Vaccination : Après la mort de l'un d'entre eux, les assistants familiaux de la Nièvre demandent à être prioritaires

Le 29 mars dernier, un assistant familial de la Nièvre est décédé du Covid-19. Le président du département a alors demandé que la profession soit vaccinée en priorité. Une requête rejetée par le préfet et l’ARS. Depuis, les visites aux familles d'accueil ont été suspendues dans le département.

Victor Gonçalves et les 3 enfants dont il a la charge
Victor Gonçalves et les 3 enfants dont il a la charge © Sophie Hemar / France Télévisions

On les connait plus souvent comme des "familles d'accueil". Les assistants familiaux sont près de 300 dans le département de la Nièvre. Et ils sont inquiets.  Le 29 mars dernier, un professionnel de l'aide sociale à l'enfance du département décédait des suites du Covid-19, après avoir probablement été contaminé par un mineur qu’il gardait. Agé d'une soixantaine d'années, lui et son épouse accueillaient chacun trois enfants dans leur maison de Nevers depuis plus de 20 ans. 

Les assistants familiaux sont pour la plupart salariés des conseil départementaux. Le président du département de la Nièvre, Alain Lassus (PS) a alors envoyé le 31 mars dernier un courrier à la préfecture et à l’Agence régionale de santé (ARS) plaidant pour le placement de la corporation sur la liste des métiers à vacciner en priorité. Une demande rejetée par les deux institutions.

"Je me suis dit qu’il fallait protéger de façon particulière les assistants familiaux et les gens qui travaillent à l’espace où on accueille les enfants qui nous sont confiés", explique l’élu qui a également adressé sa lettre au ministre de la Santé, Olivier Véran.

De nombreux vecteurs de transmission

La proposition d’Alain Lassus avait été saluée par la profession. Car entre l’école, les activités quotidiennes et surtout les visites aux familles où le respect des gestes barrières est très délicat, les facteurs de risque au contact des mineurs sont multiples. "On ne peut pas changer notre manière de travailler. On est dans un travail humain. On ne peut pas mettre de côté un enfant qui a des symptômes. C’est quand même une vie de famille", décrit Patricia Laurent, présidente de l'Association des assistants familiaux de la Nièvre.

La vie de tous les jours est compliquée à gérer. On risque beaucoup. On est épuisés physiquement et psychologiquement. On a une charge mentale élevée.

Patricia Laurent, présidente de l’Association des assistants familiaux de la Nièvre

Pour les 300 professionnels de la Nièvre, la difficulté réside notamment dans les droits de visite des familles des enfants dont ils ont la garde. Des moments où il est toujours difficile de vérifier que le protocole sanitaire est parfaitement respecté.

"Les parents ne vont pas forcément faire des gestes barrières. Les enfants voient leurs parents et veulent leur faire un câlin. Ça se comprend. Et pour nous derrière, c’est l’inquiétude", confie Victor Gonçalves qui accueille chez lui 3 enfants placés de 7 à 12 ans.

60 à 65% de la profession âgée de plus de 50 ans

Une inquiétude d'autant plus grande que les enfants gardés ne peuvent être testés qu’avec l’autorisation de leurs parents et qu’il est difficile de porter le masque 24h sur 24 au quotidien. La vaccination représenterait alors un soulagement pour une profession dont 60 à 65% des membres ont plus de 50 ans dans la département.

"C’était rassurant de pouvoir être prioritaire pour qu’on ait moins de risque. On a eu le cas malheureusement du décès d’un de nos collèges. Si on est plus là, on fait quoi des enfants ? Les structures sont saturées, on n’a plus de place", avance Victor Gonçalves.

On est un pilier important au niveau de la protection de l’enfance.

Victor Gonçalves, assistant familial

Refus de l'ARS

Mais la semaine dernière, les services de l'Etat ont refusé la demande du président du département. Une déception pour la profession. "Il y a une colère dans le sens où on aimerait être pris en compte au même titre que les personnels soignants. On est en contact direct avec du soin. On est au contact des familles. On aimerait être pris un peu plus au sérieux au niveau de l’ARS", ne cache pas Patricia Laurent.

Pour le président du département, Alain Lassus, l’État accuse un retard constant dans la gestion de la crise sanitaire. "Il y a trois semaines, tout le monde a compris qu’il se passait quelque-chose dans la Nièvre. C’est à ce moment-là qu’il fallait prendre une décision, sur les écoles, les personnes à protéger en priorité parce qu’elles permettaient la diffusion du virus. On ne l’a pas fait, on est resté dans une routine". L'élu, qui abandonnera son siège en juin prochain s'agace : "On en regarde pas ce qu'il se passe vraiment sur le terrain. Et on ne modifie pas les décisions en fonction de (...) cette situation de terrain." Alain Lassus demande à nouveau qu'une plus grande liberté soit laissée aux élus locaux dans la gestion de la crise sanitaire. 

Je ne veux pas aller contre les décisions de l’état, mais je n’en pense pas moins.

Alain Lassus, président du département de la Nièvre

Suspension des visites aux famille

Avant même la réponse de la préfecture, pour tenter de réduire les risque, le département a suspendu les retours des enfants placés dans leurs familles les week-end. "On a pris cette décision tout en maintenant la possibilité des enfants de voir leur famille dans des rendez-vous surveillés", précise Alain Lassus.

"Que le président s’engage à le faire, pour nous ça nous rassure et ça nous aide beaucoup. On n’a pas à gérer le stress de l’enfant et les gestes barrières. On se sent soutenu", salue Patricia Laurent.

Une petite compensation, avant que les assistants familiaux n’aient accès à la vaccination. Mais la mesure ne peut être que provisoire. La suspension des visites aux parents peut par exemple augmenter les tensions chez les mineurs de l'Aide sociale à l'enfance (ASE). 

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