Football. Nancy reléguée en National : pourquoi l’ASNL a vécu une saison en enfer

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Il restait une dernière chance à l’ASNL contre Rouen-Quevilly ce 22 avril 2022 pour espérer rester en Ligue 2. Les Nancéiens étaient menés 3 à 0 quand l’arbitre a arrêté définitivement le match suite à des multiples jets d’engins pyrotechniques sur la pelouse. Pour la première fois depuis sa création en 1967, l’ASNL évoluera en National la saison prochaine.

Une fois n’est pas coutume, le président était absent. Vendredi 22 avril 2022, face à Quevilly, Gauthier Ganaye n’a pas assisté au naufrage du club dont il a pris les rênes il y a seize mois, affirmant "notre ambition, c'est la Ligue 1". 

A l’heure de chercher les responsables du désastre, le nom du trentenaire placé à la tête de l’ASNL par un conglomérat sino-américain revient en boucle, logiquement étrillé par les ultras, qui lui reprochent de n’avoir pas su boutiquer une équipe digne de ce nom. Les élus locaux ne se privent pas non plus de révéler au grand jour la gestion opaque du club depuis sa reprise par des "investisseurs" qui possèdent une myriade de clubs de seconde zone en Europe, tous à l’agonie ou presque à la fin de la saison 2021-2022.

Tout avait bien commencé

Ironiquement, la saison passée, les Nancéiens terminaient 8e du championnat de Ligue 2, leur meilleur classement depuis la descente en Ligue 2 en 2017. La vente du club de cœur de Jacques Rousselot à trois investisseurs, PP Asnl Investors LLC (50%), Pacific Media Group (25%), Chien Lee (25%), semble bien se passer. Mais le recrutement à l’intersaison de l’entraîneur allemand Daniel Stendel est une erreur de casting complète. 

Au bout de dix jours, le club est lanterne rouge de L2. Benoit Pedretti, l’ancien international et alors entraîneur de l’équipe réserve, prend les commandes. Il obtient trois des cinq victoires au compteur, mais quitte le navire le 22 décembre 2021, laissant Albert Cartier tenter de sauver l’équipe première. Mais rien n’y fait. Le recrutement raté tourne au ridicule, l’ASNL collectionne les cartons rouges, les occasions manquées, et cumule un nombre incroyable de matches sans victoire alors que l’équipe est en supériorité numérique. Les supporters, qui en appellent régulièrement aux dirigeants pour tenter de redresser la barre, ne reçoivent en retour qu’un écho vide.

Une belle ardoise

François Werner, vice-président de la Région Grand Est en charge du sport, se désolait de n’avoir jamais pu échanger avec le nouveau patron du club: " par mes fonctions, j’ai rencontré tous les dirigeants du sport pro dans la région, mais ceux de l’ASNL jamais".

Hervé Féron, maire de Tomblaine qui accueille le stade Marcel Picot, et également responsable de la politique sportive du Grand Nancy, tente de rester zen à notre micro au lendemain de la défaite contre les Normands : "Il va falloir que les dirigeants se comportent autrement." Il nous apprend que le club a une ardoise conséquente : il loue le stade 350.000 euros par an, et doit 600.000 euros à la collectivité, "qu’il nous rembourse grâce à un échéancier, mais désormais, il n’y aura plus d’échéancier" explique l’élu.

En National, avec quelle stratégie ?

Les collectivités vont logiquement serrer la vis des subventions. Celle qui est versée à l’association ASNL est sur le gril, "car le club n’a pas tenu ses engagements" explique Hervé Féron. Concernant la structure pro, c’est-à-dire la Société anonyme sportive professionnelle, "nous aurons un autre niveau de discussion (…), on a demandé un business plan et surtout un projet, on ne l’a pas". Logiquement, le soutien financier devrait baisser, le budget du club également.

En National, avec qui ?

Sur le site Transfermarkt, on apprend que beaucoup de joueurs ne feront de toute façon plus partie de l’effectif pro. Vingt joueurs sont en fin de contrat ou de prêt en juin 2022 sur un effectif total de vingt-neuf. Et inutile de compter sur la vente de joueurs pour renflouer les caisses : le site allemand estime que seuls trois d’entre eux dépassent le million d’euros, mais ils n’appartiennent même pas à l’ASNL ! Si le club lorrain va pouvoir conserver son statut professionnel pendant deux ans, il le perdra automatiquement si il ne remonte pas en Ligue 2 à l’issue de ce délai.

L’ancien président Jacques Rousselot, sous la plume de nos confrères de l 'Est Républicain, "ne reconnait plus le club (…), les nouveaux propriétaires m’ont berné avec leur communication et leurs fausses promesses". Comment ne pas faire le lien entre la situation actuelle et la vente de l’ASNL il y a seize mois ?

Le temps où le président traînait dans les vestiaires et annonçait lui-même le doublement de la prime de victoire à la sortie de la douche est révolu. Le patron reste à son bureau, loin de la Lorraine. Un bon spécialiste du football professionnel français estime que "le cas de Nancy est symbolique de la mainmise de la finance sur les clubs, en espérant une plus-value. Ces clubs, gérés auparavant comme des entreprises familiales, voient leur identité et leur histoire balayées par les nouveaux patrons qui n’ont qu’une vague idée du jeu et de ses valeurs."

Ironie suprême, vendredi 22 avril 2022, l’ASNL échoue en National seize ans, jour pour jour, après avoir remporté la Coupe de la Ligue face à Nice, un trophée majeur dans l’histoire du club. Désormais la prochaine échéance, c’est le 12 août 2022, date de la reprise du championnat de National. Il reste trois matches à jouer en Ligue 2. Tout est perdu, sauf l’honneur.