TEMOIGNAGE. "Les paroissiens doivent savoir : leur curé a été condamné pour agressions sexuelles sur mineur" sa victime, Mickaël, parle et dénonce

INFO FRANCE 3 OCCITANIE. A partir de ses 13 ans et durant 4 années, Mickaël a été victime d'un prêtre. En 2013, après des années de silence, il porte plainte et obtient la condamnation de son bourreau. Mais l'abbé Olivier est toujours à la tête d'une paroisse dans le Lot, en contact avec des enfants. Pour France 3 Occitanie, Mickaël revient aussi sur les pressions dont il a été victime pour se taire.

C'est l'histoire d'un petit garçon dont la foi semblait inébranlable. Très jeune, Mickaël, enfant de chœur à Lalbenque, dans le département du Lot, a la vocation de devenir prêtre. À l'âge de 13 ans, il voit arriver dans sa paroisse l'abbé Philippe Olivier, alors âgé d'une trentaine d'années. 

" L'abbé Philippe Olivier était pour moi un référent humain et spirituel. J'avais confiance envers l'Eglise et envers l'adulte" se souvient Mickaël.

Une confiance dont va abuser l'abbé Olivier. Très vite, les premiers gestes déplacés ont lieu dans l'intimité du presbytère. Puis c'est l'escalade. Attouchements, fellations. Durant 4 années, Mickaël est victime d'agressions sexuelles et garde le silence. 

Aujourd'hui, il a décidé de révéler au grand jour les faits dont il a été victime.

Il souhaite aussi dénoncer l'inaction de l'Église et le danger que représente ce prêtre toujours en fonction dans le Lot. 

Une emprise psychologique 

" À l’époque des faits, j'éprouve un sentiment de culpabilité qui me fait garder le silence. Je sens au fond de moi que les actes de ce curé ne sont pas normaux. Mais le fait que tout le monde l'apprécie et l'adule dans la paroisse me conforte dans l'idée qu'il faut que je me taise. Il a sur moi une emprise psychologique. D'autant plus, que j'ai déjà cette aspiration à devenir prêtre" relate Mickaël aujourd'hui trentenaire.

Après 4 ans de sévices et de silence, Mickäel quitte Lalbenque pour entrer dans une formation de séminariste. Dans ses bagages, fermés à double tours, les terribles souvenirs qui le lient au prêtre Philippe Olivier et qui ne vont pas tarder à se rappeler à lui. 

En 4ème année de séminaire, nous avons été sensibilisés sur le fléau de la pédophilie. C'est à ce moment que j'ai compris que j'étais une victime et l'abbé Olivier un prédateur.

Mickaël

Victime de pédophilie

"J'ai réussi à placer des mots sur mes maux. Cet instant a été déclencheur" témoigne-t-il. Durant un an, Mickaël se remémore, analyse, décrypte ces 4 années aux côtés de son agresseur.

L'Évêque aurait tenté d'étouffer l'affaire 

Puis, en 2012, il décide de révéler son secret à un supérieur de séminaire. Norbert Turini, l'évêque de Cahors, est alors informé des faits. 

Mais la réaction du dignitaire est édifiante. D'après Mickaël, Celui-ci aurait tenté d'étouffer l'affaire. Une double peine pour Mickaël.

Il m'a proposé d'arranger ça à l'amiable, de revoir Philippe Olivier et de lui serrer la main en guise de réconciliation

Mickaël

Victime de pédophilie

Le jeune Lotois refuse de se soumettre une nouvelle fois à un homme d'Église et porte plainte contre son ancien agresseur.

" J'étais tout de même tiraillé entre l'obéissance à l'Église et la recherche de la vérité" se souvient Mickaël.

A lire : Curé pédophile maintenu en poste : " Il est vicaire, sous la responsabilité d’un curé informé de sa situation" se défend le diocèse

Un procès à huis clos

Une faille dont aurait profité Monseigneur Turini. Selon Mickaël, l'évêque de Cahors aurait alors fait pression sur lui afin d'obtenir un procès à huis clos. 

Mickaël a accepté ce pacte. Le procès n'aura ainsi aucun retentissement médiatique. Pire encore, l'avocat du diocèse est laissé à la disposition du prêtre agresseur et non à celle de sa victime. 

En 2013, l'abbé Philippe Olivier est reconnu coupable d'agressions sexuelles sur mineur par personne ayant autorité. Il est condamné à 2 ans de prison avec sursis avec obligation de soin. Une condamnation prononcée à l’abri des regards.

Au sein de l'évêché cadurcien, Monseigneur Turini aurait arrangé la vérité et évoqué cette affaire comme celle d'une histoire d'amour entre deux hommes. 

Joint par France 3 Occitanie, l'ancien évêque de Cahors n'a pas donné suite à notre demande d'interview. 

" Aujourd'hui, j'ai l'âge de mon agresseur au moment des faits et je ne conçois pas une histoire d'amour avec un enfant de 13 ans", souligne Mickaël, le ton calme, serein, jamais empreint de colère.

L'histoire aurait pu s'arrêter là. L'Église aurait pu écarter définitivement Philippe Olivier. La morale aurait dû reprendre le dessus.

Mais une nouvelle fois, Mickaël est victime. En fin de formation de séminariste, il est écarté et voit ses rêves d'ordination s'envoler à jamais. Coupable d'avoir dénoncé son agresseur. 

L'Abbé Olivier, lui, est maintenu au sein de l'institution. 

"Le rapport de la CIASE a fait resurgir une colère" 

Mickaël prend le large et devient chauffeur de bus. Pendant plusieurs années, il voyage à l'étranger. Loin de son agresseur, il espère éloigner ses douloureux souvenirs.

En 2021, le rapport de la CIASE sur les abus sexuels dans l'Eglise a fait resurgir une colère que j'avais enfouie. Grâce à la prise de parole d'autres victimes, je ne me sentais plus seul face à un évêque ou une institution. 

Mickaël, victime de pédophilie

En célébration de messe avec des enfants

20 ans après les faits, il a donc décidé de révéler l'ensemble des faits dont il a été victime. Mais surtout, Mickaël souhaite voir l'abbé Olivier définitivement hors d'état de nuire.

Malgré sa condamnation, le prêtre est toujours en fonction dans le groupement paroissial de Catus dans le Lot, comme on peut le constater dans cet publication :

"Sur les nominations officielles, son nom n'est jamais cité, mais il est la tête de plus d'une dizaine de clochers. Il est donc en célébrations de messe avec des enfants. Peut-être même qu'il fait le catéchisme" s'inquiète Mickaël. 

L'abbé Olivier a également fait l'objet d'un procès canonique. Mais Mickaël n'a jamais obtenu les conclusions de ce jugement.

Comment alors éviter que d'autres victimes potentielles ne se retrouvent entre les mains de ce pédophile ?

À cette question, la réponse de Monseigneur Cambon, président du tribunal ecclésiastique de Toulouse n'est pas à la hauteur de ce qu'on peut attendre de l'Église. 

Joint par France 3 Occitanie, l'homme botte en touche.

" En principe, on lui a bien indiqué qu'il ne devait pas s'occuper de jeunes paroissiens. Mais en réalité, je ne sais pas ce qu'il fait. Il a été un temps sous ma surveillance, mais ça n'est plus le cas. L'évêque de Cahors doit en théorie s'assurer de son suivi".

L'évêque actuel de Cahors, Laurent Camiade, n'a pas souhaité répondre à nos questions sur cette affaire.

"En théorie"."En principe". Les termes n'ont clairement rien de rassurants. Ils font même froid dans le dos lorsqu'on les associe à une affaire de pédophilie.

Deux après le rapport accablant de la Ciase dénonçant plus de 330 000 victimes de prêtres, diacres, religieux ou personnes en lien avec l'Église, l'institution semble toujours incapable de garantir la sécurité de ses petits paroissiens.

"Que voulez-vous en faire, nous ne pouvons pas l'exécuter", conclut Monseigneur Cambon. 

L'exécuter non, mais le renvoyer à l'état laïque sûrement. 

A minima ils pourraient le reclasser dans un poste administratif

Mickaël, victime de pédophilie

10 ans après la condamnation de l'abbé Olivier, cette piste serait à l'étude selon Monseigneur Cambon. 

Un maigre lot de consolation pour Mickaël qui n'a désormais qu'une obsession : "Je veux que les paroissiens de Catus sachent que leur curé a été condamné pour agressions sexuelles sur mineur. Ils ne peuvent pas continuer à l'aduler. Ils doivent se révolter".