Dans la Nièvre, l'arrêté sur la chasse au blaireau a-t-il été rédigé par... un chasseur ?

La préfecture de la Nièvre a autorisé l'avancée de la chasse complémentaire du blaireau à partir du 15 mai. Pour AVES France, c'est un non-sens. D'autant que, selon l'association, l'arrêté préfectoral semble avoir été rédigé par le président de la fédération de la chasse de la Nièvre en personne.

La semaine dernière, nous avions publié un article traitant de l'autorisation de la chasse au blaireau par la préfecture de la Nièvre. Peu après, nous avions été interpellés sur X (anciennement Twitter) par le compte de l'association Agir pour le Vivant et les Espèces Sauvages (AVES).

AVES France assure que l'arrêté autorisant la vénerie sous terre a été rédigé par Florent Ortu, le président de la fédération de la chasse de la Nièvre. Après avoir vérifié les métadonnées du fichier disponible en accès libre sur le site de la préfecture de la Nièvre, nous pouvons confirmer que Florent Ortu apparaît bien comme en étant "l'auteur".

"Si c'est vrai, ça prouve qu'il y a des pressions"

Cette vérification des métadonnées, cela fait maintenant un an qu'AVES France l'effectue sur les documents qu'elle juge problématiques. "C'est l'un de nos membres qui a commencé à le faire l'année dernière", se rappelle Christophe Coret, président et fondateur d'AVES France. "C'était en Gironde pour un cas similaire. Depuis, il le fait pour tous les fichiers du genre. On a déjà vu des récurrences dans la Nièvre et en Haute-Marne par exemple."

Pour Christophe Coret, ces informations apparaissent comme des indices pour confirmer des soupçons qu'ils nourrissent déjà depuis un moment : "On sait qu'il y a des liens étroits entre les fédérations de chasse et les services préfectoraux dans plusieurs départements. Après, ça ne veut pas dire que parce que le président de la fédération de la chasse est l'auteur que c'est forcément lui qui prend les décisions. Ça peut être une erreur de manipulation qui le fait apparaître comme auteur. Mais en tout cas, si c'est vrai, ça prouve qu'il y a des pressions des chasseurs sur l'administration, mais ça on le sait déjà."

Quel recours ?

L'association a déposé un recours auprès du tribunal administratif de Dijon. Pour AVES France, il n'y a pas grand chose à faire de plus pour le moment. "On est un peu frustrés parce que même si le tribunal administratif nous donne raison, les préfectures peuvent juste refaire un arrêté du jour au lendemain pour autoriser la chasse", regrette le fondateur.

Pour rappel, selon l'organisme de protection de la nature, le problème, c'est la période : "À partir du 15 mai c'est beaucoup trop tôt. Les chiffres montrent que 45 % des individus tués sont des petits qui n'ont pas eu l'occasion de se reproduire."

La réponse de la préfecture

Contactés, les services de la préfecture de la Nièvre n'ont pas apporté une réponse à nos sollicitations avant la publication de cet article. Mais la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a également demandé pourquoi Florent Ortu était noté comme rédacteur. Après avoir pu consulter les échanges de mail, la réponse de la préfecture aux questions de la LPO sur l'arrêté préfectoral est la suivante :

"L’arrêté relatif à la chasse aux blaireaux a été rédigé et proposé au préfet de la Nièvre par le service environnement de la Direction départementale des territoires. Il avait préalablement été soumis, pour avis, aux membres de la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, avant d’être approuvé à l’unanimité moins une voix par ceux-ci. Au préalable, la Direction départementale des territoires de la Nièvre avait sollicité de la part de la Fédération de chasse départementale un argumentaire technique pour justifier de l’évolution des populations et des dégâts. Chacun a pu lire cet argumentaire, fourni par le directeur de la fédération des chasseurs de la Nièvre, que la direction départementale des territoires a publié lors de la consultation du public. Par ailleurs, il est habituel que les administrations de l’État travaillent sur différents sujets avec les associations concernées, d’autant plus lorsque celles-ci disposent d’une délégation de service public de la part de l’État."

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