Témoignage. Elle ouvre une cagnotte pour construire une stèle au pilote américain recueilli par ses grands-parents en 1944

Publié le Écrit par Baptiste Renaut

Le 13 août 1944, un avion bombardier américain, touché par les mitraillettes allemandes, s'écrase à Saint-Ellier-les-Bois, dans l'Orne. Le pilote, âgé de 29 ans, meurt sur le coup et son corps est recueilli par un couple de Normands. 80 ans plus tard, leur petite-fille, Mireille Le Royer, veut ériger une stèle en hommage au soldat américain. Elle témoigne pour France 3 Normandie.

Le 13 août 1944, un avion bombardier américain, touché par les mitraillettes allemandes, s'écrase dans un champ de la commune de Saint-Ellier-les-Bois, dans l'Orne. Le pilote, un Américain de 29 ans originaire de l'état de New York, se nomme Paul Chaufty. Ce lieutenant des forces aériennes américaines participait à une mission de soutien aux troupes de la division blindée du Général Leclerc, qui avançaient vers ce qui deviendrait la bataille de la poche de Falaise-Chambois.

Éjecté de son cockpit, l'aviateur atterrira dans le village voisin de Ciral. Ayant à peine le temps de déployer son parachute, Paul Chaufty ne survivra pas à sa chute. C'est un couple de Ciral, Maurice Bastien et Alice Boul, qui recueilleront le corps du soldat.

"Mort pour notre liberté"

Huit décennies plus tard, et alors que la Normandie s'apprête à célébrer les 80 ans du débarquement allié de 1944, Mireille Le Royer, la petite-fille de Maurice et Alice, s'active pour honorer la mémoire du pilote. Pour cela, elle a créé en octobre dernier, avec plusieurs amis, l'association Paul Chaufty, qui cherche à récolter 5 000 euros dans une cagnotte en ligne afin d'ériger une stèle en l'honneur de l'aviateur américain.

"Ça faisait peut-être 20 ans que je comptais faire quelque chose pour lui. Pour moi, c'était indispensable que cet homme, mort pour notre liberté, ne tombe pas dans l'oubli", raconte Mireille Le Royer. En plus de la stèle, son association organisera une grande cérémonie d'hommage le 25 mai prochain, à laquelle elle a convié les arrières-petits-neveux de Paul Chaufty, qui traverseront l'Atlantique pour l'occasion.

Dans la famille de Mireille Le Royer, le récit de cet épisode d'août 1944 est transmis de génération en génération. "Mon grand-père a vu l'aviateur s'éjecter. Il est allé avec ma grand-mère dans la direction du crash, mais n'a pas trouvé le pilote", rapporte-t-elle. "Ce n'est que le lendemain qu'un voisin est venu le voir. Sa jument se comportait étrangement, elle avait été dérangée par quelque chose. Ils sont allés voir et ont retrouvé le corps de Paul Chaufty, sous son parachute", dans un pâturage.

Histoire de famille

Grâce à la plaque militaire de l'aviateur, Maurice Bastien identifie le nom du soldat et va signaler son décès à la mairie. La famille de Paul Chaufty est ainsi informée de sa mort par télégramme.

La mère de Mireille Le Royer, Marie-Thérèse Bastien, âgée de 14 ans à l'époque, lui a confié son souvenir de ces quelques jours. "Elle a vu la jeep américaine venir récupérer le corps, puis s'éloigner, à quelques mètres d'elle. Les soldats ont voulu que mon grand-père fournisse un drap pour recouvrir le corps de l’aviateur, car, en temps de guerre, le tissu des parachutes, très soyeux, était plutôt utilisé pour faire des vêtements. Mon grand-père a refusé, disant qu'il méritait d'être dans son parachute", rapporte Mireille Le Royer.

Paul Chaufty sera enterré au cimetière provisoire de Gorron, en Mayenne, avant que son corps ne soit rapatrié aux États-Unis à la fin des années 1940. Il repose depuis au cimetière de Fairview, à Carthage, dans l'état de New York.

Cagnotte en ligne

Reste, pour Mireille Le Royer, à faire son "devoir de mémoire". Désormais en retraite, elle peut s'y consacrer. Le projet a été estampillé "Mission Libération", une initiative du ministère des Armées qui soutient des projets commémoratifs de la libération, mais ne reçoit pas de fonds publics pour autant. "Notre association, entièrement dédiée à Paul Chaufty, étant très jeune, c'est très compliqué d'obtenir des subventions", explique Damien Thierry, son président. "Cette cagnotte va nous aider", espère-t-il.

Déclinée sur les sites Hello Asso et Leetchi, elle a reçu pour l'instant 160 euros. La stèle est déjà en cours de construction. Elle sera installée sur un bloc de quartz, sur la commune de Saint-Ellier-les-Bois où est tombé l'avion de Paul Chaufty.

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