Laurence, gérante de boucherie et médaillée au salon de l'agriculture : "les femmes ont gagné des galons dans le métier"

La boucherie Au tendre charolais de Givry (Saône-et-Loire) a remporté une médaille d'argent au salon de l'agriculture 2024. Fait notable : sa co-gérante, Laurence Badet, fait partie des rares femmes dirigeantes dans ce milieu.

Pascal Moine et Laurence Badet sont fiers. Leur entrecôte Label Rouge a remporté la médaille d'argent au concours général agricole du salon de l'agriculture 2024, grâce à la qualité de son grain, sa finesse, sa tendreté et son bel aspect. Une jolie récompense pour les patrons de la boucherie Au tendre charolais, qui travaillent ensemble depuis 2002 et ont ouvert leur SARL en 2008. Leur viande est exclusivement Label Rouge, la charcuterie est maison et les plats cuisinés aussi.

La féminisation du métier commence à se voir

Nous en avons profité pour interroger Laurence sur son métier de bouchère, au féminin. Car elle est l'une des rares femmes dans la profession, qui plus est gérante. "Ça reste un milieu très masculin", confirme-t-elle, "mais on voit désormais des jeunes filles dans les CFA. En 2023, pour la première fois, une femme a été sacrée Meilleure Ouvrier de France !" (Il s'agit de Stéphanie Hein, bouchère en Touraine.) "C'est quand même beau", se réjouit Laurence.

Les femmes ont gagné des galons, on voit cette évolution dans le métier.

Laurence Badet

bouchère et co-gérante du Tendre charolais

À l'époque où Laurence a commencé, il n'y avait pas de formation en boucherie pour les femmes. Elle a appris en faisant, employée par son mari boucher. "Il m'a mis un couteau dans les mains en 1985 et j'ai appris sur le tas."

Elle rencontre Pascal en 2002. Ils sont alors employés dans la même boucherie de Rully. Plus tard, ils reprennent la boutique de Givry et s'y installent en associés. Depuis, ils ne se quittent plus. "En 20 ans, on a passé plus de temps ensemble qu'avec nos conjoints respectifs !" rigole Pascal. 

"Ça forge le caractère"

"Il n'y a jamais eu aucun problème avec Pascal, il n'est pas du tout misogyne", affirme Laurence. "Est-ce que j'ai de la chance ? En tout cas, je n'ai jamais eu de souci, ni avec nos ouvriers, ni avec les clients." Sauf une fois, dans l'ancienne boucherie de Rully.

Il y avait une femme qui faisait partie des clients "chiants" et qui m'a clairement fait comprendre qu'elle voulait que ce soit Pascal qui la serve !

Laurence Badet

bouchère et co-gérante du Tendre charolais

"Par contre, en aucun cas je ne me serais laissé marcher sur les pieds. Comme c'est un milieu d'hommes, ça forge le caractère, il faut toujours montrer qu'on est là."

Aujourd'hui, Laurence est la seule femme dans sa boutique, entourée de six hommes. "Et il n'y a aucun problème. Si les garçons veulent raconter une bêtise, ils me le disent de la même manière qu'à un homme !"

Pascal, lui, est catégorique. "Je ne me serais jamais associé avec un homme. Il y a toujours des conflits d'ego. Entre nous, avec Laurence, il n'y a pas de rapport de force." Et il le reconnaît bien volontiers : son associée est plus minutieuse que lui. "Nous, les hommes, quand on nettoie, c'est toujours "à peu près"... Laurence, elle fignole."

Le regret de "n'avoir jamais trouvé une apprentie"

Aujourd'hui, Laurence a 61 ans et Pascal 63. Ils commencent à songer à la retraite, mais pas avant trois ans, le temps de rembourser les gros emprunts réalisés pour moderniser le magasin. "Mon grand regret", confie Pascal, "c'est de ne jamais avoir pu trouver une apprentie au féminin". 

Pour lui, qui est aussi président des bouchers-charcutiers-traiteurs de Saône-et-Loire, "la féminisation du métier est hyper importante". "Les anciens bouchers comme moi le savent et le constatent : les femmes travaillent toujours plus finement que les hommes." 

Peut-être que certaines se mettent des freins toutes seules

Pascal

boucher et co-gérant du Tendre charolais

Le monde de la boucherie pâtit sans doute d'une image encore trop "grossière" : les mains dans la viande, le tablier plein de sang, les odeurs... Laurence, elle, a longtemps été pénalisée par les inégalités plus globales des femmes dans la société. "Quand je travaillais avec mon mari, j'étais considérée comme "conjointe d'artisan" et je ne cotisais pas pour la retraite. La loi n'a changé qu'en 2007. J'ai perdu 12 ans de cotisations !" Résultat : elle pourrait partir en retraite dès l'année prochaine, mais avec... 733 euros de pension par mois. 

De toutes manières, pour l'instant, ni l'un ni l'autre n'a envie de raccrocher son tablier. Un de leurs ouvriers pourrait être intéressé pour reprendre l'affaire, mais les patrons se laissent du temps. En attendant, vous pouvez rencontrer Laurence et Pascal au Tendre charolais, rue de la République à Givry.