Meurtre de Patricia Bouchon : Laurent Dejean est condamné à 20 ans de réclusion criminelle

Les jurés de la cour d’assises du Tarn ont rendu leur verdict ce vendredi après-midi. Laurent Dejean, accusé du meurtre de Patricia Bouchon à Bouloc en février 2011, est condamné à 20 ans de réclusion criminelle.
Laurent Dejean dans le box des accusés devant la cour d'assises du Tarn. Juillet 2021. Il nie toujours avoir tué Patricia Bouchon.
Laurent Dejean dans le box des accusés devant la cour d'assises du Tarn. Juillet 2021. Il nie toujours avoir tué Patricia Bouchon. © Vincent Desplanche pour FTV

La cour d'assises du Tarn a rendu son verdict. Laurent Dejean, jugé en appel pour le meurtre de Patricia Bouchon à Bouloc en février 2011, est condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Les jurés ont donc suivi les réquisitions de l'avocat général.

En première instance, en mars 2019, la cour d'assises de la Haute-Garonne avait déjà condamné Laurent Dejean à 20 ans de réclusion criminelle.

Ce vendredi matin, au premier rang, pour la première fois depuis le début de l’audience, des amis de Laurent Dejean sont sur le banc réservé aux proches de l’accusé. Ils sont venus pour leur ami, accusé du meurtre de Patricia Bouchon. L’audience a duré deux semaines devant la cour d’assises du Tarn. Deux semaines pour examiner les éléments qui ont conduit Laurent Dejean dans le box des accusés.

Aucune preuve matérielle contre Laurent Dejean

Patricia Bouchon a été tuée le 14 février 2011. Elle était partie faire son jogging quotidien vers 4h30 du matin. Son corps a été retrouvé 42 jours plus tard, à une dizaine de kilomètres de là, dans un fossé, en partie immergé dans l’eau. Un témoin dit avoir croisé la joggeuse le jour de sa disparition puis une Clio. Il décrit le conducteur. Un portrait-robot est réalisé. Mais il n’est diffusé qu’en octobre 2013. Un témoin anonyme désigne Laurent Dejean.
Après plusieurs années d’enquête, il est mis en examen. Il n’y a aucune preuve matérielle. Aucune trace ADN pour prouver sa culpabilité. Il possède une Clio similaire, il ressemble au portrait-robot et il a un comportement suspect. Il tient des propos étranges. Laurent Dejean est schizophrène.

"Je viens défendre Laurent Dejean, dit son avocat lors de sa plaidoirie, mais je viens aussi accuser l’institution judiciaire". Car selon lui, l’accusation est vide.

"Vous avez accusé Laurent Dejean et défendu les enquêteurs. On a essayé d’exploiter sa maladie. On a fait grief à Monsieur Dejean, pourquoi il n’avoue toujours pas ? Mais moi les aveux, je les ai obtenus. Il a dit dès le premier jour 'ce n’est pas moi'. Il l’a dit sans trembler et il le dit depuis dix ans. Vous devez, dit maître Karim Chebbani aux jurés, rendre une décision conformément à la loi, sur des preuves.".

Il reprend alors tous ces témoignages mis en avant par l’accusation et qui, selon lui, ne prouvent rien. Le témoin qui a vu la Clio et qui a changé plusieurs fois de version notamment sur l’horaire auquel il a croisé cette voiture ou sur la couleur. Les cris d’une femme, les excuses et les pleurs d’un homme entendus par des riverains dans la nuit du 14 au 15 février sur le lieu où Patricia Bouchon a été tuée. Mais lors d’une reconstitution, ils n’ont jamais reconnu la voix de Laurent Dejean.

Maître Chebbani l'avocat de Laurent Dejean devant la cour d'assises du Tarn, mercredi 30 juin
Maître Chebbani l'avocat de Laurent Dejean devant la cour d'assises du Tarn, mercredi 30 juin © Vincent Desplanche

"La peur du vide a motivé votre entêtement" dit l’avocat en s’adressant à l’institution judiciaire. "On a préféré construire un coupable factice pour dire à la famille Bouchon nous avons une solution, cela va vous apaiser". Les enquêteurs auraient dû se poser plus de questions sur les gants en latex retrouvés sur la scène de crime selon l’avocat. La famille avait dit que Patricia Bouchon était allergique au latex. Alors, à qui appartiennent ces gants ? Ils auraient dû aussi se poser plus de questions sur la façon dont le corps a pu être déposé dans une buse sous un pont. Un homme seul a-t-il pu le faire ?

"Vous avez brisé un innocent"

Il s’adresse à la cour : "Oui vous allez l’acquitter parce que la loi vous le commande, la raison vous le commande. Libérez-le dans les plus brefs délais monsieur le président. Il a une curatrice, des médecins. Il se soigne. Vous avez brisé un innocent, envoyé en prison pendant 6 ans, pour rien. Acquittez-le !"

Laurent Dejean avait prononcé ses derniers mots avant que la cour se retire pour délibérer. "J’ai passé 6 ans et demi en prison. Je me suis fait beaucoup de souci. Ce qui s’est passé dans mon village m'a choqué. Je suis incapable de faire une chose comme ça. Je suis fatigué, vidé. Mes amis sont là, les jurés sont là, la famille Bouchon est là. Ils ont besoin du vrai meurtrier. Je n’y suis pour rien la dedans et ça me fait peur."

La cour d'assises du Tarn après plusieurs heures de délibéré l'a déclaré coupable d'avoir volontairement tué Patricia Bouchon. Laurent Dejean est condamné à une peine de 20 ans de réclusion criminelle assortie d'une mesure de suivi socio judiciaire et une injonction de soins.

La cour condamne également Laurent Dejean à verser 50 000 euros en réparation du préjudice d'affection au mari, à la fille et à la mère de Patricia Bouchon et 30 000 euros au frère et à la soeur de la victime. 

A l'énoncé du verdict, Laurent Dejean, visiblement marqué, retenant ses larmes, a eu le temps de se retourner vers un ami présent dans la salle pour lui dire : "tu viendras me voir ?" Plusieurs membres de la famille Bouchon se sont serrés dans les bras, soulagés de la fin d'un chapitre judiciaire de dix ans.

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