Restos du Cœur : une campagne d'hiver sous le signe de l'urgence en Côte-d'Or

En Côte-d'Or, la campagne d'hiver des Restos du Cœur s'ouvre ces lundi 21 et mardi 22 novembre. L'association s'estime prête à faire face à une nouvelle saison... mais s'attend à une explosion du nombre de demandeurs.

Inflation galopante, flambée des prix de l'énergie et du carburant... l'hiver s'annonce rude pour bon nombre de Français. Mi-novembre, le Secours catholique publiait un rapport annuel qui faisait état d'une inquiétante hausse de la pauvreté dans l'hexagone. Un constat partagé par les Restos du Cœur qui craignent une explosion du nombre de demandeurs, alors que s'ouvre ces lundi 21 et mardi 22 novembre leur campagne hivernale.

"Le contexte est très délicat", prévient Didier Bouillon, président de l'association en Côte-d'Or. "Entre la crise énergétique et la hausse du coût de la vie, ça impacte forcément la population et il y aura vraisemblablement plus de monde. Mais ça n'a pas commencé seulement cet hiver, on a déjà constaté une augmentation importante des personnes accueillies cet été." Pour cause, l'association a accueilli 7 837 bénéficiaires au cours de l'été 2022, contre 6 050 un an auparavant. Soit une augmentation de près de 30%.

Près de 50% des bénéficiaires en Côte-d'Or ont moins de 25 ans

Dans son rapport annuel pour l'année 2022, l'UNEF, l'un des principaux syndicats étudiants, estimait à 6,47% la hausse du coût de la vie étudiante en 2022-2023 (l'équivalent de 428,22 euros par an, ou 37,7 euros par mois). Un phénomène qui contraint de plus en plus d'étudiants à recourir à l'aide alimentaire, en témoignent les longues files d'attente devant les points de distribution. "Ce n'est pas le cas aux Restos à Dijon", nuance Didier Bouillon. "Sur le campus, le CROUS s'est organisé. L'université a aussi soutenu la mise en place d'une association qui travaille via des épiceries solidaires, la FEBIA, qu'on a aidé à s'installer."

Les étudiants, c'est un cas particulier. On en reçoit assez peu aux Restos à Dijon, dans la mesure où ils ont accès à de l'aide sur place sur le campus.

Didier Bouillon,

président des Restos du Cœur de Côte-d'Or

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Le bilan reste cependant inquiétant : dans le département, près de 50% des bénéficiaires de l'association ont moins de 25 ans. "Bien sûr, on compte dedans les enfants qui viennent avec leurs parents, et nos statistiques ne sont pas forcément parfaites", précise le président. "Dans ce pourcentage, on a aussi des jeunes qui n'ont pas d'emploi ou qui viennent d'en obtenir un. Mais au-delà de ça, il y a également des retraités qui sont en précarité à cause de leurs faibles pensions."

"On cherche toujours des bénévoles"

L'association dispose d'environ 600 sur l'ensemble de la Côte-d'Or (70 000 en France), répartis entre 24 centres d'activités. Un chiffre resté stable malgré la crise sanitaire et qui devrait suffire à faire face à la situation - "on estime qu'on est prêt et qu'on est en mesure d'accueillir tout le monde", nous indique Didier Bouillon.

Mais, poursuit-il, cela ne signifie pas pour autant qu'il n'existe pas de besoins. Car qui dit augmentation du nombre de demandeurs dit nécessité de les accueillir. "On cherche toujours des bénévoles. On en a toujours besoin pour les centres d'activités et pour les activités complémentaires à la distribution."

Face à l'urgence, une aide de l'État et des barèmes "plus favorables" pour les nécessiteux

Pour faire face à l'explosion du nombre de demandeurs, le ministre des Solidarités Jean-Christophe Combe a annoncé le 9 septembre dernier une aide de 55 millions d'euros pour aider les associations d'aide alimentaire. Pour les Restos du Cœur, cet argent doit permettre d'effectuer des achats supplémentaires pour les bénéficiaires.

Outre cette aide de l'État, l'antenne de Côte-d'Or pioche dans ses réserves pour réaliser des approvisionnements additionnels. Les Restos ont également retravaillé les barèmes d'inscription, de façon à accueillir plus de personnes en détresse. "Quand les gens s'inscrivent, ils disposent de points en fonction de leurs moyens", explique Didier Bouillon. "En revoyant le barème, on prend en compte des critères qui ne l'étaient pas forcément avant, comme les charges locatives."

On a changé les barèmes pour qu'ils soient plus favorables aux personnes accueillies.

Didier Bouillon,

président des Restos du Cœur de Côte-d'Or

Pour rappel, au cours de la campagne 2020/2021, les Restos du Cœur de Côte-d'Or ont accueilli 11 000 personnes et distribué plus d'un million de repas.