Bientôt mis en service : 4 questions sur le méga méthaniseur de Cérilly en Côte-d'Or

Démarré à la mi 2022, l'immense chantier, porté par 150 agriculteurs adhérents de la coopérative Dijon Céréales, arrive à son terme. Le méthaniseur devrait être mis en service au plus tard début mai.

Un investissement de 95 millions d'euros. Une somme colossale pour ce qui est présenté comme l'un des plus gros méthaniseurs de l'Hexagone. Près de cinq années après les premiers croquis du projet, le méthaniseur de Cérilly devrait bientôt débuter sa production de gaz, et couvrir les besoins de 15% des foyers de Côte-d'Or dès le mois de mai.

Soutenu par 150 agriculteurs, le méthaniseur doit permettre de produire des énergies renouvelables, d'assurer un revenu aux producteurs et de réduire les importations de gaz. À un mois de la production des premiers mètres cubes de biogaz, voici 4 questions sur ce méthaniseur.

1. Comment va-t-il fonctionner ?

Produire de l'énergie renouvelable tout en traitant des déchets : la méthanisation se veut comme l'une des solutions pour tendre à une émancipation de la France face aux importations de gaz. Pour y parvenir, le pays s'appuie sur des sites comme celui de Cérilly. Concrètement, ce dernier ne va quasiment consommer que du seigle fourrager cultivé par les 150 agriculteurs adhérents, qui représentent 5000 hectares en tout.

Le reste est constitué d'autres déchets issus du triage des céréales. En termes de rendement énergétique, la première phase du méthaniseur permettra de fabriquer 200 000 MegaWatt heures de gaz, soit 15% de la consommation des ménages de Côte-d'Or, la phase 2 dans cinq ans produira 400 000 MWh de gaz.

2. À quoi ressemble-t-il ?

Le site s'étend sur 15 hectares entre Cérilly et Sainte-Colombe-sur-Seine. Il longe la route départementale 965 sur plus de 140 000 mètres carrés et se compose de plusieurs éléments : des silos de stockage de la biomasse végétale, les digesteurs, les cuves de stockage, et d'autres bâtiments...

3. Pourquoi son implantation fait-elle débat ? 

Aujourd'hui, le projet divise encore les habitants. Pendant les travaux, plusieurs manifestations ont eu lieu à Cérilly pour protester contre la construction du méthaniseur. Le collectif "Méga méthaniseur ni ici ni ailleurs" dénonce "une aberration écologique et une folie agricole"

Les opposants voient dans le projet un risque de destruction de la faune, des nuisances pour les riverains à cause des camions. Ils craignent également un dérèglement des cultures.

D'après Thomas Maurice, co-porte-parole de la Confédération Paysanne de Côte-d'Or, "le méthaniseur ne sera pas alimenté par des déchets, mais par du seigle fourrager. On ne va pas valoriser de déchets, du moins très peu, mais on va utiliser une culture de type CIVE (culture intermédiaire à vocation énergétique), du seigle fourrager, qui par sa récolte tardive, compromet les autres cultures."

Il dénonce "un détournement de terres agricoles. Ce sont plus de 5000 hectares de terres qui vont être dédiées à l'alimentation de ce méthaniseur."

4. Quels sont les arguments de Dijon Céréales ?

L'argument principal avancé, c'est le fait de pouvoir retrouver une rotation des cultures de façon vertueuse. "Dans le monde agricole, on est obligé de couvrir le sol avec deux cultures," explique le directeur de Dijon Céréales Christophe Richardot. "Vous produisez une culture comme le blé, que vous semez en octobre, que vous récoltez en juillet, derrière, vous voulez mettre une culture de printemps et c'est important pour les rotations.

Vous avez l'obligation de couvrir les sols pendant l'hiver. Cette culture doit avoir une vocation de piège à nitrates et limiter l'érosion. Elle est en général broyée par l'agriculteur au mois d'avril-mai avant implantation d'une nouvelle culture."