TÉMOIGNAGES. “Ça commence à faire long...” : pendant le confinement, le manque des grands-parents et des petits-enfants

ILLUSTRATION. Le 11 mai... La date est noircie dans tous les calendriers. Surtout ceux des grands-parents. L'absence de leur famille commence à peser. Et les vidéos, ça ne fait pas tout... / © ILLUSTRATION / PIXABAY
ILLUSTRATION. Le 11 mai... La date est noircie dans tous les calendriers. Surtout ceux des grands-parents. L'absence de leur famille commence à peser. Et les vidéos, ça ne fait pas tout... / © ILLUSTRATION / PIXABAY

A quelques semaines du déconfinement progressif annoncé par le gouvernement, grands-parents et petits-enfants ont hâte de se retrouver. Au total, ils auront passé 8 semaines sans pouvoir se serrer dans les bras. Tous espèrent ne pas attendre davantage.

Par Antoine Marquet

« Je voudrais bien les voir mais c’est impossible » confie Jacqueline. Elle vit seule dans son appartement, à Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire. Les seules visites qu’elle reçoit sont celles de l’infirmière qui vient lui refaire son pansement. Parfois son fils aussi toque à la porte, avec quelques sacs de courses. Il en profite pour lui donner des nouvelles de ses petits-enfants. Deux exactement, et cinq arrière petits-enfants. Le dernier vient de naître d’ailleurs. Un petit Lucas. « Il est né il y a une semaine. On s’en rappellera de sa naissance en plein confinement ! » Jacqueline n’a vu que des photos pour l’instant mais comprend que la santé passe avant tout le reste. 

« Et puis ce n’est pas tant pour moi que je suis inquiète ». A 90 ans, elle nous surprend par sa lucidité et son humour qui lui, n’a pas pris une ride : « A 90 ans, n’importe comment il va falloir que j’y aille ! » Mais c’est bien pour toute sa petite famille que Jacqueline se fait du souci. « J’ai peur qu’ils soient malades et qu’il leur arrive de sales pépins. » Suspendue à son téléphone, elle espère du fond du coeur que tout le monde respecte bien les consignes. « Qu’ils ne sortent pas sans protection ! » Nul ne doute qu’elle saurait leur rappeler les bons gestes à adopter en cas de sortie.  

A quelques kilomètres de chez Jacqueline, Lucie et Bernard se réjouissent de pouvoir profiter de leur maison. « On peut encore sortir dans le jardin. » Parfois même, ils font leur petite marche journalière. Eux trouvent encore de quoi s’occuper mais ils l’avouent, leurs petits-enfants leur manquent. « Ça commence à faire long »

350 km, ce n'est plus si loin que ça

Leurs quatre petits-enfants se trouvent entre Givry et l’Essonne. La dernière fois que Lucie et Bernard ont pu voir leurs deux petites-filles, c’était aux vacances de février. « Elles habitent en région parisienne alors forcément on ne les voit pas systématiquement. Mais elles nous manquent quand même. Mais on ne se plaint pas, c’est pire pour d’autres… » Lucie nous parle d’une amie dont la fille est expatriée au Japon. Elle, est strictement confinée. « Mon amie pleure beaucoup. Mais nous on se dit que 350 km, c’est pas si loin que ça. » Confinement ou pas confinement, se savoir près les uns des autres les rassure quand même.

Sur leur smartphone, Lucie et Bernard utilisent les applications d’appel vidéo pour continuer à prendre des nouvelles de leurs petits-enfants. « On s’appelle plus qu’avant, forcément. Ça nous permet de les voir et ça nous fait du bien. » De l’autre côté de l’écran, la plus ainée des petites-filles dans l’Essonne raconte l’école à la maison avec sa maman. « Elle nous récite l’alphabet, les chiffres. Elle nous montre qu’elle décrypte des mots sur les livres. » Bernard ne perd pas non plus ses bonnes habitudes. « Et puis Papi continue de jouer avec ses petites-filles. Il se cache, revient, et ça les fait rire comme si elles étaient là. »
A Givry, on montre ses derniers progrès en gymnastique à papi et mamie et on fait ses devoirs. Noa a 10 ans et lui s’agace de ne pas pouvoir sortir comme avant. L'école lui manque. Mais il comprend. « C’est pour pas qu’on attrape le virus ! » Un peu inquiet, ses grands-parents lui manquent aussi. « J’ai hâte de les revoir pour jouer chez eux. »

Des bisous sur le téléphone

Lucie et Bernard ont l’habitude d’avoir leurs petits-enfants aux vacances scolaires. « Actuellement on devrait les avoir avec nous. C’est frustrant. On savait qu’on devait les avoir au moins 10 jours. C’est difficile. » Alors en attendant les retrouvailles, on se contente des vidéos, des photos, et des bisous envoyés à travers le téléphone. « On a forcément hâte que tout ça s’arrête mais on espère surtout qu’on sera plus en sécurité. » 

A tous les âges on s’impatiente. Même à 23 ans, Sophie s’inquiète pour sa grand-mère. Elle va bien, si ce n’est qu’elle « passe trop de temps devant les informations... et j'ai peur que ça l'angoisse encore plus. »
Heureusement, elles continuent de se téléphoner au moins une fois par semaine. Sophie a l’impression de rater des moments de vie. « Là c’était Pâques et on devait tous se retrouver. On rattrapera ça forcément, mais je me demande seulement quand est-ce qu’on va pouvoir tous se réunir. » Professeure des écoles, elle reprendra bientôt le chemin de la classe. Elle ne sait pas encore si elle ou ses élèves porteront des masques alors elle s’interroge : « est-ce que je vais pouvoir retourner voir ma mamie tout de suite ou attendre encore un peu ? » 

Et si le confinement se prolonge ?

Alors que le président de la République évoquait lundi dernier la possibilité pour les personnes âgées d'être confinées plus longtemps que les autres, il a finalement précisé qu'il ne souhaitait pas de "discrimination". La responsabilité individuelle de chacun sera engagée pour limiter ses propres déplacements. Mais du côté de Lucie, Bernard ou encore Jacqueline, on ne compte pas rester enfermé à la maison.
Et si le confinement doit malheureusement se prolonger ? "On fera avec... On n'a pas le choix. Mais ce sera franchement difficile." A quelques semaines de l'été, les grands-parents n'imaginent pas passer les vacances sans leurs petits-enfants. "Si ça continue, je vais vraiment rater beaucoup de choses" confie Jacqueline, inquiète. L'horizon du 11 mai est dans toutes les têtes. "On croise les doigts !" concluent Lucie et Bernard.

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