Faciliter les tirs de loups, “c’est une remise en compte quelque part du statut de l’espèce” dénonce FERUS

Le gouvernement a annoncé mercredi 21 février avoir finalisé le nouveau plan loup 2024-2029 avec, comme le souhaitant  les éleveurs, des règles assouplies pour tirer sur les bêtes menaçant les troupeaux. L’association de défense des grands prédateurs Ferus par la voie de son vice-président, coordinateur loup, Denis Loublet se dit déçue et en colère. Interview.

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Faciliter les tirs des loups, comment accueillez-vous l’annonce du ministre ?


Denis Loublet : "On facilite les tirs pour augmenter le nombre de loups tués, ce n’est pas la solution. D’autant plus qu’on a fait aucune étude sur l’impact de ces tirs. Est-ce qu’ils ont utiles pour la protection des troupeaux ? Quels sont les impacts sur les meutes ? L’impact pour chaque individu ? Un loup mort n’apprend rien à une meute. Et si, à chaque fois, la réponse, quand les loups attaquent des troupeaux protégés, voire non protégés, on tire, c’est l’escalade."

On marche aujourd’hui sur la tête. Ce n’est plus un plan en faveur d’une espèce. C’est un plan en faveur du pastoralisme, il faut oser le dire.

Denis Loublet, vice président Ferus, coordinateur loup

Quelles solutions préconisez-vous ?


Denis Loublet  : "Il faut accompagner les éleveurs…. Les programmes de protection des troupeaux (Pastoraloup, ndlr), c’est une des solutions, mais si ce n’est pas du 100%. On le sait, on n’aura jamais du zéro attaque, du zéro dommage. Par contre, le loup est bien là. Il est revenu naturellement. Il faut faire avec et ne pas se contenter d’annonces à trois jours du Salon de l’agriculture, les agriculteurs ont d’autres mécontentements et j’espère qu’ils ont suffisamment d'intelligence pour voir que le loup, c’est le détonateur simplement pour l’élevage. Avant les années 90, l’élevage n’aillait déjà pas très bien et le loup n’était pas présent en France." 

Le loup oublié dans tout ça ?


Denis Loublet : "Cette espèce pose des problèmes, c’est vrai sur l’élevage, mais des problèmes qui ne sont pas insurmontables, si on se donne les moyens d’aider les éleveurs. Regardons aussi tous les bénéfices de la présence d’un grand prédateur. On entend dire que le loup détruit la biodiversité. C’est un non-sens, une ineptie. Un grand prédateur est une clé de voute des écosystèmes, de plusieurs écosystèmes. S’il est absente, c’est un déséquilibre. S’il est présent, c’est lui qui régule. Il ne va pas détruire sa propre source alimentaire. On apprend ça en primaire, mais il y a tellement de pression politique qu’on ne parle finalement que peu du loup." 

Que sait-on du futur plan loup ?


Selon le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, le plan loup 2024-2029 a été présenté mardi 21 février "dans sa version définitive". La préfecture d'Auvergne-Rhône-Alpes l'a décrit dans un communiqué comme un plan "soucieux de la préservation de l'élevage extensif et pastoral" grâce notamment à "un protocole de tirs révisé", une nouvelle "méthode d'estimation de la population lupine" ou encore "une revalorisation de 11 à 32/33% des barèmes d'indemnisation des pertes directes des éleveurs touchés".

Le nouvel arrêté de tir sera dévoilé d’ici à la fin de semaine, a précisé Marc Fesneau. Ferus qui avait quitté en septembre dernier avec d'autres associations le groupe national loup, redoute que ces tirs soient facilités par une augmentation du nombre de tireurs autorisés et des moyens qui leur seront alloués. L’association déplore le recours insuffisant, selon elle, des tirs d’effarouchement et des mesures des protections des troupeaux. 

Le nombre de loups en France est estimé début septembre à 1.104. Avec un quota de tirs de 19% de la population lupine par an, jusqu'à 209 loups peuvent actuellement être abattus en France. Les éleveurs ont déploré plus de 12.000 têtes de bétail attaquées en 2022.

Interview Stéphane Haumant