Un an après la "beuverie" au salon de l'agriculture, la direction rassure, les exposants appréhendent : "on n'est pas la police"

L'édition 2023 du salon international de l'agriculture à Paris avait été marquée par des images de nombreux visiteurs saouls, dès le début du salon. Cette année, la direction prend des mesures plus fortes, mais les exposants attendent de voir.

"2023, c'était l'apothéose, le record du débordement ! Honteux." Charles Vignon, vendeur de vins de Bourgogne, vient au salon de l'agriculture depuis de nombreuses années. Mais comme beaucoup d'autres exposants, il se souvient d'une édition 2023 particulièrement marquée par une consommation excessive d'alcool de la part des visiteurs.

"L'an dernier, je n'avais jamais vu ça", confirme Michel Saban, propriétaire-récoltant au domaine du Palais de Nuits-Saint-Georges. "C’était une clientèle très très jeune, genre 18-25 ans. Ils venaient au salon pour repartir excités par l’alcool." Un phénomène de "beuverie" que France 3 Bourgogne avait documenté l'année dernière dans cet article.

Pas de pintes les week-ends, 30 % d'agents de sécurité supplémentaires

C'est vrai qu'à la fin du premier samedi d'ouverture, l'image n'était pas reluisante : cadavres de bouteilles, détritus par terre, visiteurs ivres, errant et titubant dans les allées du salon... Ces images peu glorieuses, "on ne veut pas les revoir, elles ont fait du tort au salon et aux exposants", affirme la directrice du salon de l'agriculture Valérie Le Roy, interrogé par France 3 Bourgogne ce 23 février à la veille de l'ouverture.

A LIRE AUSSI : “Beuverie” au Salon de l'Agriculture 2023 : “On ne peut que déplorer ce qui s’est passé”, réagit la direction du SIA

Cette année, les organisateurs ont donc pris des mesures supplémentaires : 

  • Le week-end, les exposants ne serviront pas de pintes et d'alcool en grands contenants.
  • Durant tout le salon, les exposants ne vendront pas de bouteilles ouvertes. Plus généralement, l'alcool ne devra pas être vendu pour être consommé en-dehors des stands.
  • 30 % d'agents de sécurité supplémentaires ont été embauchés, "qui vont sillonner, en tenue ou en civil, les allées les plus exposées à la consommation d'alcool", détaille la directrice.
  • Des brigades de "sentinelles" et de "désoiffeurs" seront déployés dans les allées pour être "les yeux et les oreilles" du salon.
  • Davantage de points d'eau seront accessibles. "Après l'année dernière, on a discuté avec des gens spécialisés en encadrement médical et pédagogique sur des festivals, et on s'est rendus compte qu'on avait deux "points noirs" : l'accès aux toilettes et à l'eau", explique Valérie Le Roy. Le salon a donc installé 50 fontaines à eau aux abords des toilettes, ainsi que des rangées de robinets dans les allées extérieures, pour que les visiteurs puissent recharger leurs gourdes ou leurs verres.

De la pédagogie, puis des sanctions

La direction du salon de l'agriculture mise d'abord sur la pédagogie, mais pourra passer aux sanctions en cas de problème. D'abord, les "désoiffeurs" sont là pour dialoguer avec les visiteurs : équipés de sacs à dos type camel-back, "ils feront de la pédagogie, parleront de la SIAttitude, et s'ils voient des gens qui ont déjà un peu bu, ils leur proposeront de faire un break en buvant de l'eau", indique Valérie Le Roy.

"Si ça ne suffit pas, on passe aux sanctions", poursuit la directrice.

"Un exposant qui contreviendrait aux règles pourra recevoir un avertissement, qui pourra être suivi d'une mise en demeure pouvant être immédiatement suivie d'une fermeture de stand."

Valérie Le Roy

directrice du salon international de l'agriculture

Cette disposition, la possibilité de faire fermer un stand qui ne respecterait pas les règles, est une nouveauté au salon de l'agriculture.

Quant aux visiteurs, "s'ils sont un peu gais, légèrement avinés, c'est OK", rassure la directrice, "il y a toujours eu cela au salon". "Mais si ce sont des visiteurs tellement avinés qu'ils portent préjudice au bon déroulement du salon, là, ils seront raccompagnés à la sortie."

"Après, on ne peut pas tout contrôler..."

Les producteurs, de leur côté, confirment les consignes qui leur ont été données : "On peut vendre des verres, mais pas de bouteilles ouvertes", note Vincent Fabrici, du domaine de la Tour à Lignorelles près de Chablis (Yonne). "Après, on ne peut pas tout contrôler..." Une crainte partagée par plusieurs exposants à qui nous avons posé la question.

"J'ai beaucoup d'appréhension", confie Charles Vignon. "C'est bien que le salon ait de la bonne volonté, mais je ne vois pas comment ils peuvent maîtriser ça. Déjà, il faut voir comment ça se déroule avec le mouvement de colère des agriculteurs. Je redoute l'insécurité, les groupes complètement saouls... Ca peut déborder."

"On n'est pas là pour servir des coups à boire"

Certains craignent de devoir faire la police. "On nous a bien fait passer le message de surveiller qui on sert, mais c'est difficile", regrette Michel Saban, du domaine du Palais à Nuits-Saint-Georges. "Nous, on vend à la commande mais des fois les clients veulent goûter les bouteilles sur stand ; je ne peux pas leur dire non." Il redoute aussi les conséquences d'un refus de servir certains clients trop éméchés.

"L’an dernier, on a refusé des gens et en retour, ils nous ont mis des commentaires négatifs sur internet."

Michel Saban

domaine du Palais, Nuits-Saint-Georges

Le vigneron rappelle surtout que le salon de l'agriculture n'est pas un festival... et que les producteurs ne sont pas des patrons de bar. "Nous, on est pas là pour servir des coups à boire. On veut bien offrir des dégustations, parce que ça nous fait plaisir. Mais mon métier, c'est de faire du vin et de le vendre. Mais si les gens sont stupides et ont envie de boire, ce n'est pas mon rôle de faire la police..."

"Je ne suis pas la police ! On nous demande de jouer un rôle qui n'est pas le nôtre."

Michel Saban

domaine du Palais, Nuits-Saint-Georges

La direction espère "un net progrès" par rapport à 2023

En réponse, la direction du salon promet d'accompagner au mieux les exposants. "Quand ils disent qu'ils ne sont pas la police, je comprends, c'est normal. Ils verront, normalement, le nombre d'encadrants qu'on déploie sur le terrain et qui devraient pouvoir les aider", promet Valérie Le Roy.

Les exposants disposent aussi d'un numéro permettant de joindre la sécurité du salon, 24 heures sur 24, en cas de problème. "Le risque zéro n'existe pas, mais avec tout ce que l'on a mis en place, on devrait voir un net progrès", conclut la directrice du salon de l'agriculture.

Le salon international de l'agriculture a lieu à Paris, porte de Versailles, du samedi 24 février au dimanche 3 mars.