Témoignage. "Aujourd'hui, je suis enfin heureuse" : Ariana, jeune femme transgenre, raconte son parcours de transition, mais aussi le harcèlement

Publié le Écrit par Antoine Comte

Ariana, 18 ans, est née dans un corps d'homme. Il y a plus deux ans, elle commençait une transition hormonale pour devenir une femme. Harcèlement scolaire, regard de la société : cette jeune femme du Doubs revient sur son histoire difficile et sur sa volonté de partager son expérience via les réseaux sociaux.

"Aujourd'hui, je suis enfin heureuse". Quand elle nous parle de son histoire, Ariana a le verbe juste et assuré. Depuis mai 2021, la jeune femme, habitante de Mandeure (Doubs), a commencé sa transition de genre. "Je suis née garçon. Mais j'ai toujours eu en moi une grande part de féminité" explique-t-elle. "En mai 2021, j'ai enfin accepté qui j'étais. Une femme qui s'assume. Mais c'est un combat de tous les jours".

Derrière ce mot, "combat", se cache une réalité pourtant plus dure, celle du harcèlement. Des moqueries, des petites phrases, des remarques désobligeantes, qui accompagnent Ariana depuis l'enfance.

Un harcèlement scolaire constant

"Aussi loin que je puisse m'en souvenir, l'école n'a jamais été un moment de plaisir" confie-t-elle. "Dès la maternelle et la primaire, c'est vrai que je n'agissais pas vraiment comme les garçons de mon âge. Je jouais beaucoup avec les filles. D'où les premières violences verbales".

Les années passent. Avec toujours ces critiques de camarades "qui me faisaient comprendre que je n'étais pas normale". Ariana va jusqu'à changer de collège face à cette situation qui commence à peser sur ces résultats scolaires. "Je commençais à m'enfermer. Je ne disais rien à mes proches. J'ai alors décidé d'arrêter de renier ma personnalité pour plaire aux autres" évoque la jeune femme.

Petit à petit, Ariana se libère. Avec l'aide de quelques amies et d'une mère "qui m'a toujours accepté", elle apprend à "laisser glisser les commentaires et les remarques". "Malgré les critiques qui persistaient, je me sentais de plus en plus à l'aise" témoigne-t-elle.

Je commençais à me maquiller, j'osais porter des vêtements mixtes, une coupe au carré. Et sur Youtube, j'ai découvert des vidéos de personnes transgenres, ce qui m'a fait comprendre que je n'étais pas seule et qu'il était tout à fait possible de vivre sans se cacher

Ariana

Printemps 2020, la pandémie de Covid-19 arrive. Ariana voit de moins en moins sa classe, reste à la maison, et prend le temps de réfléchir. "Je ne m'étais jamais posée la question de mon genre. Pourtant, les gens m'y renvoyaient constamment" reprend-elle. "Pendant le 2e confinement, en mai 2021, je me suis rendue compte de qui j'étais vraiment. Je suis une femme, depuis toujours. J'ai donc commencé ma transition".

"Ma mère a tout de suite accepté mon choix" se souvient Ariana avec émotion. "Je pense qu'elle s'en doutait un peu. Cela m'a fait beaucoup de bien de ne pas être questionnée par ma famille". Ariana demande un changement officiel de prénom en juin 2021 et finit son année de seconde "maquillée, cheveux longs et avec des vêtements féminins. Les gens ne m'ont même pas reconnue" sourit-elle.

"Tu ne seras jamais une vraie femme, va crever"

La jeune femme commence à suivre un traitement hormonal pendant l'été. Et s'apprête à faire sa rentrée en première" avec un nouveau prénom, accepté par l'État". Avec un espoir : "se construire une nouvelle identité". Espoirs vite balayés. "Tout le monde a su que j'étais en transition" continue Ariana. "Ma dernière amie m'a tourné le dos. Le harcèlement s'est intensifié. J'étais complètement seule. À la cantine, dans les travaux de groupe, personne ne voulait être avec moi".

Aujourd'hui les menaces sont toujours gravées dans son esprit : "Va crever", "tu ne seras jamais une vraie femme", "sale travelo". Cela devenait de plus en plus violent. Je faisais des crises d'angoisses fréquentes. Je n'avais plus envie de manger, de me lever. J'étais tombée en dépression". En mars 2022, après s'être fait jeter du gel hydroalcoolique au visage, Ariana décide de quitter le système scolaire : "C'était la première agression physique. J'ai dit stop".

Depuis, "ça va beaucoup mieux" confie-t-elle. La jeune femme s'investit pleinement dans sa chaîne Youtube et ses réseaux sociaux. Sous le pseudonyme d' "Ariana la diosa", elle cumule plus de 3 000 followers. Une vraie communauté à laquelle la Doubienne se confie et apporte des conseils. 

"Je partage des bilans sur mon traitement hormonal, des conseils pour les personnes voulant entamer des transitions aussi bien sur le plan médical qu'administratif" énonce-t-elle. "Et puis, je crée des contenus plus légers. Cela m'aide, j'ai l'impression d'être utile. Je viens en aide aux personnes transgenres qui, comme moi, étaient malheureuses".

Une évolution nécessaire de la société

"Je pense aussi aux jeunes en pleine réflexion, qui réfléchissent à une transition future" reprend Ariana. "Je ne veux pas qu'ils vivent la même chose que moi". Car c'est là que le bât blesse selon la Youtubeuse. "Notre société a encore beaucoup de mal avec la notion de genre. Être obligée de se déscolariser pour être épanouie montre l'étendue du problème".

Pour preuve, une partie de la famille de la jeune femme reste opposée à sa transition. "Ils pensent que c'est un effet de mode. Peu importe, j'avance. Je veux me sentir bien et j'ai déjà prévu une opération d'implants mammaires dans quelques semaines" conclut Ariana. "Il faut rester forte, ne rien lâcher. Nous sommes des personnes comme les autres. Nous avons droit au bonheur et surtout, nous méritons le respect".

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