DÉCOUVERTE. L'histoire fascinante des grottes d'Azé, repaires d'ours des cavernes il y a 400 000 ans et toujours explorées

À l'occasion de la journée internationale des grottes touristiques, plongez dans l'histoire étonnante des grottes d'Azé, près de Mâcon en Saône-et-Loire. Deux cavités qui sont encore loin d'avoir livré tous leurs secrets.

Elles sont un joyau du patrimoine naturel de Saône-et-Loire. Les grottes d'Azé, composées en fait d'une grotte préhistorique et d'une rivière souterraine, sont ouvertes au public depuis les années 60. À l'occasion de la journée internationale des grottes touristiques, France 3 vous propose de (re)découvrir l'histoire palpitante de ce site, connu depuis plus de 700 ans. 

Un site secret, en sommeil pendant plusieurs siècles

Au départ, seule la grotte préhistorique est connue, avec de premières évocations très loin dans les archives. "On trouve de premères mentions dès le XIVe siècle", note Sylvie Albessard, responsable du site des grottes d'Azé, jointe par France 3 Bourgogne. "Mais surtout, on en trouve la trace évidente dans le cadastre napoléonien. À l'époque, la grotte préhistorique est la seule des deux cavités dans laquelle on peut pénétrer, sur une dizaine de mètres." Elle est alors nommée la "balme de Rizerolles" ("balme" désignant un abri sous roche ou une petite grotte).

Dans les années 1860, le comte et la comtesse de Murat aménagent le site, bucolique, et y font planter des cèdres de l'Atlas. Il est alors noté la présence d'une résurgence, une petite source, non loin en contrebas de la grotte préhistorique. C'est là que, près d'un siècle plus tard, on découvrira la rivière souterraine.

"Les choses commencent véritablement dans les années 1950 avec de premiers sondages préalables aux fouilles", explique Sylvie Albessard. Des spécialistes, scientifiques et passionnés, commencent à s'intéresser aux secrets que renferme le site d'Azé.

Entre 1950 et 1962, l'entrée de la grotte préhistorique, la salle dite "de la Rotonde", est fouillée. Le sol est creusé, "décaissé", et on y fait de belles découvertes : des ossements d'animaux préhistoriques, des objets d'origine humaine de différentes époques...

1963 : l'ouverture au public et la découverte de la rivière souterraine

Dans les années 60, un passionné se lance dans le projet de sa vie : ouvrir la grotte préhistorique aux visiteurs. Cet homme, c'est Maurice Bonnefoy : pâtissier de formation, mais surtout fou de spéléologie, d'archéologie et de patrimoine. En 1963, les premières visites au public sont proposées. Maurice Bonnefoy a disposé plusieurs trouvailles dans un petit musée, à l'entrée de la cavité. La grotte préhistorique se développe alors sur 60 mètres de long. 

"Mais en parallèle, les spéléologues de l'époque et Maurice Bonnefoy sont curieux et se posent des questions : qu'y a-t-il au-delà de ces 60 mètres ? Et qu'en est-il de la source en contrebas de la grotte ?"

Sylvie Albessard

responsable des grottes d'Azé

Une première tentative de plongée dans la source est effectuée en 1962, mais les plongeurs échouent à passer le siphon avec leurs lourds scaphandres. "Alors, l'année suivante, ils décident de siphonner la source pour pouvoir pénétrer... Et c'est là qu'ils découvrent la rivière souterraine", raconte Sylvie Albessard. Une fois que le siphon d'entrée est passé, les plongeurs émergent dans une vaste galerie. La résonnance du bruit de l'eau évoque le passage des métros parisiens. Le nom est tout trouvé : ce sera la "galerie du Métro".

Plus de 60 ans de désobstruction, des centaines de mètres de galeries découvertes

À la suite de cette nouvelle découverte, on se demande comment faire découvrir aux visiteurs cette rivière souterraine. "On ne peut pas leur faire franchir le siphon d'entrée, alors on creuse deux accès : un qui permet de rejoindre la galerie basse, et surtout un accès par la galerie haute", explique Sylvie Albessard. "En 1965, on ouvre l'accès du haut."

Au fil des années, des équipes de spéléologues mènent de nombreuses campagnes de désobstruction : ils creusent les galeries, évacuent des mètres cubes de terre argileuse, agrandissent certains passages à l'explosif... pour en arriver aux grottes telles qu'on les connaît maintenant, en 2024. 

"Aujourd'hui, la grotte préhistorique se développe sur 360 mètres environ. Le parcours touristique s'arrête à 220 mètres. Au-delà de la "salle des Ours", les séances de désobstruction ont permis de découvrir la "galerie de Chauffailles", et le 2 février 2020, les spéléologues ont découvert la "salle du Palindrome", explique Sylvie Albessard. France 3 avait documenté cette découverte dans ce reportage, avec Lionel Barriquand, qui porte aujourd'hui l'association de recherche et de valorisation des grottes d'Azé, de Blanot et du Mâconnais-Clunisois.

► À LIRE AUSSI : "On découvre ce que la Terre a encore à nous offrir" : à la grotte d'Azé, c'est la reprise des recherches spéléologiques

Quant à la rivière souterraine, la visite publique s'étire sur 420 mètres, mais les explorateurs ont réussi à remonter sur 1250 mètres. "Cela va jusqu'au "siphon des Beaunois", qui reste infranchi depuis la dernière tentative en 2001. C'est un siphon dangereux, étroit et instable", précise Sylvie Albessard.

En plus de 60 ans, ce sont plusieurs centaines de bénévoles, spéléologues et autres passionnés, qui se sont relayés pour fouiller les grottes d'Azé. "Avec des aménagements conséquents, notamment quand il a fallu amener l'électricité dans les galeries", souligne Sylvie Albessard. 

On appelle ça l'aventure humaine. C'est comme ça que Maurice Bonnefoy l'a qualifié. C'est l'abnégation.

Sylvie Albessard

responsable des grottes d'Azé

Aujourd'hui encore, la désobstruction continue, dans l'espoir de trouver d'autres développements, d'autres galeries, d'autres salles et d'autres vestiges du passé. 

Découvertes exceptionnelles

Car ce qui fait le caractère exceptionnel des grottes, c'est aussi les trouvailles archéologiques qui y ont été faites. Une cinquantaine de squelettes d'ours des cavernes, découverts dans la bien-nommée "salle des Ours" : "On pense que ces ossements ont été déposés ici pendant les périodes de crues", analyse Sylvie Albessard. Des ossements dans la "galerie des Aiglons", avec notamment une découverte exceptionnelle :

Dans les années 90, un groupe d'enfants fouille la zone et découvre un squelette d'ours des cavernes complet. 

Sylvie Albessard

responsable des grottes d'Azé

Auparavant, dans les années 80, le couple de paléontologues Jacqueline et Alain Argant réalise une autre découverte : un crâne... de lion des cavernes. Une espèce qui, contrairement aux ours, ne vivait pas à l'intérieur des grottes. "On a trouvé des traces de dents sur les ossements. On suppose qu'un lion avait faim et, attiré peut-être par l'odeur d'oursons, il s'est aventuré dans la grotte. Il y a eu bagarre, on pense que le lion et l'ours se sont battus et sont morts tous les deux."

Le plus vieux crâne d'ours des cavernes retrouvé dans la grotte préhistorique est daté... de 400 000 ans. Les traces de présence humaine, elles, remontent au Paléolithique (première et plus longue période de la Préhistoire, qui s'est achevée 10 000 ans avant notre ère). 

Aujourd'hui, une partie de ces vestiges sont exposés sur le parcours de la visite touristique. On découvre aussi les concrétions qui ornent les parois des grottes, notamment des "draperies", des formations calcaires originales.

► Pour visiter les grottes d'Azé ce dimanche 11 juin, lors de la journée internationale des grottes touristiques : des visites gratuites ont lieu de 10 à 17 heures, dans la partie habituellement non accessible de la rivière souterraine, encadrées par le spéléo club des Argilons. Infos et réservations ici.

L'actualité "Culture" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
L'actualité "Culture" vous intéresse ? Continuez votre exploration et découvrez d'autres thématiques dans notre newsletter quotidienne.
choisir une région
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité