2020. Quand les journalistes de France 3 racontent nos vies covid : "Et l'humain dans tout ça ?"

Ce fut une année inimaginable. Les journalistes de France 3 ont eu à coeur de raconter vos histoires. Des récits et témoignages qui résonnent dans nos mémoires personnelles.

En 2021, va-t-on sortir du bocal ?
En 2021, va-t-on sortir du bocal ? © Maxppp/ Franck Castel

Quelle année ! Nous sommes une très (très) grande majorité d’humains en France et dans le monde à conserver un souvenir négatif de cette édition… 82% des français si l’on en croit la toute récente étude de Harris Interactive réalisée les 28 et 29 décembre. Une impression qui n’avait jamais dépassé 54% jusqu’alors.

On avait commencé en rigolant plus ou moins sous cape avec cette promesse de bien être et de légèreté. Pensez donc avec un nom pareil, 20-20 (vin-vin) de la fête, il allait forcément en être question. Après 2019 et la morosité Gilets Jaunes vécue et exprimée ou subie, la volonté de vivre un renouveau était forte.

Certes tout n’était pas rose. On avait 12 mois pour trouver un accord avec les anglais décidés à sortir de l’Europe…. On voyait une réforme des retraites se rapprocher à grands pas… Greta Thunberg grognait accusant le forum de Davos  d’avoir « complètement ignoré » les revendications climatiques. On ne savait pas encore que George Floyd, mort sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis, permettrait avec le slogan « black Lives Matter » une prise de conscience sur la question raciale aux USA et bien au delà quelques mois plus tard.

Manifestation contre le racisme et les violences policières, à Bordeaux, le 9 juin 2020
Manifestation contre le racisme et les violences policières, à Bordeaux, le 9 juin 2020 © Nicolas Tucat/AFP

Citoyen du monde

Mais tout cela était bien loin de chez nous. Du bout de sa rue ou de son pré. C’est bien dans cet esprit qu’en janvier 2020 on perçoit à peine le bruissement des interrogations qui commencent à monter venant du bout du monde sur un mal étonnant avec un drôle de nom. Malgré les premiers articles sur la toile ou les premiers sujets à la tv, les réseaux sociaux français sont encore très sourds à ce qui se passe à l’autre bout de la terre. Parce que même s’ils contribuent à réduire les distances, ils maintiennent des frontières très hermétiques autour des sujets de conversations souvent limitées à nos entourages virtuels ou réels, nos communes, parfois nos territoires au mieux à l’espace national. Ils font fi des ponts aériens permanents qui ont rendus en quelques décennies le monde aussi grand qu’un jardin de banlieue. Une cécité qui s’est levée.

Le Grand Est première Région fortement touchée

Notre niveau de connaissance en géographie coïncide avec la montée de l’épidémie de Covid 19 en France. A la fin février il nous est possible de placer la ville de Wuhan sur une carte, pendant que le Grand Est se voit placé, lui, en zone rouge. En mars nous sommes plongés dans le premier épisode de la série « confinement ». Jamais le nombre d’internautes et de téléspectateurs en quête d’informations aura autant augmenté en si peu de temps. Dame on avait le temps entre la salle de bain et le salon pendant les deux premiers mois de s’interroger et de devenir des experts !

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"Comment" devient la requête la plus utilisée sur Google

Pendant que le mot « comment » devient la requête la plus fréquemment utilisée sur Google, nos reporters se jettent dans cette drôle de bataille sur tout le territoire. Notre enjeu, vous ternir informés alors que le monde pour près de 3,5 milliards d’humains bloqués chez eux. Et si beaucoup autour de nous se découvrent des talents d’épidémiologistes et de virologues, le nombre de malades arrivant en réanimation explose dans la moitié est de la France. Les personnels soignants dse retrouvent dans une situation de tension et de fragilité extrême pour sauver des vies en même temps qu’ils apprennent à cotoyer et lutter contre ce Coronavirus. Ces premiers mois, des milliers de papiers sont écrits. Tous ont raconté cette vie nouvelle. 

Répondre aux questions

L’incompréhension de beaucoup de ce qui se passe. L’angoisse voire la peur pour d'autres. Et puis le combat de tous les jours de quelques un.e.s. Celles et ceux qui sont « en première ligne ». Celles et ceux, les sans grades invisibles, qui permettent aux autres de continuer à vivre. Nous avons retenu une série. Nous l'avons choisie parce qu’elle raconte l’effroi et le sentiment d’impuissance. Notre condition de petits humains. Un système également qui ne protège pas les plus fragiles. Parce que vous avez été nombreux à lire. A aimer et à le dire. Parce qu’elle parle à notre âme autant qu’à nos tripes.

Raconter l'horreur

Dans cette série nous vous proposons de découvrir Léa, infirmière en Ehpad. Non pas parce que l'article a été twitté par Ariane Chemin du journal Le Monde ou cité par l’écrivaine Tatiana de Rosnay. Nous souhaitons partager une fois encore ce que nous avons ressenti en étant parmi les premiers lecteurs. Celui-là plus que les autres encore. Les larmes au fond de la gorge et l'émotion qui nous a laissé coi longtemps. Nous n'avons plus été totalement les mêmes après. On sent le coeur et la conscience de la journaliste qui l’a rédigé. Après le très long entretien par téléphone, confinement oblige, Cécile Poure, a prévu de s’atteler à sa rédaction le lendemain. La réalité de cette femme et de toutes celles qu’elle représente était tellement lourde, qu’elle se relève en pleine nuit pour l’écrire.

Un employé d'une entreprise de pompes funèbres, à l'hôpital de Mulhouse, le 5 avril 2020
Un employé d'une entreprise de pompes funèbres, à l'hôpital de Mulhouse, le 5 avril 2020 © Sébastien Bozon/AFP

Récit d'une série par Cécile Poure, journaliste à la rédaction de France3 - Strasbourg

Comme beaucoup de Français en ce beau mois d’avril, je suis assignée à résidence. Chez moi, dans un cocon hermétique, reliée au reste du monde par mon balcon et les infos. Des infos qui débitent des chiffres, tracent des courbes, croisent des données. Des experts qui donnent leurs avis doctes. Tous froids comme des morgues. La mort mathématique.

Et l’humain là-dedans il est où ? Le sentiment, l’empathie ? Où sont-ils allés ? De chez moi, télétravail oblige, je décide de leur donner une voix. A ces muets héroïques. A ceux qui souffrent et à ceux qui sauvent. Qui souffrent en sauvant. Cela prendra le temps qu’il faudra pour les trouver, pour les convaincre et bien entendu les écouter.

Ça tombe bien j’ai du temps dans mon agenda de maman au bord de la crise de nerf ... le soir. Durant trois semaines, j’ai pris mon téléphone à une main et mon courage à deux. Il n’a pas toujours été facile d’entendre ce qu’ils avaient sur le cœur.

 

Parfois, je n’en ai pas dormi de la nuit. Souvent, j’en ai pleuré. Sans la présence de mes collègues pour m’épauler, dans mon salon, j’ai tout pris dans la tronche. Ça fait mal. Pour eux. Pour nous. 

Cécile Poure

Une douzaine de portraits : urgentiste, chirurgien, ambulancier, auxiliaire de vie, aide-soignante .. sont nés du crépuscule. Des portraits dont je suis fière. Ils sont fidèles, je crois, à ces lumières dans la nuit. A tous ces hommes et ces femmes qui se sont donnés sans compter pour autrui. Qui sont sortis de là transformés. Cabossés. Hagards. Debout. Marc Noizet, Christian Prud’Hommes, Patrick Vogt ... Léa. Léa qui m’a décrit l’horreur absolue. Inimaginable. Celle qui, pour la première fois, racontait à la France ce qui se passait derrière les rideaux pudiques des Ehpad. Un drame. Une tâche indélébile sur le drapeau.

Aujourd’hui j’espère que cette série de portraits aura servi. A montrer que de la fange peut naître la beauté. Et l’espoir. Je pense encore souvent à eux. A ce qu’ils sont devenus. Je tenais aujourd’hui puisque l’occasion se présente leur dire merci.  De m’avoir donné foi dans le genre humain à défaut de croire encore aux annonces politiques. Et aux lendemains qui chantent.

"A tous ces hommes et ces femmes qui se sont donnés sans compter pour autrui."
"A tous ces hommes et ces femmes qui se sont donnés sans compter pour autrui." © Maxppp/Sébastien Botella

Un sentiment d'urgence pendant l'été

L’été 2020 passe. Pour qui se promène dans nos régions durant cette période estivale différente, il est aisé de percevoir le sentiment partagé. Nous profitons surement moins d’une part de liberté retrouvée que d’une sensation d’apaisement. D’urgence aussi pour profiter des moments qui passent dans une relative légèreté. Avec un certain discernement populaire puisque à la rentrée de septembre ce satané virus calmé par les temps chauds, nous rattrape.  Dans cet espace temps totalement marqué par le Covid19, qu’on le veuille ou non, qu’on le conscientise ou non, les événements du dernier quadrimestre prennent tous une épaisseur inconnue pour notre collectif passé au travers des guerres et des épidémies sur notre sol depuis plus 70 ans.

Tempête Alex, la sidération

A commencer par le drame vécu dans l’arrière pays niçois. Dans ce territoire rompu aux phénomènes météo de grande ampleur aux conséquences dramatiques, l’épisode d’octobre plonge non seulement la population qui en est victime dans la sidération mais fige aussi les images pour l’ensemble de la communauté nationale. Il n’est qu’à écouter, lire les témoignages des sauveteurs des premiers instants. Ils n’est qu’à voir les images, les photos des dégâts. Il n’est qu’à se laisser envahir par les témoignages des premiers concernés qui perdent leur logement, leurs moyens d’exister souvent… Et ces paysages meurtris et définitivement modifiés. Là encore le sentiment envahit chacun d’autant plus facilement que ce drame se déroule à moins d’un millier de kilomètres pour les plus éloignés des français. Et que tout le monde peut aisément replacer cette catastophe et ses conséquences dans le contexte Covid.

La rédaction d’Antibes sera avec les habitants sur le terrain. Comme beaucoup de français qui se rendront sur place. Pour apporter leur aide.

La vallée de la Roya, deux mois après la tempête Alex
La vallée de la Roya, deux mois après la tempête Alex © PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Récit d'une catastrophe météo Anne Le Hars, rédactrice en chef adjointe à France 3 Côte d'Azur

C’était annoncé en trois mots : vigilance météo rouge. Je croyais savoir, j’imaginais employer les termes « intempéries », « inondations », voire « faits divers » si la nature encore une fois, la jouait plus forte que l’homme.

Mais après ce 2 octobre 2020, c’est « solidarité » qui a surgi des flots, navigue encore depuis des semaines au fil des dons, des initiatives d’anonymes, des actions spontanées dans chaque vallée, des tombolas et autres groupes d’entraide sur les réseaux sociaux. 

Dans mes interviewes de ceux qui se sentaient oubliés, «apocalypse » a côtoyé «peur» ou «partir». Choc des mots. 

Des photos de lambeaux de maisons suspendues ont illustré des vies dans le vide elles aussi.

Pour la première fois, j’ai espéré modestement que «porter la plume dans la plaie» puisse aussi aider à la cicatriser.

 

Un procès en temps Covid

Si en mars certains avaient fait des stocks de papier toilette, entre septembre et décembre, chacun.e de nous a appris à mettre un masque une fois la pénurie disparue et les discours politiques en accord avec le bon sens sanitaire retrouvé. La mode s’est emparée de ce que certains considèrent encore malheureusement comme un colifichet. On se lave les mains souvent. Le gel hydro-alcoolique ne nous quitte plus. Ce coronavirus bouleverse toutes nos vies. Fin prêts nous le sommes en octobre pour une deuxième saison de la série à succès imposé. Notre capacité d’adaptation est mise à l’épreuve. Jusque et y compris, parce que la vie continue son cours autant que possible, quand il faut faire coïncider les mesures de prudence et les gestes barrières avec le calendrier judiciaire. Et c’est dans ces conditions particulières que se déroule le procès de Jonathann Daval. Initialement repoussé en 2021 à cause de l'épidémie, il se tient finalement du 16 au 20 novembre 2020 devant la cour d'assises de Haute-Saône à Vesoul. Pendant quelques jours les Journaux télévisés, les éditions radiophoniques et les conversations familiales ou amicales font de la place pour cette affaire.

Les parents de la victime à la sortie du tribunal, le soir du premier jour de procès à Vesoul.
Les parents de la victime à la sortie du tribunal, le soir du premier jour de procès à Vesoul. © Sarah Rebouh - France 3 Franche-Comté

Un procès inédit par Sarah Rebouh, journaliste à la rédaction de France 3 Besançon

Jonathann Daval, était accusé d’avoir tué sa femme un soir d’automne 2017 avant de dissimuler son corps, de lui mettre le feu et de mentir pendant plusieurs mois face à toutes les caméras de France.

La petite commune de Vesoul, en Haute-Saône n’est pas souvent le théâtre de faits marquants rapportés dans la presse. Là, 40 journalistes se sont massés à l’intérieur du Palais de justice, dans trois salles dédiées à cet effet ; dehors, autant de confrères de la presse nationale ou régionale étaient postés, attentifs au moindre mouvement. Bouclée durant 6 jours par des policiers armés jusqu’aux dents, la petite place du centre-ville a vécu au rythme des déclarations des différents acteurs de ce procès.

À Vesoul, à ce moment-là, le Covid-19 n’existait plus. Seuls les masques portés à longueur de journée nous le rappelaient. Personnellement, c’était la première fois depuis de longs mois que j’écrivais sur autre chose que ce satané virus. C’était également la première fois que je couvrais un procès de cette envergure. Suivre un procès d’assises, c’est plonger au cœur du système judiciaire français pour en découvrir les rouages et en constater aussi les bizarreries. La valse des experts en tout genre, les nombreux interrogatoires ou encore les plaidoiries extrêmement théâtralisées des avocats participent à faire justice.

Suivre le procès Daval, cette affaire dont tous les médias français ont parlé, fut un moment intense, haletant, long et parfois émotionnellement éprouvant, notamment lorsque les photos du corps de la victime ont été dévoilées à la salle ou lors de l’intervention des parents d’Alexia Daval. J’ai plusieurs fois tenté d’imaginer dans quelle mesure les protagonistes pouvaient supporter psychologiquement un tel événement.

Après 6 jours de procès, le verdict est tombé, validant les pronostics de certains journalistes et délivrant ainsi Vesoul. Jonathann Daval a écopé de 25 ans de prison pour le meurtre de sa femme. Nombreuses sont les personnes qui se souviendront de ce jeune homme, à la voix enfantine, frêle et craintif, qui s'est évanoui dans le box. Pourtant, peu comprendront finalement la violence de son geste et ce qui s’est réellement joué ce 28 octobre 2017, à Gray. 

Le Covid c'est aussi une crise économique

Ces congés de fin d’année prennent aussi un tour plus que différent, avec la montagne interdite de ski. Anecdotique parce que cela ne concerne que 12% au maximum des français en situation d’aller skier ? Surement pas. Il ne s’agit pas seulement des 120 000 à 150 000 salariés, essentiellement des saisonniers. Ou des  9 milliards d’euros de chiffre d’affaires générés par les 250 stations montagnardes françaises. Au delà du bilan carbone favorable de la balade en raquette, de la luge ou bien encore des joies retrouvées du ski de rando, la paralysie partielle de cette activité est représentative d’un secteur d’activité dans son ensemble. Les bars, restaurants, hôtels, boîtes de nuit. Cette montagne en sous-activité parle de notre crise économique qui touche et marque tout le monde. Dans tous les villages, dans toutes les villes.

Les stations de ski françaises emploient plus de 120 000 salariés, essentiellement des saisonniers.
Les stations de ski françaises emploient plus de 120 000 salariés, essentiellement des saisonniers. © Maxppp/ Jérémie FULLERINGER

Un style de vie bouleversé

Elle est symbolique aussi d'un pan de notre existence. Ce coronavirus bouleverse nos vies. Les jeunes obligés, au moins dans les établissements scolaires, de porter un masque, les malades qui voient reporter leur intervention chirurgicale. Le sentiment d’isolement plus grand encore pour les personnes seules. Le Covid19 malmène notre style de vie, modifie aussi en profondeur notre quotidien. Il intervient sur nos références culturelles. Boire un café au zinc avec un ami en toute simplicité, regarder les passants emmitouflés confortablement installé à une table en savourant un repas au restaurant ou donner un premier rendez-vous amoureux... Nous devons apprendre à nous en passer.

La culture souffre

Nous avons mal à notre culture aussi. Parce que la vie a été découpée entre les personnes et activités essentielles et les autres.

Les grands rendez-vous ont été annulés. Ou transformés pour exister a minima. Pour vivoter. France Télévisons qui a à coeur d’aider ce secteur, a construit des ponts entre les productions et le public en diffusant des pièces et des concerts notamment sur nos antennes numériques… Mais ce n’est pas suffisant. Autant pour assurer la survie des femmes et des hommes qui travaillent, créent, donnent à voir… Que pour nourrir les autres.

2020, l'année du...

L’imagination n’est pas en reste... Pour les créations sérieuses comme pour les plaisanteries qui aident à vivre. Sans doute parce que « La réalité est trop effrayante pour être pessimiste » l’humour a été une des activités des confinements. Internet, un outil efficace. Nous avons un faible pour l’ode à cet animal dont beaucoup ignoraient jusqu’à l’existence il y a un an et qui porterait à lui seul la faute originelle :  2020 serait un peu l’année du Pangolin. Tout le monde s’y est mis. A la suite des Césars et du renouvellement du bureau comme des votants de l’Académie dans une démarche post #Metoo, on retiendra cette parodie des tenants du statu quo avec Roman Polanski. « Personnellement, je pense qu'il faut dissocier le pangolin de son œuvre ». 

Que nous souhaiter pour l’année à venir… Une vaccination efficace surement. La campagne a commencé. Avec nos ainés, les plus vulnérables. Certains doutent. D’autres y placent beaucoup d’espoir.

De nombreux internautes se sont interrogés. Certains ont répondu déjà.

Et si les rois mages, qui devraient arriver à Bethléem le 6 janvier prochain, découvraient que l’enfant divin, né il y a quelques jours, était une fille ?

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