"Le Creusot est surnommé la Petite Hollande' : comment les gendarmes luttent contre le trafic de drogue à la campagne

En France, plus un seul territoire n’échappe à la drogue. La lutte contre le trafic de stupéfiants est une priorité nationale pour les autorités. Les gendarmes sont en première ligne pour démanteler les réseaux en zone rurale. Reportage en Saône-en-Loire.

Ce reportage est extrait de notre émission "Enquêtes de région", à retrouver sur france.tv et ce mercredi 31 janvier à 23h20 sur France 3.

“Est-ce que vous avez consommé des stupéfiants ?” Sur le terrain, le point de départ d’une enquête peut prendre l’apparence d’un simple contrôle routier. Les tests salivaires permettent de détecter en quelques minutes seulement la présence de différents types de drogue : cannabis, cocaïne, héroïne, ecstasy et amphétamines. En zone rurale, on trouve de tout. 

Le point commun avec le trafic dans les grandes ville c’est bien la large gamme de produits proposées : cannabis, résine ou herbe, de la cocaïne et de l’héroïne qui est en plein essor.

Chef d'escadron Quentin

compagnie de gendarmerie de Charolles

“C’est en réalisant ce genre de dépistage aux produits stupéfiants que nous pouvons réaliser des perquisitions à domicile pour interpeller des consommateurs voire des trafiquants”, précise le Chef d’Escadron Quentin. Il dirige la compagnie de gendarmerie de Charolles, en Saône-et-Loire.

►À LIRE AUSSI : TEMOIGNAGES. "Il y a quelques jours, j'ai fait une overdose" : dans l'enfer du quotidien des toxicomanes à la campagne

S’ils s’appuient sur des contrôles sur la voie publique ou au bord des routes, les gendarmes peuvent aussi faire des découvertes au cours d’une intervention : “Régulièrement lorsque nous sommes sollicités dans le cadre de violences intrafamiliales, nous pouvons tomber de manière fortuite sur des pieds de cannabis”, précise le commandant Quentin.

Autre outil utilisé par la gendarmerie : il existe une plateforme en ligne qui permet à tout citoyen de signaler un trafic de stupéfiants. Sous la forme d’un tchat, un citoyen peut dialoguer avec un gendarme pour donner des informations, tout en restant anonyme.

30 réseaux démantelés en 2023

Pour lutter contre le trafic de stupéfiants, la gendarmerie opère grâce à un maillage territorial et dispose notamment d’un peloton de surveillance et d’intervention: le PSIG. Une unité d'élite spécialisée avec des militaires qui patrouillent en civils à bord de véhicules banalisés. Leurs missions ? Faire du renseignement, du repérage ou encore organiser des filatures. “En zone rurale c’est différent. Le territoire est beaucoup plus vaste. C’est de la campagne et il n’y a pas de points de deals à proprement parler comme on peut voir en ville. Les jeunes ont moins de coins pour se rassembler. Ils vont aller chez un ami ou chez eux”, précise une gendarme sous couvert d’anonymat.  

C'est pas le même travail qu'en ville où ils peuvent se rassembler dans des parkings souterrains par exemple. Ici, il n'y en a pas.

Gendarme du PSIG

Rien qu’en 2023, 30 réseaux ont été démantelés par les gendarmes du groupement en Saône-et-Loire. Dans la majorité des cas, les revendeurs sont des petits dealers  : “on a des jeunes qui se regroupent entre quatre et cinq individus sur des petits trafics et qui vont avoir une trentaine de consommateurs. Ces trafiquants vont entrer dans le trafic pour financer leur propre consommation.” explique le chef d’escadron Quentin. Parfois, les coups de filet sont plus impressionnants. 

En octobre dernier un laboratoire de drogue clandestin a été découvert dans le village de Toulon-Sur-Arroux. Un trafic international a été démantelé avec une saisie record de cocaïne et d'héroïne.

  À LIRE AUSSI un trafic de drogue d'ampleur internationale démantelé en Saône-et-Loire

Au fil des surveillances, les enquêteurs de la brigade de recherche de la gendarmerie peuvent recourir aux écoutes téléphoniques. Ces hommes dédiés à la lutte contre le trafic de stupéfiants suivent les conversations pendant plusieurs semaines pour tenter de comprendre comment s’organise un réseau à la campagne : “ça permet de connaître la manière de fonctionner de l’individu, son rythme de vie. On rentre dans leur intimité.” Ces écoutes sont ordonnées par un procureur de la république ou un juge d'instruction. 

Souvent les revendeurs vont s’approvisionner dans les villes plus grandes qu’ici. Dans le département on a le Creusot. Elle surnommée "la petite Hollande"

Enquêteur de la brigade de recherche de la gendarmerie

Les autorités judiciaires s'intéressent au trafic de drogue sur tout le territoire. Au parquet de Châlon-sur-Saône, une procédure sur dix concerne des infractions à la législation sur les stupéfiants. Et en Saône-et-Loire, la campagne n’échappe pas au trafic : "on a effectivement un territoire plutôt rural mais avec des axes de passage importants. L’autoroute A6 qui relie le nord au sud du pays avec des produits stupéfiants qui sont importés via l’Espagne ou qui redescendent des Pays-Bas, de la Belgique. Et puis il y a la RCEA qui permet un trafic Est-Ouest ", explique Patrice Guigon, procureur de la république avant de conclure : "les trafiquants vont avoir tendance à venir au plus près des consommateurs pour les approvisionner".

Mardi 16 janvier dernier, lors d'une conférence de presse menée à l'Elysée, le président Emmanuel Macron a annoncé un renforcement des opérations "place nette" contre le trafic de drogue. Il promettait "dix opérations conduites" chaque semaine. Un dispositif national dirigé par le ministère de l'Intérieur.