Affaire Grégory : auditions, stylographie, ADN, ce que l'on sait des nouvelles investigations conduites à Dijon

C'est un feuilleton judiciaire qui dure depuis 36 ans. Ces dernières semaines, de nouvelles auditions ont eu lieu a la chambre d'instruction de la cour d'appel de Dijon. Les enquêteurs attendent également les résultats de nouvelles expertises graphologiques pour identifier le corbeau.

Grégory Villemin avait 4 ans quand il a été retrouvé noyé, pieds et poings liés, dans la Vologne le 16 octobre 1984.
Grégory Villemin avait 4 ans quand il a été retrouvé noyé, pieds et poings liés, dans la Vologne le 16 octobre 1984. © France 3 Lorraine

L'enquête se poursuit pour retrouver le ou les responsables de la mort de Grégory Villemin. En 1984, le corps du garconnet de 4 ans était découvert sans vie dans les eaux de la Vologne (Vosges). Trente-six ans plus tard, c'est la chambre d'instruction de la cour d'appel de Dijon qui conduit l'enquête.

Un an après les derniers actes de procédures importants, de nouvelles auditions viennent d'avoir lieu. "Le président de la chambre de l'instruction a procédé depuis quelques semaines à des auditions dans ce dossier" confirme Thierry Pocquet du Haut-Jussé, procureur général à Dijon. 

 

Qui sont les nouvelles personnes entendues ? 

Selon non informations, les personnes entendues par le magistrat ne font pas partie des suspects déjà auditionnés. Il ne s'agit ni de Murielle Bolle, ni des époux Jacob (grand oncle et grande tante de Grégory) qui avaient été mis en examen à l'été 2017 avant que la procédure soit annulée pour des questions de procédure. Il ne s'agit pas non plus de Marie-Ange Laroche, l'ex-épouse de Bernard Laroche, l'homme suspecté d'avoir enlevé Grégory avant d'être assassiné par Jean-Marie Villemin, le père du petit Grégory. 

Selon nos confrères du Parisien, il s'agirait plutôt d'auditions de témoins qui ont évolué dans la région de Lépange-sur-Vologne au moment de l'affaire en 1984, notammment des enquêteurs et des journalistes. 

Ces auditions ne sont qu'une demi-surprise. En janvier 2020, l'ancien procureur général de Dijon, Jean-Jacques Bosc, l'envisageait déjà. "Je pense effectivement qu'il y aura de nouvelles auditions, ça c'est certain. Mais enfin, ce sera au président de la chambre de l'instruction et à la chambre de l'instruction de le décider quand elle l'estimera nécessaire" confiait-il. 

Une nouvelle expertise poour identifier le corbeau

A l'époque, le magistrat se montrait "confiant" sur les chances "d'approcher la vérité". Il attendait notamment le résultat de nouvelles expertises graphologiques, ordonnées en décembre 2017 par la juge Claire Barbier. 

Selon le journal le Parisien, il s'agit d'une expertise en "stylométrie" confiée à une entreprise suisse. Celle-ci pourrait permettre d'identifier le corbeau qui avait envoyé des dizaines de lettre de menaces aux parents et à la famille du Petit Grégory. L'expertise s'appuie notamment sur la syntaxe, le style des courriers envoyés par le corbeau et les documents manuscrits saisis chez divers protagonistes de l'enquête. 

Des expertises qui peuvent être "très approximatives" selon Maitre Fréderic Berna, l'avocat de Jacqueline Jacob, la grand-tante de Grégory. "La stylométrie est une méthode incertaine car on ne la pratique pas en France. Il faut aller en Suisse, dans un laboratoire privé qui n'est pas agréé par la justice française". Et il ajoute : "ce n'est pas une science exacte, et s'agissant de Madame Jacob, on va essayer de lui attribuer un style littéraire qui correspond à celui du corbeau à partir de cartes postales saisies pendant une perquisition. Il faut quand même bien faire attention". 

"L'expertise mentionnée n'est pas à ce jour versée au dossier de la cour" précise de son coté le procureur général à Dijon, Thierry Pocquet du Haut-Jussé. 

 

Les parents Villemin demandent de nouvelles expertises ADN

L'avocate des parents Villemin, Maitre Marie-Christine Chastant-Morand était ce mercredi matin à la cour d'appel de Dijon. Elle demande, au nom de ses clients, que de nouvelles méthodes de recherche d’ADN soit utilisée dans cette affaire. Celle-ci pourraient concerner des expertises d'ADN de parentèle qui pourraient permettre de déterminer le sexe, la couleur des yeux ou des cheveux du corbeau.

L'avocate demande également que 37 personnes supplémentaires soient soumises à des prévélements ADN. Ce sont des personnes dans l’entourage professionnel et personnel de la famille, et des jeunes filles qui étaient au collège avec Murielle Bolle.

Les avocats des parents du petit Grégory "attendent beaucoup" des auditions et des récentes avancées de l'enquête. "Ce que souhaitent Christine et Jean-Marie Villemin, c'est que la justice puisse mettre en oeuvre toutes les nouvelles techniques d'aide à l'enquête. L'ADN n'a pas dit son dernier mot" veut croire Maitre Marie-Christine Chastant-Morand.

De nouvelles auditions devraient avoir lieu prochainement.

Interview Maitre Marie-Christine Chastant-Morand

Une relance après deux revers

En janvier 2020, la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Paris avait décidé d'annuler la garde à vue de Murielle Bolle en 1984. Celle-ci avait été réalisée sans la présence d'un avocat. Adolescente à l'époque, elle mettait en cause son beau-frère Bernard Laroche dans l'enlèvement de l'enfant. Les mêmes déclaration de Murielle Bolle auprès du juge demeurent cependant au dossier. 

En mai 2018, les mises en examen de Murielle Bolle et des époux Jacob, soupçonnés d'être les corbeaux avaient elles-aussi été annulées pour raisons de procédures. 

 

 

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