghouil,

fondateur de Météo franc-comtoise

La question est : ces hivers de plus en plus froids vont-ils perdurer, voir s'installer en Franche-Comté ? "C'est presque une certitude" explique François Lequeu, de Météo France. "Le réchauffement s'accélère partout, à toutes les saisons. Cela va devenir une habitude dans la région et, après 2030, ce sera la norme".

"Et puis les gens commencent à s'y habituer" justifie Ilyes Ghouil. "Avant, les pics à 15 ou 18 degrés en hiver à Besançon, cela faisait la Une des médias. Maintenant, ça devient banal. Dans 10-15 ans, on peut penser qu'on aura des hivers à 15 degrés à Pontarlier".

Un écosystème franc-comtois bouleversé

Dans notre région, c'est ainsi tout un écosystème qui se verra bouleversé. "Ici, le secteur des activités d'hiver va être très impacté et devra se renouveler" continue François Lequeu. "Il faudra que les acteurs du territoire s'adaptent. C'est sûr."

Mais le scientifique tient aussi à mettre en lumière les conséquences de réchauffement sur "la végétation, l'agriculture, et même sur les populations". "La moyenne d'âge des Français va en vieillissant, donc il y aura de plus en plus de personnes sensibles à la chaleur, qui en souffriront" conclut le météorologiste. "Il faudra bien aménager l'espace, les territoires, et prendre des mesures pour continuer à vivre".

Le constat est mis sur la table. La vague d'air doux touchant notre Franche-Comté, et plus largement l'est de la France, n'est pas seulement épisodique et devrait se répéter d'années en années. Tout en se renforçant partout sur la planète.

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