Viticulture : des épandages par hélicoptère contre le mildiou dans l'Aude et l'Hérault

A cause des fortes pluies d'avril, les viticulteurs de l'Aude et de l'Hérault redoutent une sérieuse attaque de mildiou et d'oïdium dans les vignes gorgées d'eau et difficiles d'accès. Le gouvernement vient de leur accorder le droit de traiter par hélicoptère. De quoi faire bondir les écologistes.

Une vigne attaquée par la maladie : le redoutable mildiou qui peut survenir lors de fortes pluies.
Une vigne attaquée par la maladie : le redoutable mildiou qui peut survenir lors de fortes pluies. © Collection Watier/Maxppp

L'Etat a finalement donné le feu vert au traitement de la vigne contre le mildiou par hélicoptère dans l'Aude et l'Hérault comme le réclamaient certains viticulteurs, mais seule de la bouillie bordelaise sera autorisée lors de cet épandage aérien exceptionnel. 

"Considérant le développement rapide du mildiou et du black rot constaté depuis le 5 mai 2020 dans les vignes mettant en péril la récolte des grappes du vignoble dans les parcelles affectées et nécessitant un traitement urgent", l'arrêté ministériel publié ce samedi 23 mai  autorise l'application de bouillie bordelaise par voie d'aéronefs  "uniquement pour une utilisation en traitements des parties aériennes des vignes pour lutter contre le mildiou sur des parcelles agricoles pour lesquelles les conditions ne sont pas réunies pour une intervention terrestre (parcelle inondée, conditions de ressuyage ne permettant pas une intervention terrestre) de l'Aude et de l'Hérault, jusqu'au 5 juin 2020."

Si cette dérogation convient aux viticulteurs qui cultivent leurs vignes en bio (et qui ont le droit d'utiliser de la bouillie bordelaise dans leur cahier des charges), ceux qui travaillent leur vignoble en raisonné et en conventionnel risquent de moins apprécier la réponse du gouvernement.
 


Des parcelles à traiter restreintes


Eux avaient demandé des produits plus agressifs pour pouvoir traiter leurs parcelles menacées par la maladie.

Vu le coût du tour d'hélicoptère, il n'est pas certain qu'ils profitent de cette dérogation.
Les zones qui ne peuvent pas être traitées (ZNT) vont, de plus, réduire considérablement la taille des parcelles susceptibles d'être aspergées par voie aérienne. 

En effet, l'arrêté fixe une distance de sécurité qui ne peut être inférieure à 100 mètres vis-à-vis des lieux suivants :


Dérogation exceptionnelle


Néanmoins, pour obtenir ce sésame, il a fallu mettre trois ministères d'accord : Santé, Agriculture et Environnement, ce dernier ayant freiné des quatre fers avant de changer d'avis mardi soir.

L'épandage aérien est interdit depuis 2015, mais l'Etat peut accorder des dérogations comme cela a déjà été le cas en Alsace en 2016.

La demande et le dossier technique, principalement portés par la chambre d'agriculture de l'Aude, ont été envoyés le 14 mai. Le syndicat des vignerons de l'Aude, de Coop de France, des Jeunes Agriculteurs et des Vignerons Indépendants se sont associés à la démarche.

 
"On a commencé à se mobiliser mi-avril car on a eu beaucoup de pluie et on a déjà connu de sérieux soucis avec le mildiou il y a deux ans", explique Philippe Vergnes, le président de la Chambre d'agriculture de l'Aude 

Là, il y a déjà des parcelles atteintes par le mildiou, il faut l'empêcher de progresser car avec la nouvelle lune, ça va être terrible ! Le marin va rentrer et c’est un facteur d’explosion de la maladie, il faut se protéger le plus vite possible ! 
 

Pour Philippe Vergnes, président de la Chambre Agriculture de l'Aude, un épandage par voie aérienne nécessaire et limité en risque environnemental.
Pour Philippe Vergnes, président de la Chambre Agriculture de l'Aude, un épandage par voie aérienne nécessaire et limité en risque environnemental. © F. Guibal / FTV France 3 Occitanie


10 00 hectares de vignes concernés


Dans l'Aude, 9 000 hectares de vignes sur les 70 000 que compte le vignoble seraient menacés par cette attaque de mildiou et auraient donc besoin de traitements phytosanitaires en urgence.

Dans l'Hérault, seuls 1 000 hectares de vignes sont concernés.

"En avril, avec les fortes pluies, il est tombé localement entre 150 et 200 mm d'eau, rendant l'accès aux vignes impossible en tracteur", rappelle Philippe Vergnes.

Même si le soleil est revenu, il n’est jamais trop tard pour bien faire car le mildiou, c'est une maladie compliquée


Ce feu vert donné par Matignon pour l'épandage aérien a été salué par Danièle Hérin. La députée LaREM de l’Aude, qui est aussi conseillère municipale de Carcassonne, avait réagit de manière enthousiaste sur son compte tweeter dès le 20 mai:   


Inquiétude chez les défenseurs de l'environnement


Le ministère de l’environnement aurait été convaincu par les photos de tracteurs enlisés reçues dans le dossier technique de la chambre d'Agriculture de l'Aude, selon Carmen Etcheverry, membre du bureau de la fédération d'associations France Nature Environnement :


 Mais avec le soleil de ces derniers jours, les sols ont séché ! Les tracteurs peuvent à nouveau entrer dans les vignes, de ce fait, l'épandage aérien ne se justifie plus du tout !


"Même s'il n'y a que de la bouillie bordelaise qui est pulvérisée par hélicoptère, ce n'est pas neutre. Si le cuivre n’est pas toxique pour les humains, il l'est pour le milieu aquatique et pour les sols." explique la viticultrice.

Si elle reconnaît qu'il faut traiter le mildiou et qu'il y a pire que la bouillie bordelaise, cette ingénieur agronome s'interroge aussi sur la précision de l'épandage par voie aérienne.


Pas de pesticides systémiques autorisés


La Chambre d’agriculture avait demandé l'autorisation de pulvériser d'autres produits : des pesticides systémiques mais non CMR (Cancérogène Génotoxique Reprotoxique).  
 

La Confédération Paysanne Aude s'était émue de ne pas avoir été consultée par la Chambre d'Agriculture sur ce dossier. Et le ton avait commencé à monter.

"Nous sommes des gens responsables, la Chambre d'agriculture est un établissement public. Nous allons bien-sûr avertir les populations, respecter la distance ZNT décrite dans l'arrêté. Les hélicoptères ne vont pas pulvériser des produits dangereux sur les maisons !", tonne Philippe Vergnes qui est aussi le président de la cave coopérative de Névian (Aude).

Moi-même sur mon exploitation, tout mon vin blanc est en bio, j’ai aussi des parcelles en raisonné et en conventionnel. Il n’y a pas les bons viticulteurs d’un côté et les mauvais de l’autre, c’est malheureux de penser ça !   


Recours en justice à l'étude


En attendant, la Confédération Paysanne Aude, appuyée par la fédération d'associations France Nature Environnement, pourrait bien attaquer l'arrêté ministériel pour casser cette dérogation. 

Décision qui devrait être prise en début de semaine prochaine.
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