Quand Rothschild rachète un grand nom à Chablis : "ça risque de faire exploser les prix"

Le domaine de Chablis William Fèvre, grand nom des vignobles de l'Yonne, a été racheté au début du mois de janvier 2024 par les Domaines Barons de Rothschild Lafite. Des opérations de moins en moins rares en Bourgogne, qui partagent la profession.

L'annonce en a été faite le 10 janvier dernier. Le domaine William Fèvre, l'un des plus importants du Chablisien (Yonne), a été cédé au début de l'année par Artémis Domaines, société viticole de la famille Pinault, aux Domaines Barons de Rothschild Lafite. Ces derniers acquièrent près de 90 parcelles en Grands crus, Premiers crus et Chablis Village réparties sur 70 hectares. La transaction fait l'effet d'un petit bouleversement dans le paysage viticole local... et n'est pas sans diviser la profession.

"C'est un groupe réputé et français"

Les Domaines Barons de Rothschild Lafite, principalement connus pour leurs appellations dans le Bordelais, possèdent de nombreux domaines prestigieux : les Château Duhart-Milon, Château L'Évangile, Château Paradis Casseuil ou encore Château Rieusseuc. "C'est assurément un groupe qui a quand même plusieurs fleurons nationaux en termes de viticulture", confirme Thiébault Huber, président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB). "L'image du vignoble ne sera pas détériorée par cette transaction."

Un avis que partagent certains vignerons du secteur, contactés par France 3 Bourgogne. "Tant qu'il y a une politique de qualité et une communication avec la profession, ce n'est pas une mauvaise chose", résume Samuel Billaud, producteur de Chablis. "C'est un groupe réputé et français", abonde un autre professionnel, Dylan Camu. "Le domaine comme le groupe ont une bonne réputation : ça va permettre à Chablis de rayonner encore plus."

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"On constate de plus en plus un engouement pour les vins de Bourgogne", note de son côté Olivier Poels, rédacteur en chef adjoint de la Revue du vin de France. "Ce rachat va certainement permettre de maintenir un niveau d'exigence et de qualité, voire le faire augmenter. Mais en parallèle, c'est aussi certainement le prix qui va exploser."

Vers une hausse des prix ?

C'est cette question du coût du vin qui inquiète particulièrement une partie des viticulteurs. Lui-même producteur à Meursault (Côte-d'Or), Thiébault Huber craint que "tous les joyaux et plus beaux terroirs de la Bourgogne soient concentrés par quelques groupes de luxe et que derrière, on en oublie la base", c'est-à-dire l'appellation Bourgogne "simple".

Cette dernière, sous ses différentes formes, est en effet produite par 98% des exploitations de la région - et la moitié des quelque 4 000 producteurs bourguignons vit uniquement de cette appellation. "Derrière, la spéculation sur le vignoble est complètement folle", ajoute le président de la CAVB. "La vente d'un domaine comme William Fèvre entraîne la mise en place de références de prix par les services fiscaux, ce qui pose problème lors des transmissions familiales."

Il y a un très gros fossé entre les châteaux très prestigieux qui sont dans l’ultra-luxe et la base qui crève.

Thiébault Huber,

président de la CAVB

"Il se pose également le problème du foncier", juge Olivier Poels. "D'un côté, un rachat comme celui-ci va permettre à ceux qui veulent vendre d'en tirer plus d'argent, mais de l'autre, pour les nouveaux arrivants ou ceux qui veulent s'étendre, ça risque de faire exploser les prix." Pour rappel, le vignoble chablisien s'étend sur près de 6 000 hectares et représente en moyenne 19% du volume de vins produit en Bourgogne.

Contacté, le groupe Rothschild n'a pas répondu à nos questions.

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