Au salon de l'agriculture, les défenseurs du camembert AOP amènent leurs vaches sur le stand de Lactalis

Les défenseurs du camembert AOP de Normandie ont fait irruption sur le beau stand du géant de l'industrie laitière avec deux vaches normandes ce lundi 26 février. Ils dénoncent "l'usurpation de notoriété" dont le groupe laitier se rend coupable, selon eux, en affichant une provenance normande sur ses camemberts industriels.

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Deux jours après le coup d'éclat des militants de Résistance Paysanne, qui ont déversé du fumier sur le stand de Lactalis au salon de l'agriculture, le groupe laitier français a encore reçu la visite d'agriculteurs en colère, ce lundi 26 février.

Cette fois, ce sont les défenseurs de l'appellation d'origine protégée (AOP) du camembert de Normandie qui se sont présentés, peu après 15 heures, devant l'espace d'exposition que le leader mondial des produits laitiers tient au 60ᵉ salon de l'agriculture, qui a lieu à Paris du 24 février au 3 mars.

Les agriculteurs n'étaient pas seuls. Avec eux se trouvaient deux vaches normandes, dont le cheptel français a été réduit de 30% en dix ans, rendant la présence des bovidés éminemment symbolique. "La race normande est menacée à cause de la tromperie, à cause de l'usurpation de notoriété" dont Lactalis se rend coupable, ont argué les protestataires.

Les manifestants s'agacent de la présence d'une boîte de camembert sur le stand de Lactalis, une fausse boîte géante qui trône à l'entrée du stand de l'industriel. Cette boîte en carton est une reproduction de celles, plus petites, vendues en grande surface par les marques de Lactalis Président, Le Rustique et Lanquetot –, et qui usurpent, selon les protestataires, l'appellation protégée de "camembert de Normandie".

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Imbroglio judiciaire

Depuis 2021, un contentieux administratif à rebondissements oppose, d'un côté, les exploitants laitiers membres de la filière du camembert AOP, de l'autre, les groupes industriels qui produisent aussi du camembert, mais en dehors du cadre de l'appellation d'origine protégée.

Si les producteurs AOP sont soumis à d'exigeants critères de qualité et de provenance de leurs ingrédients, ils disposent en retour du droit d'afficher sur leurs boîtes l'appellation protégée "camembert de Normandie", qui leur sert d'argument de vente puissant. Parmi les obligations du cahier des charges de l'AOP se trouve l'utilisation de lait de la fameuse vache normande.

Lactalis ne respecte pas ce cahier des charges. Les camemberts de l'industriel ne peuvent pas revendiquer leur appartenance au terroir normand, estiment donc les défenseurs de l'appellation protégée.

Sauf que depuis l'édition du règlement de l'AOP, en 2021, Lactalis a continué à afficher sur ses emballages une provenance normande. N'ayant pas le droit de faire usage de la mention "camembert de Normandie", le groupe a préféré utiliser des mentions ambiguës, tantôt un "camembert au lait normand", tantôt un "camembert fabriqué en Normandie". C'est cette mention qui était reproduite sur le camembert publicitaire géant du stand de Lactalis. "C'est une mention illégale, on leur demande de la retirer", a détaillé Patrick Mercier, éleveur laitier à Champsecret (Orne), qui faisait partie du cortège venu toquer chez Lactalis.

Les manifestants affirment que le PDG de Lactalis Emmanuel Besnier était sur place, mais qu'il les a évités. "C'est inacceptable, c'est du dédain. Il y a un vrai malaise agricole et à côté de ça, on nous ignore", déplorait l'un d'eux. Finalement, rendez-vous a été pris pour une rencontre, en coulisses, une heure plus tard. Les agriculteurs AOP comptaient "réclamer l'application de la loi" au PDG, détaille Céline Pacary, la directrice de la filière des fromages AOP de Normandie.

"Tromper le consommateur"

Car, face à la persistance de Lactalis à faire mention de la Normandie sur ses produits, la contre-attaque des producteurs de la filière AOP a pris la forme d'une démarche auprès du tribunal administratif. Celle-ci s'est soldée par une décision en leur faveur. En décembre 2023, le Conseil d'État a jugé que tout rapprochement, de près ou de loin, entre le terme "camembert" et la mention d'une provenance normande est réservé à la filière AOP.

Mais Lactalis met du temps à retirer la mention normande de ses étiquettes, préférant attendre les injonctions, au cas par cas, de la répression des fraudes. "Nous avons besoin de vous pour faire appliquer la loi. Le camembert de Normandie est usurpé depuis très longtemps et le groupe Lactalis, malgré les différentes affaires en justice, où il a perdu, veut tromper le consommateur", scandait un exploitant laitier AOP en marge des protestations, ce lundi.