Des pompiers de l'Yonne écrivent au Père Noël pour alerter sur "la baisse des effectifs professionnels"

Les sapeurs-pompiers professionnels de l'Yonne ont décidé de faire appel au Père Noël pour se faire entendre. L'un des quatre syndicats représentant les pompiers dénonce une baisse des effectifs dans les centres de Joigny et de Sens, et un président "méprisant" avec les représentants du personnel.

Pour Noël, les sapeurs-pompiers de l'Yonne ne demandent pas des cadeaux ordinaires. Jeudi 14 décembre, ils ont décidé de faire appel au Père Noël dans une lettre ouverte. Ils dénoncent la baisse des effectifs professionnels dans les centres de Joigny et Sens et un climat social avec le président du conseil d'administration, Christophe Bonnefond, considéré comme "très compliqué."

Tout part de la construction d'un nouveau règlement opérationnel. Ce document définit les effectifs dans les centres et la manière dont ils s'organisent pour répondre aux besoins. "La baisse des sapeurs-pompiers professionnels ne nous paraît pas cohérente. À Sens, on perd trois agents qui étaient disponibles 24 heures sur 24 toute l'année, sur la vingtaine présents dans la ville. Et à Joigny, nous en perdons deux," explique John Lesidaner, président du syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs techniques et spécialisés des SDIS (SNSPP-PATS) de l'Yonne, un des quatre syndicats représentant les pompiers.

Des chiffres nuancés par le président du SDIS 89, Christophe Bonnefond. "Même s'il y a une baisse théorique des effectifs, nous avons lancé dix inscriptions au concours de pompiers 2024. Nous voulons toujours anticiper les déplacements internes."

Moins d'interventions mais...

Christophe Bonnefond explique que c'est une question de coût : "entre 2017 et 2022, notre masse salariale a augmenté de trois millions. Dans le même temps, le nombre d'interventions des pompiers du département ont baissé de 25%. Le SDIS propose donc une réorganisation des effectifs qui sera soumise au Préfet."

"Tout cela est mis en opposition avec le concret, rétorque John Lesidaner. La journée, on doit constamment aller dans des secteurs de sapeurs-pompiers volontaires (SPV) car ils sont en grande difficulté pour intervenir". En moyenne, environ 1 500 personnes sont SPV dans le département. Pour autant, en journée, "aucun n'est présent, déjà, car c'est interdit dans notre règlement opérationnel, mais aussi car ils sont au travail, ils étudient à Paris..."

Les pompiers professionnels mettent donc plus de temps pour intervenir. "C'est vrai que l'on intervient moins. Mais, quand on va sur un secteur voisin, on peut arriver 30 à 45 minutes plus tard. Une douleur dans le bras, trois quarts d'heure plus tard, c'est une crise cardiaque et une personne qui n'arrive pas à s'en sortir," explique le SNSPP-PATS 89.

Le syndicat met en avant une autre raison pour s'opposer à la baisse des effectifs à Sens et Joigny : "le nord du département a, sur son territoire, 80% des sites SEVESO classés 1 ou 2 du département." Ce sont des lieux considérés comme dangereux pour les êtres humains et/ou l'environnement car ils stockent des substances chimiques.

Cinq des six sites Seveso haut de l'Yonne sont situés autour de Joigny et de Sens.

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Une relation président-personnel qui ne s'arrange pas

Tous ces points ont été remontés au conseil d'administration, et notamment à son président, Christophe Bonnefond. Mais le climat avec l'élu est compliqué, dixit John Lesidaner : "il est méprisant avec les représentants du personnel". Dernier incident en date : la fête des pompiers, appelée la Sainte-Barbe, qui s'est déroulée à Sens.

De son côté, Christophe Bonnefond estime que le dialogue avec ce syndicat est difficile : "On a organisé deux réunions. Ils n'ont pas voulu discuter. En comité social territorial, ils ne sont pas venus. J'ai un peu de mal avec la politique de la chaise vide," estime-t-il.

Suite à la contestation des membres du SNSPP-PATS 89, qui ont quitté l'assemblée, Christophe Bonnefond aurait déclaré, devant les familles des pompiers présentes sur place, que "les sapeurs-pompiers volontaires ont des valeurs, les grincheux ont un salaire."

Le président du Sdis 89 ne confirme pas cette phrase. "Je savais que ce petit groupe, à Sens, allait causer des ennuis. J'ai donc fait le même discours lors des 5 fêtes des pompiers organisées dans le département. Et comme prévu, ils n'ont pas su se tenir. De mon point de vue, ce n'est pas l'endroit pour faire cela."

De leur côté, le SNSPP-PATS 89 demande donc "un président, qui, même lorsque nous ne sommes pas d'accord avec lui, nous respecte un minimum." Ce qui est sûr, c'est qu'ils ne passeront pas Noël ensemble.