TÉMOIGNAGES. Coronavirus, Covid-19 : l'amour à l'épreuve du confinement

Depuis le 17 mars, la pandémie liée au coronavirus entraîne un confinement inédit de la population. Comment vit-on en couple 7j/7 et 24h/24, lorsqu'on est séparé en raison de la distance géographique, lorsque notre mariage est repoussé ou lorsque notre histoire est en suspend ? Témoignages.

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La crise sanitaire qui touche actuellement la France, en raison de la pandémie liée au coronavirus, a changé profondément nos modes de vie, et ce du jour au lendemain. Le confinement met nos nerfs à vif et nous oblige à nous adapter à une situation hors du commun, que personne n'avait prévue. En France, plus de 30 millions de personnes vivent en couple. En Chine, où le déconfinement progressif de la population a débuté, le nombre de divorces et de séparations a explosé. 

Vivre le confinement en couple, c'est pour beaucoup passer ses journées dans un espace restreint avec sa moitié. Vivre le confinement seul, c'est supporter l'isolement et le manque de lien social.
 

Les couples séparés par une frontière


Pour certains, la distance et la séparation physique se sont invitées au sein du couple. C'est le cas de Sophie*, une Franc-Comtoise de 32 ans. Cette dernière a rencontré Vincent presque 3 mois avant le début du confinement. Comme de nombreux couples frontaliers franco-suisse, les amoureux sont séparés, chacun dans leur pays respectif, depuis le 17 mars.

Les frontières suisses et françaises sont désormais fermées et nul ne peut savoir quand elles rouvriront. "Quand j’ai appris la nouvelle, cela ne m’a pas trop inquiétée sur le coup. Mais je ne pensais pas que cela durerait autant. Aujourd’hui je commence à trouver le temps long. Nous avions des projets qui n’ont pas pu se concrétiser, donc forcément je ressens un peu de déception et de frustration" nous confie Sophie.

Pour les couples formés récemment, la situation est propice aux remises en question et aux appréhensions. C'est dans les premiers mois d'une relation que se forgent les affinités et les points communs. Le confinement redistribue inévitablement les cartes, comme le détaille Sophie, qui ne s'attendait évidemment pas à vivre une telle situation : "Parfois, je me dis que cela ne tiendra pas et parfois, je me dis qu’on est en train de se souder, en se soutenant. On communique toujours autant et on est encore en train d’apprendre à se connaître. Je lui fais part de mes doutes et lui se montre toujours rassurant. Ça compense !"
 
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Certains foyers francs-comtois se retrouvent dans des situations extrêmement anxiogènes. Benjamin et Elodie habitent Belfort. Les deux amoureux ont été obligés d'ajuster entièrement leurs rapports personnels et les contacts avec leurs deux enfants, en raison de la profession d'Elodie, aide-soignante dans un établissement pour personnes âgées.

"Ma femme et moi n'avons pas de rapport physique depuis début mars. On a arrêté les bisous avec les enfants aussi. On 'check du coude' pour se dire bonjour. La gestion du linge, c'est tout bête, mais ce sont des règles de colocation. Elle doit faire son linge à elle et celui de son boulot, car ça ne va pas assez vite à l'Ehpad, à cause des règles de sécurité. Avec les enfants, c'est difficile. On a aussi besoin de se raccrocher à eux. On ne se projette pas trop loin à vrai dire, on prend chaque jour l'un après l'autre"  confie Benjamin.
 

Les mariages reportés... ou pas


Pour d'autres couples de longue date, les projets sont également à l'arrêt. C'est le cas d'Elodie, originaire de Dijon et Baptiste, originaire du Pays de Montbéliard. Les deux trentenaires vivent ensemble depuis plusieurs années, dans le sud de la France. Ils ont deux adorables petites filles et avaient prévu de se marier le 2 mai, entourés de leurs familles et de nombreux amis. Malheureusement, leur mariage prévu le 2 mai a dû être reporté. Impossible pour le jeune couple d'imaginer se marier en petit comité. "Se marier avec quelques invités, ce n'était pas du tout ce qu'on souhaitait. On a sorti environ 15 000 euros. Ce sont les économies de nos petites vies, et on veut que ce soit le jour rêvé. On voulait que tout le monde soit là" témoigne Elodie, tout en précisant que les bagues gravées et les cadeaux des invités resteront à la date du 2 mai.

Par chance, leur reactivité a été bénéfique puisque l'ensemble de leurs prestataires ont répondu présents pour la nouvelle date, le 10 octobre. "On a pris la décision de reporter assez vite, trois jours après l'annonce du confinement. On a eu une chance folle, car la dizaine de prestataires étaient disponibles pour le 10 octobre, donc gros coup de bol" se réjouit-elle.

Et d'ajouter : "Plus on approche de la date, plus je le vis difficilement. Dans le sens ou je reçois tous les messages des choses annulées, les choses de dernière minute. Je voulais un mariage de printemps, et je me retrouve avec un mariage d'automne, mais on relativise... Tout le monde va bien. Notre mariage est décalé mais finalement ce n'est pas si grave".

Si certains ont souhaité différer leur mariage, d'autres ont choisi de le maintenir, même pendant le confinement. Franck et Angélique se sont mariés à domicile, jeudi 26 mars, à Besançon. Mariés religieusement au Vietnam en 1995, les deux tourteraux voulaient officialiser leur union en France. Ils pensaient se dire oui à la mairie, en mars. Finalement, c'est un adjoint au maire qui s'est déplacé chez eux, dans la stricte intimité et dans le respect des règles sanitaires (découvrir leur histoire).
 
Franck et Angélique se sont mariés à Besançon, pendant le confinement.
Franck et Angélique se sont mariés à Besançon, pendant le confinement. © Fabienne Le Moing - France 3 Franche-Comté

Pour les couples âgés, la situation est sûrement moins perturbante que pour les couples fraîchement unis. "Oh tu sais, nous, ça fait des années qu'on est confinés" plaisante Jeannine, âgée de 86 ans. Elle et son mari sont confinés dans leur appartement, dans le pays de Montbéliard. Pour eux, le quotidien n'a pas énormément changé. Après plus de 60 ans de mariage, les deux Hauts-Saônois d'origine ont l'habitude de vivre ensemble et de traverser le temps, l'un à côté de l'autre. 


En break, mais confinés ensemble


Jordan* et Lucie*, deux jeunes francs-comtois, vivent une situation quelque peu inédite. Après près de 10 ans de vie commune, ils ont choisi de faire un break dans leur relation, un peu plus d'un mois avant la mise en place du confinement. Ils vivaient alors séparemment.

Face à cette situation inédite, ils ont décidé de mettre leurs differends de côté et de se confiner ensemble, dans leur appartement commun, occupé durant le break par Jordan. "On a décidé de vivre ça ensemble, plutôt que chacun de son côté car on en avait envie tout simplement. Vivre cette expérience seul nous semblait compliqué et le fait de pouvoir compter l’un sur l’autre était rassurant. Honnêtement, nous n’aurions pas opté pour revivre ensemble dans l’immédiat, mais ces conditions particulières ont changé la donne et nous sommes ravis de vivre ça ensemble et ça se passe pour le mieux. C’est même plutôt agréable" détaille le jeune homme.

Eux aussi, vivent les choses au jour le jour sans trop se poser de questions. "Concernant la suite, à ce jour on vit sans penser à cela et on prendra une décision ensemble quand tout sera terminé, pour notre avenir. Si cela se prolonge ce sera long mais pas désagréable, on commence à prendre notre rythme de croisière mais il resterait préférable que nous retrouvions un peu de liberté au plus vite, bien évidemment..." tempère Jordan.
 

Et les célibataires ?


Selon une étude de stat-rencontres.fr, l’audience des sites des rencontre est en chute libre depuis le confinement : 45 % pour ceux consultés depuis un ordinateur, 65 % pour les applications de rencontre et 70 % pour les sites organisant des sorties entre célibataires. 

Comment aborder la question de l'amour et des relations intimes pendant le confinement sans parler de la situation des célibataires ? Pour eux, cette période est également très particulière. Dans la vie quotidienne, les rencontres et les opportunités de créer des liens sentimentaux et charnels sont nombreux, en plus des moyens numériques pour faire le premier pas. Enfermés dans nos appartements, les opportunités sont réduites au strict minimum : les échanges virtuels mais sans espoir de rencontre immédiate.

Certains ont pris les devants en se confinant avec leur "match Tinder", après un seul rendez-vous, comme le rapportent nos confrères d'Actu.fr : "Passer directement à la cohabitation après un seul rendez-vous peut paraître dingue mais Baptiste avait l’air normal, ce qui est plutôt un bon point sur Tinder. Et puis il y avait un vrai feeling entre nous, on partage les mêmes valeurs et on a les mêmes attentes de la vie de couple" témoigne Elodie. 

Maxime*, célibataire bisontin de 26 ans, n'hésite pas à le dire : "Je commence un peu à craquer. J'en ai marre. Vivre seul dans un appartement c'est difficile..."

D'autres, dont le célibat est choisi, supportent la situation de manière plus douce. C'est le cas de Natasha*, une Bisontine de 31 ans, célibataire sans enfant. "Bien sûr, comme beaucoup, la vie sociale et collective me manquent, l'affection et le contact physique aussi. Mais je suis sortie de l'amour romantique depuis un moment déjà, donc vivre seule et gérer la solitude, je connais. Je ne me plains pas" détaille-t-elle.

Elle discute régulièrement avec des anciennes connaissances ou des ex et pratique parfois le sexting (le fait d'envoyer et recevoir électroniquement des textes ou des photographies sexuellement explicites via le téléphone portable). Natasha a d'ailleurs remarqué que le confinement donnait beaucoup d'idées à certains hommes, quand d'autres en profitent pour "retenter leur chance virtuellement". "La frustration monte de leur côté et ils doivent éplucher leurs contacts" explique-t-elle.

Elle en profite d'ailleurs pour leur passer un message : "Petite dédicace aux hommes cisgenre hétérosexuels, célibataires ou pas, qui depuis le confinement me contactent à des fins sensuelles et sexuelles : la frustration monte et vous cherchez sûrement des soupapes de décompression en utilisant virtuellement d'autres personnes pour vous satisfaire sexuellement, gratuitement et sans conséquence dans votre vie réelle. Vous êtes le reflet de notre société de consommation, patriarcale, sexiste et hypocrite, en faisant passer votre satisfaction avant toutes choses ! Moins d'égoisme, plus d'empathie et de solidarité ! En tout cas c'est dans ce genre de monde que j'aimerais vivre" conclut-elle.

* Les prénoms ont été modifiés pour respecter l'anonymat.
 
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