Des centaines de migrants en détresse, au moins un décès et un disparu : une nuit "catastrophique" dans la Manche

Des centaines de personnes migrantes ont tenté de traverser la Manche dans la nuit de samedi 2 à dimanche 3 mars. "La nuit a été catastrophique", déclare l'association Utopia 56. Une petite fille de sept ans est décédée et un homme a disparu.

La nuit a été longue pour les bénévoles de l'association Utopia 56. Des centaines de personnes migrantes sont montées à bord de diverses embarcations de fortune, pour tenter de rejoindre l'Angleterre.

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Ce dimanche 3 mars 2024, une petite fille de sept ans a trouvé la mort à Watten, dans le Nord, alors qu'un groupe de seize migrants tentait d'embarquer sur le canal de l'Aa.

Un homme disparu à Grand-Fort-Philippe

Un homme est également porté disparu, du côté du canal de Grand-Fort-Philippe. Un groupe de migrants tentaient de rejoindre la mer sur de gros bateaux pneumatiques. Onze d'entre eux ont chaviré. "Deux personnes nous ont appelé vers minuit pour nous dire que leur ami avait disparu dans l'eau", explique Amélie Moyart, coordinatrice d'Utopia 56 à Grande Synthe, précisant que l'homme ne sait pas nager.

"Les recherches de la police se sont arrêtées, car les policiers sont convaincus que s'il y avait un corps, il serait visible", d'après Amélie Moyart. Contactée ce dimanche après-midi, la préfecture du Nord affirme, de son côté, "ne pas avoir d'information" concernant cette disparition.

La police et les pompiers se sont déplacés mais ils ont abandonné tout le monde sur place.

Amélie Moyart

coordinatrice d'Utopia 56 à Grande Synthe

Après une heure de recherche, l'association a pu retrouver les onze personnes qui étaient tombées à l'eau, "trempées, pleine de boue". "La police et les pompiers se sont déplacés, mais ils ont abandonné tout le monde sur place, affirme Amélie Moyart. Il y avait une personne à demi-consciente par terre. Les pompiers n’ont pas voulu la prendre en charge, affirmant qu’elle faisait semblant, riant et lui donnant de petites claques pour le réveiller."

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"Le préfet a refusé l’ouverture d’une salle et a empêché les mairies d'en ouvrir aussi", affirme Amélie Moyart. Ce sont les bénévoles d'Utopia 56 qui ont donc pris en charge les naufragés, "traumatisés et toujours à la recherche de leur ami". 

À Dunkerque, des naufragés qui repartent "en errance"

"Ça, ce n'était que le début de la nuit, déplore Amélie Moyart. La police et les pompiers répondaient peu à nos appels." Vers 2h30 du matin, Utopia 56 est à nouveau appelée du côté de Dunkerque, pour prendre en charge 18 personnes migrantes. Celles-ci sont ramenées au port par les secours, à bord du Minck, un bateau de sauvetage, suite à un naufrage en mer. Une information confirmée par la préfecture de la Manche et de la mer du Nord.

Sans réponse de la police, de la mairie et de la préfecture, les bénévoles et les pompiers ont dû laisser les personnes "repartir en errance par elles-mêmes", après leur avoir fourni des habits secs. 

Contactée, la préfecture du Nord confirme que durant cette nuit "aucune salle n'a été ouverte, ni à Dunkerque, ni à Grand-Fort-Philippe. Les personnes ont été prises en charge par les pompiers et leur état de santé, disons correct, ne nécessitait pas d'ouverture de salle." 

Une quarantaine de migrants secourus à Cayeux-sur-Mer

Des migrants en détresse ont aussi été secourus ce dimanche matin sur le littoral picard. Selon les pompiers de la Somme, "une embarcation de migrants a pris feu" et a été retrouvée sur la plage de Brighton à Cayeux-sur-Mer. À son bord, 11 occupants, qui ont été pris en charge par les secours. "Une personne a été transportée à l'hôpital d'Abbeville en état d'hypothermie", nous précisent les pompiers. Les autres ont été prises en charge par les gendarmes qui procèdent actuellement à des vérifications administratives.

Cette embarcation "est restée bloquée sur un banc de sable à 3km au large", indique la préfecture de la Somme. D'après France Bleu Picardie, les migrants ont ensuite "mis le feu à leurs gilets de sauvetage" pour se réchauffer.

Une deuxième embarcation, avec une trentaine de personnes à son bord, a été "victime d'une avarie de moteur", avant de dériver au large. Elle a été secourue en mer par le CROSS.

En milieu de journée, c'est une troisième embarcation qui est signalée en difficulté au large de Cayeux-sur-Mer. Le CROSS engage le BSAM Seine pour porter assistance aux naufragés : "47 personnes sont secourues et déposées au port de Boulogne-sur-Mer où ils sont pris en charge par les services de secours terrestres", indique la préfecture maritime.

On peut s'étonner que des bateaux de migrants tentent de prendre la mer dans cette zone, encore plus éloignée des côtes britanniques qu'à l'accoutumée. Pour Amélie Moyart, ces traversées s'expliquent par "une très forte présence policière". "Les gendarmes interceptent les bateaux au niveau des plages. Donc les personnes migrantes vont prendre plus de risques et on voit qu'elles partent beaucoup plus au sud, explique-t-elle. Depuis le Touquet ou même la baie de Somme..."

Les départs se font aussi de plus en plus dans les terres, comme ce dimanche matin à Watten. "Les départs depuis des rivières ou des courants d'eau peuvent aussi être lié à ça : éviter le passage par la plage et les force de police", explique la coordinatrice d'Utopia 56. 

Des appels en provenance de toute la côte 

L'association Utopia 56 précise également avoir reçu d'autres alertes, tout au long de la nuit, du côté de Calais, Grande-Synthe, Wimereux ou encore Sangatte. Des personnes migrantes étaient en difficulté, notamment à terre.

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"On reçoit des appels des personnes en détresse, soit des naufrages ou des personnes qui reviennent d’elles-mêmes, explique Amélie Moyart. On a aussi des personnes mouillées, voire en hypothermie, car elles ont essayé de partir. Et qui en plus ont été gazées quasi systématiquement pour les faire s’éloigner des bateaux."

"Un abandon complet des institutions"

"Cette nuit, ça a été très compliqué pour nous, nos équipes n'ont pas dormi", raconte Amélie Moyart. La coordinatrice d'Utopia 56 estime avoir fait face à "un abandon complet des institutions". 

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L'association a ainsi été totalement dépassée par ces événements : "Nous, on est des bénévoles, on n'est pas une équipe de secouristes, on n'est pas formés à vivre ce qu'on a vécu cette nuit."

Utopia 56 souhaiterait ainsi, "au moins", que les personnes puissent se réchauffer à l'issue des naufrages. À l'avenir, elle demande l'ouverture de salles par la préfecture ou par les mairies.

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