Les cigales chantent en Saône-Loire : faut-il s'en réjouir ou s'en inquiéter ?

Les chants des cigales peuvent désormais accompagner les repas familiaux ou siestes dominicales à Mâcon (Saône-et-Loire). Si les habitants sont surpris, l’insecte est présent depuis plusieurs années dans le département. Et ce n'est pas forcément lié au réchauffement climatique.

La cigale a été entendue ce dimanche à Mâcon.
La cigale a été entendue ce dimanche à Mâcon. © François Graf

La fameuse fable de La Fontaine ne dit pas si la cigale a "chanté tout l’été" en Provence. Mais dans sa version contemporaine, les mésaventures de l’insecte pourraient avoir lieu… en Saône-et-Loire. Les températures devenant estivales, les habitants de Mâcon peuvent en effet entendre les stridulations de l’animal en plein après-midi.

De quoi surprendre Jacques qui a profité du chant de l’insecte durant un repas de famille dominical ce 13 juin. "Quand il a commencé à faire chaud, en fin de repas, on a entendu un bruit de cymbale, comme quand la cigale chante. Je ne pensais pas qu’il y en avait en Saône-et-Loire", confie le Mâconnais.  

Un air de Méditerranée à Mâcon

Peu habitué aux performances sonores de l’animal, Jacques a apprécié ce concert singulier et inattendu. "C’est mélodieux. Ce n’est pas désagréable du tout ! On se croyait dans le Midi, ça a donné un petit côté méditerranéen", rit-il.

Ce dimanche 13 juin, les températures ont atteint les 26 degrés à Mâcon sous les coups de 13h00 avant de monter jusqu’à 27,6 degrés aux alentours de 17h00. De fortes chaleurs qui peuvent expliquer le chant de l’animal à ce moment de la journée. Il faut en effet dépasser les 25 degrés pour que la cigale mâle cymbalise, c’est-à-dire chante en faisant claquer le bout de ses ailes sur son abdomen, afin de séduire les femelles.

"C'est une espèce qui aime la chaleur. On va les trouver sur des côteaux secs où il y a du soleil. Elles chantent quand il fait chaud, mais quand les températures sont trop importantes elles sont impactées et s'arrêtent", décrit Mathurin Carnet, chargé de mission faune sauvage et entomologiste à la Société d’histoire naturelle d’Autun-Observatoire de la faune de Bourgogne (SHNA-OFAB).

La période est également propice. Les mois de mai à août représentent leur pic d'activité, là où il est le plus facile de les entendre, avec une présence accrue en juin et juillet. "Les larves sortent de terre et changent de peau. C'est la période où la cigale passe du stade de terre au stade aérien. Elle monte dans les arbres et plus elle est en hauteur, plus on va l'entendre chanter", explique le spécialiste.

Un lien avec le réchauffement climatique ?

Si les habitants de Saône-et-Loire sont encore peu habitués, la présence de l’insecte est avérée depuis plusieurs années dans le département et même en Bourgogne. "Il y en a toujours eu. On compte plusieurs espèces de cigales en Bourgogne. Les gens ne sont pas forcément au courant, mais ce n'est pas quelque chose de nouveau", assure Mathurin Carnet.

Selon le spécialiste, il ne faut donc pas s'inquiéter de cette présence en Saône-et-Loire. L'activité humaine et ses conséquences sur l'écosystème n'entraîneraient pas la migration de l'insecte vers le nord. "Instinctivement, la cigale évoque le sud, donc on se dit qu'elle remonte vers le nord à cause des hausses des températures. Mais en fait non, cela n'a pas de lien", confie l'entomologiste.

Il y a une progression du nombre de cigales en Saône-et-Loire mais sans lien avec le réchauffement climatique

Quentin Barbotte, entomologiste au SHNA-OFAB

La présence de cigales pourrait surtout être liée à une réduction de l'utilisation d'insecticides dans les pratiques agricoles. Les larves abritées dans les sols sont mieux préservées et les insectes sont plus nombreux à naître au printemps. Par ailleurs, l'insecte est une espèce cyclique avec des années où le nombre de naissances bondit.

15 espèces sur le sol français

La cigale n’est donc pas une exclusivité provençale. Au total, plus de 15 espèces de l'insecte sont présentes en France métropolitaine. On peut notamment les retrouver en Lorraine et dans le nord de la Bourgogne, plus précisément dans l'Yonne. "Celle que l'on retrouve le plus en Bourgogne, c’est la cigale rouge qui est plus brillante avec un chant plus métallique que l’on entend de loin. Mais il y a aussi d’autres espèces plus discrètes", précise Quentin Barbotte, entomologiste au SHNA-OFAB. 

Les cigales des montagnes sont également avérées en Bourgogne ainsi que des espèces en nombre plus modeste dont on doit parfois la présence à des migrations artificielles. Un touriste peut en effet ramener dans ses bagages une cigale qui se retrouve alors dans un autre secteur qu'à l'origine.

Si le réchauffement climatique n'a pas de conséquence sur la répartition des cigales sur le territoire français, il pourrait néanmoins modifier à terme les périodes où son activité est à son maximum. "La cigale ayant chanté tout l'été" pourrait ne plus représenter la réalité.

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